LES INTERVENANTS

François Bujon de L’Estang

Ambassadeur de France, ancien ambassadeur aux Etats-Unis.

 

Les brèves proposées par François Bujon de L’Estang:

La Révolution Russe vue par une Française

"Nous sommes dans l’année qui commémore la Révolution Russe, nous ne sommes pas encore en octobre mais nous sommes après février, dont on a moins parlé puisque la révolution de février a été éclipsée par le putsch bolchévique du mois d’octobre. Et la Revue Des Deux Mondes pendant ce temps là continue d’exploiter les trésors de ces archives depuis 1829, date de sa création, en publiant dans la collection Agora, chez Pocket, un certain nombre d’écrits publiés jadis par la revue. Et l’un d’entre eux vient d’être rassemblé en un volume : la Révolution Russe vue par une Française. Ce sont les chroniques écrites après la révolution de février et jusqu’à l’été de 1917 par une journaliste française qui s’appelait Marylie Markovitch qui était l’envoyée spéciale du Petit Journal et de la Revue Des Deux Mondes à Petrograd, et qui a chroniqué les événements au jour le jour. C’est tout à fait fascinant, c’est une très bonne lecture qui donne une image extrêmement vivante de ce qui s’est passé pendant cette période troublée qui aurait pu se terminer différemment. "


Faute d'Amour

"Je suggère d’aller voir le film d’Andrey Zvyagintsev qui vient de sortir et qui s’appelle Faute d’Amour. Zvyagintsev est ce metteur en scène russe qui a déjà un grand nombre de succès cinématographiques avec des films comme Le Retour, comme Elena, comme Léviathan qui est un film extraordinaire sur la corruption dans la société russe d’aujourd’hui. Faute d’Amour est un film différent, c’est un film extrêmement dur, je préfère d’ailleurs le titre en Russe, Ne Liubov ce qui veut dire Pas d’Amour ce qui est un constat extrêmement brutal. C’est moins un film sur la société post-soviétique d’aujourd’hui qu’un film sur l’évolution de la nature humaine, sur l’égoïsme, sur la dureté, sur tous les traits bien caractéristiques de notre société moderne. C’est un fil remarquable qui a eu le prix du jury au dernier festival de Cannes et que je recommande vivement à nos auditeurs."


L'Enchantement musical

"La musique adoucissant les mœurs je fais souvent des brèves musicales, cette fois ci c’est une lecture que je recommande. Albin Michel a eu l’excellente idées de publier des inédits de Vladimir Jankélévitch sur la musique, et pour tous ceux qui ont aimé l’enseignement de Vladimir Jankélévitch, tous ceux qui savent ce que la musique lui a apporté et a apporté à sa réflexion philosophiques, tous ceux qui ont aimé La musique et les heures ou La Musique et l’Ineffable qui sont à peu près ce qu’on a écrit de meilleur et de plus intelligent sur la musique, je recommande vivement ces textes rassemblés sous le titre L’Enchantement musical qui nous ramène la pensée, la présence de Vladimir Jankélévitch."


Sibelius : Œuvres pour piano, par Leif Ove Andsnes

"Moi je vous emmène sur les rivages de la musique classique pour oublier nos soucis. On fait des découvertes à tout âge de musiques oubliées ou inconnues. Beaucoup de nos auditeurs et vous même Philippe qui êtes amateur de musique classique, sont familiers avec le pianiste norvégien Leif Ove Andsnes, merveilleux pianiste interprète de la musique romantique. Il vient de publier chez Sony, un récital de musiques pour piano de Sibelius. Sibelius considéré toujours comme un très grand symphoniste et que nul ne soupçonnait qu’il avait écrit des œuvres pour piano extrêmement délicates extrêmement claires, et c’est un plaisir de découvrir ce disque et de découvrir cette musique. "


Un prix Nobel de la paix bien "niaiseux"

"Moi je voudrais décerner ma noix d’honneur personnelle à l’Académie Nobel et sinon verser une larme du moins pousser un soupir sur l’attribution du prix Nobel de la Paix à une fédération d’ONG qui s’appelle l’International Campaign for Abolition of Nuclear Arms, qui a sponsorisé si j’ose dire un traité voté à l’assemblée générale des Nations Unies par 122 états interdisant la fabrication, l’usage des armes nucléaires, au mépris bien sûr que cela n’a aucun rapport avec la réalité et que tous les états disposant d’armes nucléaires ont décidé de boycotter ce traité. Donc l’angélisme béat c’est quelque chose de probablement très estimable mais on est tellement loin de la réalité que comme disent nos amis québécois, je trouve cela bien niaiseux."


