LES INTERVENANTS

Michaela Wiegel

Correspondante à Paris du Frankfurter Allgemeine Zeitung.

 

Les brèves proposées par Michaela Wiegel:

Angela Merkel, l'ovni politique

"Pour tous ceux qui s'intéressent à l'Allemagne et à la France je conseille ce livre de Marion Van Renterghem. Le titre est la seule chose qui me dérange un peu, en tout cas elle démontre que cela fait du bien d'avoir un regard de loin sur un personnage. Pour moi c'est la meilleure biographie jamais écrite sur Angela Merkel car elle montre à quel point ce sont les valeurs qui distinguent la femme politique. Elle a aussi recherché dans son expérience de la dictature en ancienne RDA les clefs de cette lecture. Je n'ai pas lu en langue allemande d'enquête plus convaincante de cette personnalité."


Was ist das ?

"Was ist das ? C’est le titre d’une des chroniques d’une Française à Berlin, en l’occurrence Pascale Hugues et elle décrit vraiment de façon très drôle et souvent révélatrice les différences de vie entre les Français et les Allemands et elle le fait à travers de petits voyages y compris en France. Par exemple elle décrit comment un jour lors des journées du Patrimoine elle a visité le Palais de l’Elysée et elle met en avant le contraste avec la sobriété de la Chancellerie et la non fascination autour de ce ‘palais’ de la république allemande. Et donc je recommande ce livre qui vit des observations de tous les jours."


La Communauté

"Je voulais recommander le livre qu’ont publié deux journalistes du Monde, Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin, qui est intitulé La Communauté, et j’espère que cela va vite être traduit en allemand parce que c’est un récit qui montre comment une ville, Trappes, a pu devenir la plus grande pépinière de djihadistes d’Europe. C’est surtout un récit qui montre le déni de tous les acteurs, de tous ceux qui pouvaient voir, mais qui ne voulaient pas voir, et c’est sans jugement moral en permanence, c’est vraiment très descriptif, et je trouve que cela mérite aussi d’être lu aussi ailleurs, nous sommes dans une autre étape de l’immigration, parce que cela montre ce qu’il ne faut pas faire pour ne pas arriver à une situation comme à Trappes."


La ruée vers l'Europe

"Je voulais parler d’un livre très dérangeant et dont je ne sais toujours pas ce que je dois en penser. Il faut qu’il soit lu tout de même. C’est écrit par Steven Smith qui était longtemps spécialiste Afrique pour Libération, il est américain d’origine mais il écrit parfaitement en français. Il a écrit un livre qui s’appelle La ruée vers l’Europe et qui au fond non-seulement décrit les flux migratoires qui doivent venir d’Afrique vers nous mais qui questionne également notre réflexion sur tout ce que nous considérons comme aide au développement. Il considère que nous nous trompons lourdement et justement le fait qu’une bonne partie de la jeunesse africaine soit mieux qualifiée aujourd’hui qu’avant va faire accélérer encore une fois l’attractivité de l’Europe donc lisez-le et formez-vous votre opinion."


Clemenceau par Joseph Roth

"La France s’apprête ce 11 novembre à recevoir un grand nombre de chefs d’État et de gouvernement dont Donald Trump et Vladimir Poutine pour commémorer les 100 ans de l’armistice. J’ai retrouvé un très beau texte de Joseph Roth, ce grand écrivain autrichien, sur Clemenceau. Ce texte est remarquable car il est rare dans le monde germanophone de faire l’éloge de Clemenceau. Ce texte montre à quel point Joseph Roth avait compris que Clemenceau avait raison lorsqu’il avait mis en garde sur les suites du traité de Versailles et sur la dangerosité de l’Allemagne qui avait en quelques sortes prévu qu’un nouveau conflit éclaterait. Je recommande donc ce texte. "


Karambolage

"Je retourne dans le franco-allemand avec ma brève. Si vous vous êtes déjà posé la question : pourquoi nous les allemands ne mangeons pas notre oeuf à la coque comme vous les français ? ou des choses plus sérieuses comme : pourquoi le Bundenstag fonctionne si différemment de l’Assemblée nationale ? C’est dans l’émission Karambolage sur ARTE que vous trouvez toutes ces réponses. C’est un programme très drôle et qui va fêter sa 500ème émission. J’en profite pour rappeler l’existence de ce programme où l’on en apprend beaucoup sur nos différences mais aussi sur ce qui nous rassemble avec humour. "


