Les brèves

Retour de service

Nicolas Baverez, créée le 05-07-2020

"Aucun été n’est réussi sans un bon roman policier, et cette année singulière voit la publication d’un livre formidable, le 25ème roman de John Le Carré. Le récit mêle des vétérans et des nostalgiques de la guerre froide, le Brexit et surtout le jeu de badminton, dont l’intrigue prend la forme. Ici, le volant est une métaphore de services secrets, avec ses chausse-trappes. On y trouve à la fois de l’humour, de la férocité sur Boris Johnson et le Brexit, et surtout un très grand auteur. "


La cravate

Marc-Olivier Padis, créée le 05-07-2020

"Je voudrais recommander ce film sorti juste avant le confinement, qui n’est plus en salles mais dont le DVD est disponible. Il s’agit d’un documentaire suivant pendant deux ans un militant du Rassemblement National dans le nord de la France. Les documentaristes suivent l’implication dans la campagne présidentielle de 2017. Le portrait d’une résonne d’extrême droite est un exercice délicat, notamment dans la bonne distance à trouver avec le sujet qu’on observe. Ici le dispositif est original : un récit à la troisième personne, comme dans un roman balzacien, lu par le sujet lui-même, qui commente ce texte qu’on lui fait lire. Cela donne un travail très original, qui donne un aperçu très pénétrant et original sur le Rassemblement National."


La société écologique et ses ennemis

Lucile Schmid, créée le 05-07-2020

"Je vous recommande la lecture de cet ouvrage que j’ai adoré, signé de l’historien des idées Serge Audier. On réalise en le lisant à quel point la question écologique était inscrite dans l’histoire des idées françaises, notamment avec la question du fourriérisme. Le sous-titre du livre est : « pour une histoire alternative de l’émancipation ». Il y a un aller-retour entre une pensée de gauche dominante et productiviste décrite dans le livre, les ennemis, et puis cet espèce de fourriérisme, ce communautarisme, cette capacité à organiser une alternative. Je pense que des choses que nous vivons aujourd’hui, comme la convention citoyenne par exemple, prennent un autre sens quand on réalise qu’il existe un enracinement historique dans les territoires, mais aussi dans l’utopie ..."


Mister K

Richard Werly, créée le 05-07-2020

"Le coronavirus a été vous le savez à la fois une bonne et une nouvelle pour la presse écrite. Bonne coté audience. mauvaise coté publicité et diffusion. Pourquoi, alors, investir dans les journaux ? je me suis plongé dans le livre que Jerome Leffiliatre a consacré voici quelques mois à Daniel Kretinsky, alias Mister K, l'homme qui voudrait bien conquérir Le Monde. C'est trés interessant car Kretinsky est, en plus, un milliardaire du charbon et de l'énergie pas tres propre. En tant qu'observateur des médias francais et des jeux qui se déroulent autour d'eux, j'ai beaucoup appris."


Le Prince

Philippe Meyer, créée le 05-07-2020

"« Celui qui devient prince par la faveur du peuple doit travailler à conserver son amitié, ce qui est facile, puisque le peuple ne demande rien de plus que de n’être point opprimé. Quant à celui qui le devient par la faveur des grands, contre la volonté du peuple, il doit, avant toutes choses, chercher à se l’attacher, et cela est facile encore, puisqu’il lui suffit de le prendre sous sa protection. Alors même le peuple lui deviendra plus soumis et plus dévoué que si la principauté avait été obtenue par sa faveur ; car, lorsque les hommes reçoivent quelque bien de la part de celui dont ils n’attendaient que du mal, ils en sont beaucoup plus reconnaissants. Du reste, le prince a plusieurs moyens de gagner l’affection du peuple ; mais, comme ces moyens varient suivant les circonstances, je ne m’y arrêterai point ici : je répéterai seulement qu’il est d’une absolue nécessité qu’un prince possède l’amitié de son peuple, et que, s’il ne l’a pas, toute ressource lui manque dans l’adversité. » Tiré du chapitre 9."



