Les brèves

Je veux témoigner jusqu'au bout : journal 1942-1945

Michaela Wiegel, créée le 21-09-2025

"Je conseille également le journal de Victor Klemperer (qu’il a tenu de la République de Weimar jusqu’à la fin de la guerre). On y suit la lente marche vers l’exclusion et l’anéantissement des Juifs, et on est frappé par les similitudes avec certains discours publics d’aujourd’hui. Un texte bouleversant qui permet de mesurer, presque au quotidien, la montée de l’oppression et la façon dont elle a été vécue par les victimes."


La joie ennemie

Lionel Zinsou, créée le 21-09-2025

"Je recommande ce livre de la jeune écrivaine algérienne Kaouther Adimi, qui raconte l’histoire d’une enfant puis d’une adolescente marquée par la décennie noire en Algérie, lorsque le terrorisme du GIA a ensanglanté le pays. Ce témoignage montre comment ce traumatisme se poursuit dans sa vie d’adulte, aujourd’hui en France. Un texte magnifique, écrit dans une langue qui rappelle Camus, et qui fait revivre toute l’intensité de la guerre civile et de ses cicatrices. Le cadre choisi par l’auteure m’a particulièrement frappé : elle écrit en passant une nuit au musée Picasso, une autre à l’Institut du monde arabe, notamment autour d’une exposition consacrée à Baya, grande artiste algérienne des années 1940 à 1960. Ces nuits au musée (qui font partie d’une collection des éditions Stock, où des intellectuels et des artistes se retrouvent enfermés avec les œuvres) déclenchent en elle une série de réflexions et d’émotions très puissantes. C’est à la fois un texte magnifiquement écrit et un témoignage terrible sur la guerre civile."


Distribuer l'argent du roi au XVIIIe siècle : la monarchie dévoilée

Antoine Foucher, créée le 21-09-2025

"Je recommande cette enquête historique sur les années 1780-1791 autour de la question des pensions versées par le roi. J’avoue que je n’avais pas mesuré à quel point ce sujet était central à l’époque : il ne s’agissait pas seulement de finances publiques, mais aussi des pensions accordées à la cour et à tous ceux qui avaient rendu service au roi. Benoît Carré (pas celui qui travaille pour notre émission) a dépouillé de nombreuses archives et restitue avec précision l’ambiance du royaume et les crispations autour de cette question : qui reçoit ces pensions et pourquoi ? On y découvre les techniques de Necker, qui, comme aujourd’hui, choisit de dire la vérité pour choquer l’opinion et provoquer la réforme. On voit Louis XVI tenter de remettre de l’ordre pour sauver les finances. Ce qui est particulièrement fascinant, c’est la fin de ce système : à la veille de la Révolution, la noblesse militaire de province, peu gratifiée en pensions, s’allie avec le tiers état contre la noblesse de cour, oisive et privilégiée. Cette alliance contribue à la dynamique révolutionnaire et aboutit à la mise en place de finances publiques plus modernes et plus transparentes."


Hommage à Robert Redford

Philippe Meyer, créée le 21-09-2025

"Robert Redford qui vient de mourir a réalisé une dizaine de films. Il marquait une préférence pour son premier, Des Gens ordinaires, non seulement parce qu’il avait dû affronter toutes sortes d’obstacles pour le monter, mais parce qu’il s’y exprimait sur un thème pour lui essentiel que l’on retrouve dans Et au milieu coule une rivière, celui de la complexité et de la difficulté des liens familiaux, celui de l’amour des uns pour les autres qui se heurte à d’incompréhensibles obstacles qui n’ont rien à voir avec le manque d’affection mais avec l’incapacité à l’exprimer, ou à la traduire en actes. Je crois que l’essentiel de ce qu’a réussi à montrer Redford est exprimé par le pasteur presbytérien, père des deux frères de Et au milieu coule une rivière, aussi dissemblables que pleins d’affection l’un pour l’autre et pour leurs parents, qui expriment leur proximité, non dans les mots mais une passion commune pour la pêche. Longtemps après la mort tragique du plus jeune, dans son prêche d’un dimanche qui clôt le film, le pasteur s’adresse ainsi à ses ouailles, à sa femme et à son fils aîné : « Il arrive dans la vie de chacun d’entre nous un moment où, voyant un être aimé dans le besoin, nous nous demandons : je veux l’aider, seigneur, mais de quoi a-t-il besoin ? Car nous pouvons rarement aider nos proches, soit que nous ignorions quelle part de nous-mêmes donner, soit que la part que nous avons à donner ne convienne pas. Ainsi ce sont ceux que nous devrions connaître qui nous échappent, mais nous pouvons les aimer quand même, aimer complètement sans comprendre entièrement. »"


Georges Marchais ou la fin des Français rouges

Jean-Louis Bourlanges, créée le 21-09-2025

"J’ai lu cette biographie de Georges Marchais, écrite par Sophie Coeuré, professeure à l’université Paris-Cité et spécialiste de l’Union soviétique. Après avoir longtemps travaillé sur les archives soviétiques, elle s’est tournée vers le chef de la « succursale française », analysant le système à travers Marchais plutôt que depuis Moscou. Le livre montre d’abord combien le mensonge initial sur la participation de Georges Marchais au STO a pesé sur toute sa carrière : il en a été culpabilisé, manipulé, et cela a façonné sa trajectoire. Il souligne aussi son insertion profonde dans le combat internationaliste dirigé par l’URSS. Ce qui me frappe en refermant cette biographie, c’est que, malgré l’importance de Marchais à son époque — les gens de ma génération ont tous en tête ses discours, ses gestes, son rôle de contemporain capital — il ne reste aujourd’hui plus rien de lui."