Les Vaincus, Violences et guerres civiles sur les décombres des empires, 1917-1923

"Je vous ramène à de plus dures réalités historiques hélas en vous recommandant la lecture d’un livre qui s’appelle Les Vaincus, qui vient d’être publié en français aux éditions du Seuil et qui est écrit par un professeur à l’University College de Dublin qui s’appelle Robert Gewarth. C’est un livre passionnant dans lequel je suis pour l’instant englouti, sur les années 1918 à 1923 en Europe, c’est-à-dire les suites de la Première Guerre mondiale et les conséquences de l’effondrement des empires, de l’Empire austro-hongrois, de l’Empire allemand. On oublie presque que ces années, entre la guerre d’indépendance polonaise, la guerre gréco-turque, la guerre d’Orient qui se prolongeait aux confins de la Bulgarie, ou les spartakistes à Berlin et Bela Kun en Hongrie, a été une période aussi – et je n’oublie pas l’Irlande – sanglante presque, que la période des quatre années de la Première Guerre mondiale. Le livre est tout à fait passionnant et se lit comme un roman policier."


Concours Long-Thibaud-Crespin

"Une petite excursion dans le domaine de la musique, je voudrais saluer ce que j’espère être la renaissance du concours Marguerite-Long-Jacques-Thibaud qui a connu des années difficiles et qui n’a pas pu être organisé plusieurs années de suite mais qui a organisé cette semaine un gala auquel ont joué plusieurs lauréats, et dans lequel ont été annoncé que le concours de violon Jacques Thibaud sera organisé de nouveau en 2018 avec un jury très prestigieux que présidera Renaud Capuçon et j’espère de tout cœur que c’est la renaissance d’un des grands concours musicaux français, qui tient une place éminente sur la scène internationale."


GAUGUIN L'ALCHIMISTE

"Je voudrais encourager ceux de nos auditeurs qui sont tentés, de se précipiter au Grand Palais pour voir l’exposition Gauguin tant qu’il est encore temps puisqu’elle va se terminer je crois à la mi-janvier. Je sais que certains critiques ont exposé des réserves mais il y a toujours des esprits chagrins. C’est une magnifique exposition, c’est un éblouissement de couleurs, et elle a le mérite de montrer des œuvres de Gauguin qu’on ne voit pas souvent, notamment des sculptures ou des céramiques par exemple. Mais beaucoup de ses grands tableaux sont exposés, y compris ceux qu’on trouve dans les musées russes notamment au musée Pouchkine, et qui étaient déjà venus à Paris avec la collection Chtchoukine l’année dernière, on les retrouve dans une exposition qui est très complète, qui est très belle et qui je dois dire est une joie à visiter."


Revue America

"Moi je voulais saluer la sortie du quatrième numéro en décembre de la revue America. Cette singulière revue éditée par François Busnel et le 1 qui est sous-titrée « l’Amérique comme vous ne l’avez jamais lue» et qui, comme vous le savez, a quatre numéros par an et se propose de paraître pendant les quatre ans de la présidence Trump. En réalité, cette revue continue d’être extrêmement intéressante et favorise d’ailleurs un regard qui est davantage littéraire et sociologique que proprement politique sur l’Amérique d’aujourd’hui. Le numéro 4 donc celui qui vient de sortir est particulièrement intéressant on y trouve une remarquable interview de Paul Auster qui est longue et fournie et qui donne tout à fait envie, ce que je vais faire incessamment, de lire son dernier roman qui s’appelle 4, 3, 2, 1 mais il y a aussi un article de Stephen King sur la violence en Amérique, sur le problème des armes à feu etc. Il y a aussi un très intéressant article et une interview de Tom Wolf. Nous trouvons là véritablement une revue de qualité sur l’Amérique d’aujourd’hui peut-être pas « comme vous l’avez jamais lue » mais comme il est agréable de la lire"


D'Annunzio le magnifique

"Et bien puisque nous remontons le courant de l’Histoire en direction de la guerre de 14 et à travers la bataille d’Essling. Moi je m’arrête un peu à la fin du 19ème siècle et au début du 20ème pour vous recommander une biographie de Gabriele d’Annunzio, intitulée Gabriele d’Annunzio, le magnifique, publiée aux éditions Grasset par notre ami Maurizio Serra qui fut l’ambassadeur de l’Italie à l’UNESCO et à qui nous devons déjà un certain nombre de livres et notamment deux autres grandes biographies sur des hommes de plume italiens qui ont marqué le 20ème siècle. Son livre sur D’Annunzio clôture une trilogie qu’il avait commencée avec une biographie sur Malaparte, continuée avec une très intéressante biographie sur Italo Svevo et qui se conclue maintenant par cette grosse mais très lisible biographie sur Gabriele D’Annunzio. Personnage baroque, outré et invraisemblable, le dernier Don Juan qui enjambe le 19ème et le 20ème siècle, on oublie qu’il avait déjà 50 ans au moment de l’Affaire de Fiume, par exemple. Cet aviateur poète séducteur s’est ensuite effacé pendant le fascisme mais sa germanophobie l’a rendu un peu fréquentable aux yeux de Mussolini, il est mort en 1938 mais sa vie est un roman et Maurizio Serra la décrit avec beaucoup de verve et de façon très intéressante."