Économie utile pour des temps difficiles

Lionel Zinsou, créée le 28-06-2020

"Je voudrais recommander ce livre qui est malheureusement sorti en français juste après le début du confinement. Il est signé d’Esther Duflo, prix Nobel d’économie 2019, plus jeune récipiendaire de ce prix et deuxième femme à l’avoir obtenu, normalienne d’une promotion très récente, et de son mari Abhijit Banerjee. Ce livre a l’air un peu long, il commence par une boutade : une dame vient d’apprendre qu’elle n’a plus que six mois à vivre, elle demande à son médecin que faire de ce temps. « Epousez un économiste », lui recommande le médecin. « Pour quoi cela, docteur ? ». « Parce que vous allez trouver le temps très long ». C’est pourtant tout à fait l’inverse avec ce pavé de 510 pages. Mais il est constitué de petites séquences de 3 ou 4 pages à propos des lois économiques (très simplifiées) et de leur mise en pratique, qui permettent de comprendre l’économie d’aujourd’hui et de faire des choses utiles non seulement pour le grand combat d’Esther Duflo (vaincre la pauvreté), mais aussi de traverser les questions d’économie internationale, des politiques publiques, etc. C’est extrêmement bien fait, et c’est un excellent livre pour l’été, malgré les apparences."


Virus ennemi

Richard Werly, créée le 28-06-2020

"Tirer les leçons de la crise sanitaire qui nous occupe toujours est aussi une oeuvre historique. Nous venons de parler de la disparition de Marc Fumaroli, et bien un autre historien français vient de nous proposer une belle mise en perspective dans son opus «Virus ennemi» dans la collection Tracts de Gallimard. Jeanneney montre combien les déclarations durant la crise furent presque les mêmes que d'autres déclarations, lors des guerres et crises que dut affronter la France. "



Chateaubriand Poésie et Terreur

Jean-Louis Bourlanges, créée le 28-06-2020

"Je voulais moi aussi évoquer la disparition de Marc Fumaroli. Dans son Chateaubriand, il a écrit une comparaison entre Chateaubriand et Tocqueville, absolument admirable. Et encore plus pour moi, puisque mon mémoire de maîtrise portait sur le même sujet. Quand j’ai lu le texte de Fumaroli, je me suis dit « voilà tout ce que j’aurais dû faire si j’avais eu du talent ». On voit ce qu’un grand universitaire peut faire de magnifique quand il s’empare d’un tel sujet. Il y avait chez lui une rigueur, un luxe de détails et de nuances qui mérite vraiment d’être salué. "



L’immeuble Yacoubian

Philippe Meyer, créée le 28-06-2020

"J’ai découvert, grâce à Matthias Fekl, l’écrivain égyptien Alaa el Aswany. J’ai commencé avec « L’immeuble Yacoubian », un roman tissé d’une foule de petites histoires qui auraient été observées avec clairvoyance et précision par un successeur de l’étudiant Cléofas, à qui Asmodée, le diable boîteux, permit de soulever les toits des maisons. Alaa el Aswany voit tout de ce qui se passe dans l’immeuble Yacoubian, il superpose toutes les vies qu’il abrite, celle des puissants, celle des corrompus, souvent les mêmes, celles pour qui le pays ne se remettra jamais de la prise du pouvoir par Nasser, celles à qui l’on vient d’enlever l’espoir d’un avenir, celles qui se jettent dans les bras des islamistes, celles qui essaient de trouver chaque jour les moyens d’atteindre le jour suivant. Toutes ces vies, et c’est le talent d’El Aswani, nous deviennent en quelques lignes familières, nous nous soucions d’elles, nous attendons de leurs nouvelles, nous espérons leur réussite, nous nous réjouissons de leurs amours, nous souhaitons leur châtiment. Je me suis derechef plongé dans un autre roman d’El Aswany, « Automobile club d’Égypte » et, là aussi, je me délecte de son réalisme magique. "