Discours du chancelier Mertz à la synagogue de Munich

Michaela Wiegel, créée le 21-09-2025

"Je recommande d’écouter ce discours prononcé à la synagogue de la Reichenbachstraße, à Munich, que Jean Quatremer a traduit avec beaucoup de justesse. Le chancelier y était au bord des larmes, et ses mots rappellent toute la charge de notre histoire. C’est une intervention essentielle à entendre alors que le conflit israélo-palestinien revient au premier plan, car elle oblige à réfléchir à la mémoire et à la responsabilité qui nous incombent."


Un simple accident

Nicole Gnesotto, créée le 14-09-2025

"Durant mes pérégrinations estivales, j'ai eu la chance d'assister en avant-première à la projection du film qui a eu la palme d'or cette année, réalisé par Jafar Panahi, cinéaste iranien. Il sortira le 1er octobre, et c’est un film absolument exceptionnel pour deux raisons. D’abord son style, c'est très rare d'avoir du cinéma qui innove. Or ce film se déroule à la fois comme une tragédie filmée à l'intérieur d'une camionnette, mais c’est aussi un film fellinien avec des scènes d'un burlesque extraordinaire. C'est un mélange virtuose de styles cinématographiques. Ensuite, il y a bien sûr sur le contenu, parce qu'on a vu beaucoup de films sur l'atrocité du régime iranien, c'est la première fois que je vois la corruption comme un sujet central. Par exemple tous les policiers ont un terminal de carte bleue dans la poche, ce qui facilite la vie de tout le monde … C'est un film d'une complexité et d'une facture tout à fait intéressante ; il vous marque longtemps."


Hommage à Rick Davies

Richard Werly, créée le 14-09-2025

"Pour ma part, à l’occasion e la disparition de Rick Davies, ce sera un hommage à notre jeunesse, l'hommage à Supertramp ; une musique, un style musical, mais aussi un certain sens de la fête … Mais c'était aussi une image des Etats-Unis. Des Etats-Unis qui faisaient rêver, vous vous rappelez la pochette de l’album Breakfast in America. Je me demande aujourd'hui qui a encore envie de prendre son petit déjeuner en Amérique ou d'avoir un petit déjeuner américain. On a écouté beaucoup Supertramp ces jours-ci et ça faisait du bien dans ce marasme français et dans cette inquiétude américaine."


La peau dure

Marc-Olivier Padis, créée le 14-09-2025

"Dans la rentrée littéraire, énormément de livres parlent de relations familiales et j'ai choisi de lire celui que Vanessa Schneider consacre à son père Michel Schneider, haut fonctionnaire, essayiste, psychanalyste et musicien. Il avait été directeur de la musique au ministère de la Culture et avait écrit un essai, une critique radicale de la période Jack Lang, très polémique, mais très vigoureux, très documenté, et assez courageux. Mais aussi un livre sur Glenn Gould, vraiment magnifique, un chef d'œuvre d'initiation, en tout cas pour quelqu'un comme moi qui connaît mal la musique classique. Vanessa Schneider choisit un angle un peu générationnel en comparant sa génération à celle de son père, cette génération d'après-guerre qui a fait mai 68, qui s'est fourvoyée dans le gauchisme (le maoïsme dans le cas de son père) et qui s'est rattrapée après le tournant de 1981. Et comme le dit Michel Schneider à sa fille « nous sommes la première génération à avoir tué à la fois le père et le fils ». C'est cette citation qui fournit le fil rouge de cette remémoration filiale et familiale."



Jusqu'au bout de la nuit : les vies de Jacques Benoist-Méchin : 1901-1983

Matthias Fekl, créée le 14-09-2025

"Et pour l'histoire je recommande la lecture de la remarquable biographie d'Éric Roussel consacrée à Jacques Benoist-Méchin. Grand intellectuel des années 1920 et 1930, fasciné par le fascisme et par l'Allemagne nazie, il s’agit d’une réflexion sur comment on peut être brillant, cultivé et pourtant se fourvoyer totalement. Le livre traite aussi de la fascination pour la force, malgré l'abjection de ces régimes, on comprend qu'il y a un gros problème, au moment où, écrit Éric Roussel, Laval considère que Benoist-Méchin est trop proche de l'Allemagne … Et puis par contraste, cela montre aussi que malgré toutes ces imperfections, dans les périodes troubles l'attachement à la démocratie doit demeurer indéfectible."


Assassinat de Charlie Kirk

Philippe Meyer, créée le 14-09-2025

"L’assassinat de Charlie Kirk m’a conduit à lire et visionner ce qui était disponible sur cet influenceur américain, notamment les vidéos de différentes manifestations dont il était l’animateur. D’abord, on voit qu’il était davantage un MAGA qu’un trumpiste, du moins qu’il avait commencé à prendre ses distances avec Donald Trump à cause de l’affaire Epstein. Ensuite on s’aperçoit à quel point cette affaire illustre parfaitement la thèse du livre de Mathieu Gallard Les États-Unis au bord de la guerre civile ?, qui était sous-titré « pourquoi les Américains se détestent ». Le livre est une analyse de la polarisation de la vie politique aux USA, commencée après la guerre (qui avait soudé la nation), et qui n’a cessé de croître depuis. D’après Mathieu Gallard, jusque dans les années 1990, il existait encore un sentiment d’appartenance à une collectivité nationale. On pouvait encore s’entendre sur certains grands enjeux structurants. Ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui, où l’on observe une polarisation affective : non seulement on est en désaccord idéologique profond avec les électeurs du parti adverse, mais ne plus, on ne les aime pas : on les juge malhonnêtes, malveillants. réer, ce ne sont plus seulement des adversaires, mais bien des ennemis. "