Le temps de s'en apercevoir

"Emmanuel de Waresquiel qui est un de nos meilleurs historiens a consigné dans un petit livre sympathique, Le temps de s’en apercevoir, un certain nombre de réflexions que lui ont inspiré son étude de l’histoire et la contemplation du temps présent. Il a souvent du mal, comme souvent ceux qui aiment l’histoire, à rattacher le temps présent à l’histoire. Il en tire un grand nombre de remarques absolument pertinentes, souvent humoristiques et toujours très bien venues. Je vous en recommande vivement la lecture pour remédier à la morosité actuelle. "


Le Grand Jeu

"On parle beaucoup d’Asie Centrale et nous venons à propos de Davos de parler de la Route de la soie, par exemple, où l’Afghanistan est au centre des préoccupations internationales. Moi je voudrais vous recommander de lire un livre qui est tout à fait passionnant qui s’appelle Le Grand Jeu qui est écrit par un britannique qui s’appelle Peter Hopkirk, un ancien journaliste du Time qui a du travailler aussi pour d’autres employeurs, j’imagine et qui s’est énormément promené en Asie Centrale. Son livre The Great Game en anglais a finalement été traduit en français, ça a mis très longtemps. Ca a été publié par un petit éditeur belge qui s’appelle Nevicata. C’est un gros livre que vous dévorez vraiment en vous couchant très très tard le soir parce qu’on ne peut pas le terminer, il est passionnant, il raconte la rivalité des russes et des anglais pour contrôler, justement, l’Afghanistan et les abords de l’Empire des Indes tout au long du XIXe siècle. Il s’arrête en 1905 avec la guerre russo-japonaise et ses conséquences géopolitiques. Mais le livre est formidable et vous pouvez parfaitement rapporter tout ce que vous y apprenez et que vous lisez comme du Kipling à l’actualité aujourd’hui en Afghanistan, au Pakistan et en Inde et aux pourtours de ce qui étaient jadis l’Empire des Indes sur lequel le soleil ne se couchait jamais comme chacun sait."


Le jeu de l'amour et du hasard

"Je vous trouve tous terriblement profonds et sérieux, moi je voudrais continuer de joindre le futile à l’agréable en recommandant à tous les amateurs de théâtre et à tout ceux qui aiment les beautés de la langue française et qui apprécient à la fois l’élégance et l’esprit, de se précipiter au théâtre de la porte Saint-Martin pour voir le magnifique Jeu de l’amour et du hasard dans la magnifique mise en scène de Catherine Hiegel. C’est un moment de pur Bonheur et le simple fait d’écouter pendant une heure et demi si bien dite et si bien mise en scène la merveilleuse prose de Marivaux vous consolera de bien des avanies."


Un mois à la campagne - Ivan Tourgueniev

"Pour ceux de nos auditeurs qui s’intéressent au théâtre et qui aiment la Russie, je leur conseille de se précipiter au théâtre Dejazet pour la mise en scène de Un mois à la campagne de Ivan Tourgueniev mise en scène d’Alain Françon avec beaucoup de goût, beaucoup de tact, beaucoup de finesse et d’intelligence. Cette mise en scène est très réussie et surtout je pense qu’elle rend assez bien justice à Tourgueniev, les français sont toujours convaincus que le théâtre russe commence avec Tchekhov et Stanislavski mais Ivan Tourgueniev c’est 1850, c’est antérieur. Ca n’est pas le même œil que Tchekov, c’est un œil beaucoup plus méchant et très aigu sur la nature humaine, il n’y pas le côté doux-amer qu’on retrouve chez Tchekhov. Il y a quand même une « russité » très très forte qui s’exprime très très bien à travers une très belle langue, c’est une pièce très bien construite et très bien équilibrée qu’on ne donne pas très souvent, c’est une bonne production. Si vous voulez passer une soirée de très bon théâtre vous avez jusqu’au 28 avril pour vous rendre au théâtre Dejazet."


La falaise des fous de Patrick Grainville

"Je reste en France, Patrick Grainville vient d’être élu à l’Académie Française et cette élection coïncide avec la sortie de son livre qui s’appelle La falaise des fous au Seuil qui est peut-être son ouvrage le plus riche et le plus ambitieux. C’est un roman très substantiel qui se passe à Etretat, d’où la falaise. C’est la falaise de la folie et cette folie c’est celle de la création et que les véritables héros de ce livre, qui a bien entendu une intrigue dont le héros principal est natif d’Etretat, ce sont Courbet et Manet. Et le vrai sujet de ce livre est la peinture. Il y a peu de romans qui s’efforcent ainsi d’entrer aussi profondément dans la technique et dans l’âme de la peinture avec énormément de couleurs comme dans les tableaux et un certain lyrisme. Le livre est d’autant plus riche qu’il couvre la fin du 19ème siècle et le début du 20ème siècle et qu’il traverse autant les funérailles de Victor Hugo, la mort de Guy De Maupassant, l’affaire Dreyfus, la première Guerre Mondiale et la vie dans les tranchées, le tout à la lumière de la peinture de Monet et de la force de celle de Courbet. "