Cet étrange nazi qui sauva mon père

"Je voudrais recommander le livre de François Heisbroug, le spécialiste des relations internationales des questions de sécurité qui est un livre très personnel. Il s’intitule cet étrange nazi qui sauva mon père. Il traite de Franz von Hoiningen qui, je vous rassure, n’est pas très connu en Allemagne non plus. Il a sauvé des centaines de juifs et de résistants et, parmi eux, le père de François Heisbourg, Georges Heisbourg. C’est une étude très intéressante sur ce qu’appelle François Heisbourg, la banalité du bien, c’est à dire malgré tout des gens qui, dans un régime dictatorial, ont essayé, même en affichant en quelque sorte leur adhésion à ce régime, à faire quelque chose pour les autres. Ça se lit d’une traite. "



La Neustadt de Strasbourg : Un laboratoire urbain (1871-1930)

"A l’heure où la présidente de la CDU en Allemagne a encore remis en question le siège du parlement européen à Strasbourg, je voulais recommander un très beau livre «La Neustadt de Strasbourg : Un laboratoire urbain (1871-1930) ». Cela montre à quel point Strasbourg est une ville franco-allemande. C’est une redécouverte de l’héritage allemand et de l’esprit d’ouverture de la ville. Français comme allemands devraient lire ce livre. "



« Neger », « Fidschis » und die Heuchelei der Linken

"A près cette attaque à Halle en Allemagne, beaucoup s’interrogent. J’ai retrouvé un texte de Freya Klier, publié dans Die Welt en 2011, détaillant comment l’antisémitisme a été toléré en RDA. A entendre la mère de ce terroriste d’extrême-droite, qui déclare que son fils n’est pas antisémite, mais « seulement contre tous ceux qui dirigent la finance internationale ». Ce texte mériterait d’être publié en Français"



Les grands textes qui ont inspiré l’Europe

"Je voudrais recommander un livre qui a été publié en deux langues : en français et en allemand et qui a pour titre : Les grands textes qui ont inspiré l’Europe. C’est très éclairant de relire ces textes. J’ai été notamment par un texte qu’a écrit Stephan Zweig en 1932 : « La désintoxication morale de l’Europe » qu’il devait prononcer lors d’un congrès européen à l’Académie de Rome. Il ne l’a jamais prononcé car Herman Goering était également annoncé comme intervenant. C’est un texte très fort qui montre qu’on a retrouvé ce besoin de désintoxication moral aujourd’hui."


Winston : comment un seul homme a changé l’Histoire

"Je retourne au Brexit et à Boris Johnson, et je recommande la lecture de son livre « The Churchill factor », publié en français sous le titre « Winston : comment un seul homme a fait l’Histoire ». C’est très intéressant de relire comment Johnson explique à travers Churchill l’histoire de la Grande-Bretagne. On peut se dire que le fil rouge est probablement l’explication de l’erreur de Johnson : il pensait que son arrivée pouvait changer le cours le de l’Histoire, et on voit aujourd’hui les limites de cette démarche. "


Der Klang von Paris

"Un très beau livre qui n’est pour le moment paru qu’en langue allemande, mais qui mériterait vraiment une version française, dont je traduirais le titre par : « le son de Paris ». C’est un livre sur Paris, capitale musicale du monde au XIXème siècle. Il raconte l’histoire de la ville à travers ses compositeurs : Berlioz, Rossini, Meyerbeer, Wagner, Chopin, Offenbach ou Pauline Viardot. C’est en même temps une histoire européenne de la musique, et on ne se souvient pas assez de cette magnifique tradition française."


To build a better world

"Je voulais recommander un livre qui attend sa traduction française, écrit par l’ancienne secrétaire d’état américaine Condoleezza Rice, avec un autre professeur, responsable à l’époque de la commission sur le 11 septembre, Philip Zelikow, et dont le titre est littéralement « construire un meilleur monde ». C’est un ouvrage très complet sur le monde après la chute du mur et du rideau de fer. J’ai trouvé particulièrement intéressant le chapitre sur l’OTAN, parce ces deux auteurs montrent à quel point à l’époque, les Américains étaient conscients des changements qui devaient intervenir dans l’alliance suite à la disparition de l’ennemi soviétique. Ils montrent étape par étape tout ce qui a été fait. Il est très utile de se le remémorer alors que le débat est à nouveau en cours, et qu’on entend que beaucoup que l’OAN n’aurait pas changé depuis la fin de la guerre froide. "


