Les brèves

Zineb Sedira L’espace d’un instant

Lucile Schmid, créée le 03-11-2019

"Je veux recommander d’aller au musée du Jeu de Paume, où se tiennent deux formidables expositions. L’une est de Zineb Sedira, artiste d’origine algérienne vivant aujourd’hui à Londres, qui a beaucoup travaillé sur deux sujets qui me tiennent à cœur. D’abord la mémoire post-coloniale, en mettant à disposition sa collection de dessins humoristiques et ironiques Algérois réalisés pendant la décennie noire. Il faut prendre conscience que les Algériens ont une tradition extraordinaire d’humour et d’ironie. Il y a aussi des choses superbes sur la question écologique, notamment une très belle installation appelée The end of the road, qui montre une casse automobile."


Scoop

Philippe Meyer, créée le 03-11-2019

"En ces temps de « Dupont de Ligonnèsseries », j’ai relu un livre qui m’avait enchanté en son temps, il s’agit de Scoop, d’Evelyn Waugh, le célèbre écrivain et humoriste britannique. C’est une description du milieu de la presse, absolument impitoyable et d’une drôlerie effrayante. Grosse modo, de quoi s’agit-il ? Un journal est la propriété d’un milliardaire, Lord Copper, qui ne tolère que deux types de réponses : « definitely, my Lord », et « up to a point, my Lord ». A la suite d’un dîner mondain au cours duquel une dame lui tourne la tête, Lord Copper désire envoyer un correspondant dans un pays au bord de la guerre civile, appelé Ismaël. Mais il se trompe de nom et au lieu d’envoyer le correspondant que la dame lui a recommandé, il envoie un homonyme, spécialiste des jardins et des animaux domestiques. Ce dernier va donc découvrir le monde des correspondants à l’étranger, mais aussi comment de nombreux évènements qui n’existent pas peuvent se produire grâce au concours des journalistes. Ce spécialiste du jardin va finir par déclencher la guerre civile qu’il est venu couvrir."


River of time : mémoires de la guerre du Vietnam et du Cambodge

François Bujon de L’Estang, créée le 27-10-2019

"Je vous emmène jusqu’au Vietnam et au Cambodge, pour vous recommander la lecture d’un livre publié cet été seulement , aux éditions de l’Equateur. Il est de Jon Swain, journaliste britannique qui fut le correspondant du Sunday Times, et il est intitulé « River of time : mémoires de la guerre du Vietnam et du Cambodge ». C’est un livre tout à fait remarquable, qui fait vivre aux premières loges, non seulement la guerre du Vietnam, mais la prise de Phnom Penh, l’arrivée des Khmers Rouges, l’installation de ce régime dont personne n’avait soupçonné la cruauté. Le livre est extraordinairement vivant, il avait d’ailleurs déjà été publié en Grande-Bretagne en 1995. "


Nous n’avons pas vu passer les jours

Richard Werly, créée le 27-10-2019

"Ce livre que je recommande a à voir avec le destin d’Israël : nous n’avons pas vu passer les jours, de Simone Schwarz-Bart et Yann Plougastel, dans lequel Simone Schwarz-Bart raconte sa vie de couple avec André Schwarz-Bart, l’auteur du dernier des justes, qui a obtenu le prix Goncourt à la surprise générale, après la guerre. Je voudrais vous lire une petite phrase de cet extraordinaire livre de mémoires, où Simone Schwarz-Bart, guadeloupéenne, qui a vécu aux Antilles avec son mari dit : « lui, le Juif survivant, le jeune ouvrier, il voulait rendre hommage à une civilisation partie en fumée dans la cheminée des crématoires, es malentendus, les interprétations enthousiastes mais étrangères à ses intentions, les remarques assassines, les polémiques à rebondissements, l’effarèrent tout autant que sa notoriété soudaine »"