Dans les archives secrètes du Quai d’Orsay

"Je voudrais me féliciter du fait que le quai d’Orsay, le ministère des Affaires Etrangères, continue à exploiter de façon intelligente les archives diplomatiques, et à les ouvrir davantage au public. Il vient de publier si j’ose dire aux éditions de l’Iconoclaste, un nouveau volume qui s’appelle Dans les archives secrètes du Quai d’Orsay. Le mot secrètes est un peu racoleur on aurait pu s’en passer. Il porte cette fois ci sur la période 1945-2001, donc sur un histoire très contemporaine avec donc des archives déclassifiées de manières prématurées par la commission de déclassification. Dans les archives du Quai d’Orsay l’engagement de la France dans le monde sous la direction scientifique de Maurice Vaïsse et d’Hervé Magro qui est le directeur des archives, découpe l’histoire de ces années en une vingtaine de chapitres : Diên Biên Phu, la crise de Suez, la chute du Shah, la crise des missiles à Cuba, etc. en publiant à chaque fois des télégrammes, des textes de commentaires par un historien, ou un commentateur et des photographies très frappantes. Je crois que c’est un travail très utile que M. Le Drian souhaite encourager."


La Corée du Nord en 100 questions

"Philippe vous savez avec quel enthousiasme et quel zèle je suis les traces de M. Trump où qu’il aille. Il est ces temps-ci en Asie, en tournée, et nous en parlerons la semaine prochaine puisque son voyage n’est pas terminé. Je voulais donc vous recommander un petit livre sans grandes prétentions, publié chez Tallandier par Juliette Morillot et Dorian Malovic, qui s’appelle La Corée du Nord en 100 questions. Il examine de façon très méticuleuse les différentes composantes de l’énigme nord-coréenne en analysant à la fois son histoire, son économie, sa société. Et je trouve très intéressantes les informations qu’il contient mais le fait qu’au fond les deux auteurs calent un peu lorsqu’il s’agit d’expliquer l’ardeur avec laquelle la Corée du Nord poursuit son programme nucléaire militaire. Ils donnent deux ou trois explications mais ils hésitent devant cette conclusion qui me paraît pourtant évidente qui est que la Corée du Nord va de l’avant dans ce domaine simplement pour assurer sa propre survie et la survie de sa dynastie."


Souvenirs dormants

"Toute petite incursion dans la littérature pour faire écho à une recommandation qui a été faite il y a quelques semaines par l’un d’entre nous ou l’une d’entre nous, mais je sais que c’est autorisé par la direction. Je veux dire le bonheur de la lecture du dernier livre de Patrick Modiano, Souvenirs dormants, publié chez Gallimard dans la collection Blanche. C’est un tout petit livre, particulièrement mince même pour Modiano, mais c’est un bonheur de lecture parce que cette atmosphère qui est toujours la même, ces brumes qui errent dans les rues de Paris autour de visages estompés, cette évocation de personnages oubliés dont on ne sait rien ni n’apprendra rien, mais cette légèreté d’écriture et l’originalité profonde de cette voie qui est celle de Patrick Modiano méritent particulièrement d’être soulignées car c’est un phénomène très unique dans notre littérature."


Hommage à Philip Roth

"Personnellement je voulais saluer la mémoire de Philip Roth qui nous a quittés cette semaine à l’âge de 85 ans et il faut vraiment être un scandinave semi-assoupi du jury du prix Nobel pour ne pas constater que Roth est un des plus grands écrivains du XXe siècle. Il est vrai qu’ils ont déjà raté Joyce, Proust et Nabokov qu’ils n’ont pas davantage couronné. Tout ça pour dire que c’est l’un des plus grands auteurs américains de la deuxième moitié du XXe siècle. C’est un homme qui au-delà des explorations psychanalytiques s’est beaucoup interrogé sur la nature humaine et ses dernières œuvres sur la maladie, le vieillissement, la mort sont absolument bouleversantes dans l’ensemble et que ses grands romans comme American Pastoral décrivent les névroses ou les maladies de la société américaine du siècle dernier avec une acuité et avec un talent qui en font un vrai géant de la littérature "