Von Erbfeinden zu guten Nachbarn (Des ennemis héréditaires aux bons voisins)

"Je retourne aux barricades, à l’occasion des 150 ans de la guerre de 1870. Ce petit livre, bientôt publié par Fayard, de deux historiens Hélène Miard-Delacroix et Andreas Wirsching : Von Erbfeinden zu guten Nachbarn (Des ennemis héréditaires aux bons voisins). C’est un livre très instructif, il s’occupe des éléments qu’on a un peu oubliés, par exemple comment, après la guerre de 1870, il y eut une sorte de regard sur l’Allemagne, qu’on retrouve aujourd’hui (même s’il est déprimais vidé d’envies revanchardes), un mélange d’admiration et de détestation. Instructif donc, mais aussi amusant. J’aimerais raconter une blague par laquelle commence l’ouvrage, sur la famille Lagarde, renommée en 1871 en « Wache » (qui veut dire : « la garde »), écrit avec un « W » mais prononcé comme « vache ». Du coup, après la première guerre mondiale, cette famille est renommée « vache ». En 1940, on la renomme « Kuh », et en 1945, la prononciation change, on passe de « Cou » à « Cul » ... Réjouissons-nous donc que Christine Lagarde n’ait pas vécu en Alsace ... "


Revue « Zadig » (numéro 5)

"Je recommande le dernier numéro de Zadig sur « Ces maires qui changent la France » et plus particulièrement la « fiche de lecture » de l’historienne Mona Ozouf sur « La crise allemande de la pensée francaise ». 150 ans après la guerre franco-allemande (« une guerre presque oubliée », dit Ozouf) elle a relu le livre de Claude Digeon sur la blessure intellectuelle que constituait la victoire éclair de la Prusse. « Il s’agit de l’effondrement brutal des deux images, celle de l’Allemagne, celle de la France », observe Ozouf. Sommes-nous à nouveau à un tel changement de perception entre nos deux pays ?"


Une certaine idée de l’Europe

"Retour à l’Europe pour ma part. J’ai relu ce petit essai de Georges Steiner, disparu juste avant la crise du Covid-19. Quand on s’y replonge, on voit bien tout ce que cette crise a suspendu. Sa grande idée est de dire que ce sont les cafés qui font l’Europe. Dessinez la carte des cafés, vous obtiendrez l’un des jalons essentiels de la notion d’Europe. Il écrit : « la dignité de l’Homme, c’est la découverte de la sagesse, la quête d’un savoir désintéressé, la création de beauté. Gagner de l’argent et inonder nos vies de biens matériels de plus en plus dénués d’intérêt est une passion profondément vulgaire et dévastatrice ». "



Discours de Eichard von Weizsäcker

"Je voulais vous recommander un discours disponible en français sur le site de la présidence allemande, c’est celui que Richard von Weizsäcker a prononcé en 1985, et à l’époque, quand il a parlé pour la première fois du 8 mai comme une libération pour les Allemands, il avait été mal compris. Aujourd’hui il a fait son chemin, je crois qu’il faut le relire, et prendre conscience du long cheminement qu’a effectué l’Allemagne avec la France et avec l’Europe."


L’action publique face à la crise du Covid-19

"Alors que les différentes commissions d’enquête parlementaires commencent à propos de la crise sanitaire, je vous recommande une note très complète et constructive de l’institut Montaigne, écrite par Nicolas Bauquet. Il a synthétisé tout ce qui ne fonctionnait pas dans l’action publique pendant cette crise, et il en tire des conclusions assez surprenantes : ce n’est pas tant l’Etat jacobin qui est fautif, mais plutôt le fait que cet Etat jacobin n’a plus les moyens d’exercer un pouvoir centralisé. Partant de là, il serait bon de donner un peu de chair à la décentralisation qu’Emmanuel Macron vient d’évoquer."


L’Europe, par delà le Covid-19

"Nous nous sommes souvent interrogés à ce micro sur les fondements idéologiques du macronisme, nous moquant parfois des tentatives de ses conseillers de le définir comme un progressisme. C’est pourquoi j’aimerais saluer l’excellent essai de Clément Beaune, le premier vraiment sérieux, où sont étudiées les bases de la politique européenne d’Emmanuel Macron. J’ai l’impression qu’il y a là ce pilier du macronisme que nous nous sommes évertués à chercher. Lisez-le, c’est un très long papier mais une excellente analyse de ce qui constitue l’exception de Macron."