La ruée vers l'Europe - Stephen Smith

"La Revue des 2 mondes vient de remettre son prix annuel. Un prix qu’elle décerne toujours à un essai en langue française paru dans l’année. Ce prix est allé au livre de Stephen Smith La ruée vers l’Europe. Stephen Smith, comme son nom ne l’indique pas, est un journaliste français bien qu’il soit franco-germano-américain. Il est professeur à l’université de Duke en Caroline du Nord où il enseigne les affaires africaines, il a été auparavant le chef de la Rubrique Afrique dans les journaux français à Libération d’abord puis au Monde et en se fondant sur la démographie et sur des chiffres extrêmement percutants il a écrit ce livre La Ruée vers l’Europe : la jeune Afrique en route pour le Vieux Continent publié chez Grasset. Ca se lit remarquablement bien et cela montre la bombe démographique que nous avons sur le pas de notre porte puisque le 1,5 milliard d’africains qu’il existe aujourd’hui deviendra 2,5 milliards en 2050 alors même que la population de l’Europe diminue et qu’il démontre de façon très intéressante dans un chapitre médian de son livre, le fait que c’est le développement économique dans un certain nombre d’Afrique qui est le ressort principal de l’émigration et non l’extrême misère car les gens qui sont dans l’extrême misère sont malheureusement incapables de se donner les moyens de songer à l’émigration. C’est au contraire l’élévation du niveau de vie, l’éducation etc qui poussent un certain nombre d’africains à vouloir tenter l’aventure européenne. Et ce défi gigantesque est fort bien argumenté et fort bien posé par le livre de Stephen Smith."


France-Israël, histoires secrètes d'une amitié déçue Vincent Nouzille

"La semaine politique française ayant été marquée par la visite de Benjamin Netanyahu dont la présence au Grand Palais a permis de fermer la moitié de la ligne 1 dont je suis utilisateur régulier. J’en profite pour signaler un livre fort intéressant d’un journaliste d’investigation et producteur de film documentaire à la télévision. Il s’appelle Vincent Nouzille, il a déjà publié un nombre important de livres chez Fayard et chez l’éditeur Les liens qui libèrent. Il a consacré son dernier livre aux relations franco-israéliennes. Le livre s’appelle Histoire secrète : France Israël 1948-2018, le titre est bien sûr un peu racoleur mais il est extrêmement intéressant de retracer comme il le fait, en ayant eu accès à des documents français, américains, israéliens… qui ne sont pas toujours connus, l’histoire de relations bilatérales, relation je t’aime moi non plus très très difficile entre la France et Israël au fil des années. La façon dont il retrace les 20 premières années de 1948 à la guerre des six jours, qui étaient des années d’alliance étant trop étroite entre la France et Israël, la fracture complète de la guerre des six jours de 1967 et ensuite les tentatives maladroites, laborieuses e fonction des présidents français et des gouvernements israéliens pour essayer de renouer un dialogue constructif dans un Proche Orient qui est tout à fait ingouvernable, cette histoire est extrêmement passionnelle, extrêmement difficile et fort bien racontée par Vincent Nouzille."


Quatuors de Charles Gounod

"La fin de la semaine qui vient de s’écouler était celle de la fête de la musique donc je vais faire un brève musicale en recommandant une curiosité discographique qui vient de sortir. L’année 2018 est l’année Gounod et voilà que vient de sortir aux éditions Aparté Musique, l’intégrale des quatuors à corde de Charles Gounod qu’on avait jamais enregistré. Gounod ne les aimait pas, il les avait rangé dans un tiroir et quand son copain Saint-Saëns est venu le voir un jour, il lui a dit « qu’as tu fait de beau ces temps-ci », Gounod lui répondit : « je viens d’écrire des quatuors mais ils sont mauvais, je ne te les montrerai pas ». On vient de les enregistrer donc, c’est un enregistrement intéressant qui regroupe les 5 pièces jouées par le quatuors Cambini Paris. Cela mérite d’être écouté car c’est une nouveauté néo-classique."


Constantinople par Théophile Gautier

"- De plus en plus épuisé par l’actualité, j’aime les choses qui ne vieillissent pas et donc je me replonge dans les auteurs classiques. Dans la série « Il faut relire… » et pour la concilier avec l’actualité des élections turques et de Monsieur Erdogan, je vous recommande vivement le livre paru chez Bartillat il y a déjà quelques années d’ailleurs, qui rassemble les chroniques qu’a écrites Théophile Gautier sur Constantinople pour la presse d’Emile de Girardin. Si vous voulez mesurer à quel point en un siècle de temps la Constantinople ancienne n’a plus rien à voir avec l’Istanbul moderne, il suffit pas de relire Pierre Loti avec Monsieur le Président de la République, il faut relire Théophile Gautier et ce magnifique ensemble d’articles sur Constantinople, retraçant un voyage qu’il a fait en 1852, qui est un véritable enchantement ne fut-ce que pour la magie absolue qu’est cette langue étincelante de Gautier "


Both directions at once. The lost album

"Il y a eu un événement majeur cet été : on a ressorti un enregistrement inédit de John Coltrane. John Coltrane est mort en 1967 à l’âge de 40 ans et c’est un des plus grands créateurs de l’histoire du jazz. On vient de retrouver miraculeusement dans les affaires de sa première femme, Naïma, pour laquelle il avait écrit une magnifique ballade, des bandes magnétiques enregistrées par John Coltrane et son quartet en mars 1963 qui avaient été complètement oubliée par lui. On vient de les publier sous la marque Inpulse dans un disque magnifique qui s’appel Both directions at once. C’est un enregistrement magnifique où l’on entend non seulement John Coltrane au sommet de son pouvoir de création mais aussi son quartet particulièrement soudé et en forme. "


Cabinet de curiosités sociales

"Je vous recommande une lecture plus légère de Gérald Bronner qui est professeur de sociologie à l’Université Paris Diderot et qui est déjà l’auteur d’un certain nombre d’excellents ouvrages et notamment La démocratie des crédules (2013). Il rassemble des textes et des articles dans un petit livre extrêmement stimulant qui s’appel Cabinet de curiosités sociales qui est publié aux PUF. Il continue avec son alacrité et sa sagacité à explorer le monde médiatisé, numérisé dans lequel nous sommes appelés à vivre. Il pose plusieurs questions, Pourquoi les réseaux sociaux rendent-ils malheureux ? par exemple. Il explore les différentes manifestations de la langue de bois. C’est un livre insolent, intelligent, intéressant et je crois très divertissant. "


Picasso. Bleu et rose

"Je voulais vous exhorter à aller au musée d’Orsay pour aller voir l’exposition Bleue et Rose parce qu’elle est très intéressante et très riche. Elle montre les premières années de Picasso et montre à quel point le jeune Picasso est un pur produit du XIXème siècle. Elle montre une production picturale extraordinairement riche et abondante. Il avait 27 ans au moment où se termine l’exposition ce qui est prodigieux. Il y a beaucoup de dessins, d’œuvres sur papier qui sont réellement d’un virtuose et qui illustrent parfaitement ce que Picasso disait de lui-même : « Je voulais être peintre et je suis devenu Picasso ». "


Cold War

"En ma double qualité d’amateur de géopolitique et d’amateur de romanesque je voudrais recommander chaleureusement à ceux de nos auditeurs qui ne l’ont pas encore vu de se précipiter dans leur cinéma pour y voir le film qui s’appel Cold War. C’est un film du réalisateur Pawel Pawlikowski qui était l’auteur du magnifique film Ida. Ce film a eu le prix spécial du jury à Cannes et le mérite amplement. C’est un film magnifique, bref à une époque où beaucoup de réalisateurs tendent à ne pas savoir s’en tenir à l’heure et demie. Il raconte de façon extraordinairement efficace et par bonds successifs une histoire compliquée, de façon très cursive, très taciturne, très peu bavarde, avec des images magnifique et deux acteurs sublimes : Joanna Kulig et Tomasz Kot. C’est un film qui dépeint l’atmosphère de la guerre froide et l’implication de la guerre froide dans des vies individuelles par des touches légères et efficaces. "


Eoliennes : chronique d’un naufrage annoncé

"Je voulais recommander un brillant plaidoyer contre les éoliennes. Pierre Dumont, un industriel, et Denis de Kergorlay, homme qui s’est adonné à l’action associative, publient aux éditions François Bourin un livre qui s’appelle Eoliennes : chroniques d’un naufrage annoncé. C’est un plaidoyer plein de bon sens contre les éoliennes sous tous leurs aspects : le ravage du paysage et des sols agraires, inefficace sur le plan énergétique puisqu’il s’agit d’une énergie chère pour le consommateur. Je les vois pousser comme coquelicots au printemps avec horreur. Ces vilains moulins à vent sont en train de ruiner le paysage français sans que Don Quichotte ne puisse plus rien y faire. "


Le soleil ne se lève plus à l’Est

"Je voudrais un mot d’un livre publié par l’un de mes collègues, Bernard Bajolet. Le genre de mémoire d’un ambassadeur est un genre qui était tombé en désuétude ces dernière années et d’ailleurs je m’en réjouissais plutôt qu’autre chose pour ma part mais il est en train de revenir un petit peu à l’initiative de quelque uns. Bernard Bajolet est un diplomate particulièrement intéressant qui fait mentir postumément Monsieur Pompidou qui considérait la diplomatie comme « une affaire de petits gâteaux et de tasses de thés »; une des plus grandes erreurs de jugement d’un ancien président de la République que j’ai jamais pu constater. Bernard Bajolet est un diplomate qui aime les postes à risques : il a été ambassadeur en Jordanie, à Sarajevo, à Bagdad, à Alger et a terminé ambassadeur à Kaboul. On peut difficilement faire mieux. Il a publié sous le titre « Le soleil ne se lève plus à l’Est » chez Plon les mémoires d’Orient d’un diplomate extrêmement intéressant et certains chapitres nous font véritablement replonger dans des enfers qui ne sont pas si loin de nous. Je pense par exemple au chapitre sur le chaos irakien quand il est arrivé à Bagdad au début de l’année 2003 et qu’il y est resté pendant les quatre années suivantes successives avec l’arrivée de Daech sur le territoire irakien et le chaos dans lequel les américains ont laissé ce pays. Ce sont des épisodes qui sont remarquablement bien écrit dans ce livre. Je rappelle que Bernard Bajolet a terminé sa carrière comme directeur de la DGSE après avoir été coordinateur du renseignement à l’Elysée précédemment. Il ne parle cependant guère du renseignement dans cet ouvrage mais plutôt de la diplomatie et du triste état du Moyen-Orient. "


Chefs d’état en guerre

"Plus prosaïquement je voudrais vous recommander le livre du Général Bentegeat qui s’intitule « Chefs d’état en guerre » paru aux éditions Perrin. René Brouillet avait fait remarquer à de Gaulle que dire "un normalien sachant écrire" était un pléonasme, on peut cependant se dire qu’une général sachant écrire n’en est pas un. Or le général Bentegeat a une plume forte élégante et le livre est très intéressant car il juge l’action d’un certain nombre de chefs d’état, anciens et modernes, du point de vue de chef des armées, de stratège et de commandant en chef devant les milices. Il y a deux chapitres très intéressants à la fin sur Mitterrand et sur Chirac qui ont l’épaisseur du vécu puisqu’il a travaillé avec l’un et avec l’autre - Chirac durant la guerre de Bosnie et du Kosovo par exemple . Mais il remonte beaucoup plus loins dans l’Histoire en évoquant Clémenceau ou encore Napoléon III et Lincoln pendant la guerre de sécession. Il juge également Hitler et Staline en chef de guerre et pas seulement en homme d’état. Cette vision d’un militaire intelligent et cultivé sur des vrais commandants en chef est extrêmement intéressante. "


Berlioz, Les Troyens ( Erato – Warner Classics France) avec J. DiDonato, M. Spyres, Choeur et Orchestre philharmonique de Strasbourg. Direction : John Nelson

"Un mot de musique si vous permettez puisqu’elle adoucit, parait-il, les moeurs. Vous permettrez au vieux fan inconditionnel d’Hector Berlioz que je suis de se réjouir très vivement du fait que les victoires de la musique de 2019 ont couronné un enregistrement magnifique d’une version de concert des troyens qui a été donné par l’orchestre national de Strasbourg et les choeurs de l’opéra du Rhin, sous la direction de John Nelson avec de splendides interprètes comme Joyce DiDonato et Michael Sypres. C’est une première raison pour laquelle je me réjouis puisque ça couronne une magnifique oeuvre. La seconde, c’est que ça nous venge de la désolante version des troyens que nous offre l’opéra Bastille pour l’instant et qui est absolument consternante; d’abord sur le plan musical car il y a des coupes sombres, ensuite parce que la mise en scène d’un prétendu metteur en scène transgressiste aboutit à des situations qu’on dirait niaiseuses au Québec (notamment le fait que l’un des plus beaux duos d’opéra français : le fameux « Nuit d’ivresse et d’extase » est donné par Didon et Enée dans un tropique de bazar. Ceci appelait vengeance et les victoires de la musique s’en sont chargées. "


L’affolement du monde

"Je salue la sortie du livre de François Gomart, le directeur de l’IFRI, qui a publié chez Tallandier un livre qui s’appelle L’affolement du monde. C’est un tableau contemporain de toutes les coutures qui craquent dans le monde contemporain par rapport à ce que nous en avons hérité. C’est un très bon livre qui passe en revue tous les défis du monde nouveau. Je trouve que l’analyse de Thomas Gomart sur les principaux protagonistes, sur la Chine, la Russie et les Etats-Unis est très pertinente et la façon dont il voit se dessiner ce triangle un peu infernal russo-sino-états-unien et dont il voit diminuer le rôle et les moyens de l’Europe. C’est un bon livre, clair, bien documenté et intéressant. "


Le Musée Pouchkine. Cinq cents ans de dessins de maîtres

"Je vous invite à vous rendre à la fondation Custodia qui fut jadis l’institut néerlandais rue de Lille pour y voir l’admirable exposition de dessins : « Le Musée Pouchkine. Cinq cents ans de dessins de maîtres ». Le musée Pouchkine possède une exceptionnelle collection de dessins (27 000 je crois). Ils ont envoyé pour cette exposition 200 feuilles de très grands maitres qui d’habitude voyagent peu. C’est une exposition qui va de la Renaissance allemande et italienne et jusqu’aux avant-garde russes des années 20 et française. C’est une exposition de toute beauté, ne la manquez pas elle est là jusqu’au 12 mai."


L’Ukraine, une histoire entre deux destins

"Je recommande un bon livre sur l’Ukraine et il n’y en a pas 36 donc il faut les signaler quand il y en a un. Il s’agit du livre de Pierre Lorrain, écrivain et journaliste connu pour tous ces travaux sur le monde russe en général : « L’Ukraine, une histoire entre deux destins » publié chez Bartillat. C’est une très bonne somme sur l’histoire de l’Ukraine sur la grande principauté de Kiev jusqu’aux origines de la sitch cosaque. Vous verrez beaucoup plus près comment est né le nationalisme ukrainien, comment il se ramifie et quels sont les problèmes aujourd’hui de ce grand pays à la fois proche et lointain de nous et de l’Europe. "


leoh Ming Pei

"Je voudrais rendre hommage à leoh Ming Pei qui nous a quitté le 16 mai mort à l’âge de 102 ans. C’est l’architecte de la pyramide du Louvre, de la Bank of China à Hong Kong, du musée de Suzhou… C’est un chinois né à Canton qui est devenu américain et a exercé ses talents depuis les Etats-Unis principalement et dans le monde entier. J’étais ravi de constater qu’un certain nombre d’articles nécrologiques avaient rappelé que cet artiste avait déclaré que sa création favorite était le rock’n’roll Hall of fame à Cleveland. Il avait par ailleurs déclaré suite à des interrogations sur le fait qu’il n’ai pas construit d’églises : « je fréquente des banques, j’ai été malade mais je ne crois pas et donc je ne suis pas compétent pour construire des églises. »"


De Gaulle 1969

"Je voulais signaler le livre d’Arnaud Teyssier sorti aux éditions Perrin qui s’intitule « De Gaulle 1969 ». C’est un livre qui me touche beaucoup parce que j’ai vécu pour ma part l’année 1969 à l’Elysée auprès du général de Gaulle. Le livre est très intéressant parce qu’il essaye de rationaliser quelque chose qui a déconcerté tous les français à l’époque c’est à dire la décision du général de Gaulle après 1968 alors qu’il s’efforçait de remettre le pouvoir sur les rails, de se tourner vers un référendum dont le thème était la régionalisation et la surpression du Sénat. Arnaud Teyssier élabore la thèse selon laquelle le général sentant que la fin de son règne était proche, s’est efforcé de consolider les institutions de la Vème République. Il voulait par conséquent léguer aux français quelque chose qui marche. C’est une thèse intéressant mais un peu trop belle qui a tendance à évacuer la thèse du suicide politique. "


Ballades

"Je voudrais renouer avec l’un de mes péchés mignons en vous recommandant l’écoute d’un disque de jazz de très grande qualité, du pianiste Ahmad Jamal, qui n’a jamais que 89 ans, et qui livre ici, très inhabituellement un album en solo, alors que c’est l’un des rois du trio. Ce disque s’appelle Ballades, il est extrêmement bien présenté, très réfléchi, très mûr, et assez émouvant puisqu’il va jusqu’à rendre hommage - sans le dire - à Bill Evans en jouant deux morceaux qui étaient des thèmes sur lesquels Bill Evans revenait toujours pendant les dernières années de sa vie : Your story, et Emily. Ahmad Jamal les interprète ici à sa façon, en utilisant le clavier avec une maestria et une profondeur tout à fait remarquables."


Dictionnaire amoureux de la diplomatie

"Enfin un dictionnaire amoureux de la diplomatie ! L’auteur est mon collègue, et néanmoins ami Daniel Jouanneau, qui a eu une carrière d’ambassadeur très distinguée, et fut aussi inspecteur général des postes diplomatiques et chef du protocole. C’est un livre très amusant, pour tous ceux qui ont des idées toutes faites, ou pas d’idée du tout, sur un métier très mal connu. Ce dictionnaire amoureux est très pédagogique sans jamais être ennuyeux. Il est plein de culture historique, il comprend des anecdotes que seul un chef du protocole peut connaître. Pour tous ceux qui pensent, comme le disait Pompidou, que la diplomatie c’est « le petit gâteau et la tasse de thé » ce livre sera très profitable : il montre avec talent un métier compliqué dans toutes ses dimensions."


River of time : mémoires de la guerre du Vietnam et du Cambodge

"Je vous emmène jusqu’au Vietnam et au Cambodge, pour vous recommander la lecture d’un livre publié cet été seulement , aux éditions de l’Equateur. Il est de Jon Swain, journaliste britannique qui fut le correspondant du Sunday Times, et il est intitulé « River of time : mémoires de la guerre du Vietnam et du Cambodge ». C’est un livre tout à fait remarquable, qui fait vivre aux premières loges, non seulement la guerre du Vietnam, mais la prise de Phnom Penh, l’arrivée des Khmers Rouges, l’installation de ce régime dont personne n’avait soupçonné la cruauté. Le livre est extraordinairement vivant, il avait d’ailleurs déjà été publié en Grande-Bretagne en 1995. "