Dictionnaire amoureux de la diplomatie

Jean-Louis Bourlanges, créée le 27-10-2019

"Je voudrais reprendre et prolonger la présentation qu’avait faite François de l’excellent livre de Daniel Jouanneau : le dictionnaire amoureux de la diplomatie. Rentrer dans la diplomatie, c’est toujours assez difficile, et là, le mécanisme du dictionnaire fait qu’on picore agréablement, on apprendénorméement de choses, c’est bourré d’anecdotes, j’ai notamment appris que la citation que je croyais être de Clémenceau était en fait de Philippe Berthelot, à propos d’Aristide Briand : « Poincaré sait tout mais ne comprend rien, Briand ne sait rien mais comprend tout ». Je ne résiste pas au plaisir de citer la lettre par laquelle Louis XV a congédié le duc de Choiseul : « mon cousin, le mécontentement que me causent vos services me force à vous exiler à Chanteloup, où vous vous rendrez dans 24 heures. Je vous aurais envoyé beaucoup plus loin, si ce n’était l’estime particulière que j’ai pour Madame la duchesse de Choiseul, dont la santé m’est fort intéressante. Prenez garde que votre conduite ne me fasse prendre un autre parti. Sur ce, je prie Dieu, mon cousin, qu’il vous aie en sa sainte garde » "


Les foulards de la discorde

Marc-Olivier Padis, créée le 27-10-2019

"C’est un collectif de jeunes historiens qui ont travaillé sur les archives d’organisations politiques et syndicales, pour revenir sur la manière dont cette première affaire du voile a profondément divisé l’ensemble des sensibilités et des groupes. Le livre les parcourt un par un : le parti socialiste, les communistes, l’Eglise, les associations musulmanes, les féministes, les organisations laïques. Tous ont été fracturés, parce qu’ils manquaient de doctrine, la laïcité était évoquée de manière mécanique, mais sans réflexion de fond. Ils ont été pris de court, c’est une des leçons de cet ouvrage très instructif, mais aussi un peu décourageant en raison de l’aspect répétitif de ces débats."



Le traître (Il traditore)

Philippe Meyer, créée le 27-10-2019

"Ce qui me permet d’évoquer le film de Marco Bellocchio, qui à 80 ans, nous raconte dans « le Traître », l’histoire de Tommaso Buschetta, mafieux repenti, qui refuse d’ailleurs de se faire appeler « repenti », car il dit s’être conduit en fonction du code d’honneur de la mafia. Il reste un homme d’honneur, même en ayant fait tomber Totò Riina, (qui lui, est à proprement parler un monstre) et même si ses dénonciations ont abouti à cet extraordinaire procès (pour lequel il a fallu construire une salle) qui a fini par aboutir à une condamnation, grâce à l’habileté et l’entêtement de quelques juges. Tommaso Buschetta est admirablement joué par Pierfrancesco Favino, absolument méconnaissable."


Nos vies contre l’oubli

Philippe Meyer, créée le 20-10-2019

"Ce sont des entretiens avec Laurent Greilsamer. Je m’arrête simplement sur la question du traitement en France des Juifs pendant la guerre. Les Klarsfeld, qui ne sont pas seulement activistes mais aussi historiens, établissent que contrairement à la légende, il y a eu très peu de dénonciations. Elles ont lieu jusqu’en 1942, et viennent de gens précis qui travaillent avec les gens qu’ils dénoncent, souvent pour obtenir, d’une manière commode bien qu’infecte, une meilleure position professionnelle. Pour les Klarsfeld, c’est essentiellement le recensement qui a permis les arrestations, c’est à dire la confiance que les Juifs de France et d’Europe centrale réfugiés en France ont placé dans le système français. Autre chose qui va à l’encontre des « vérités » fabriquées par les paresseux ou les réseaux sociaux : l’importance du rôle des Églises, catholiques et protestantes. Pour les Klarsfeld, ce sont les églises et la population qui ont permis de sauver 75% des Juifs, une population marquée par la charité chrétienne et les valeurs républicaines inculquées par le curé et l’instituteur."


Girl

Béatrice Giblin, créée le 20-10-2019

"Dans une fiction d’un réalisme absolument prenant, Edna O’Brien raconte l’histoire d’une des collégiennes kidnappées par Boko Haram. L’auteur a 80 ans, elle est allée faire une enquête sur place au Nigéria pour écrire ce roman, qui décrit le parcours d’une très jeune femme, qui sera violée et aura un bébé (ce qu’il fait qu’elle sera rejetée par toute sa famille quand elle s’en sera sortie). C’est un récit absolument remarquable, d’une très grande force."


Aristide Briand

Jean-Louis Bourlanges, créée le 20-10-2019

"Briand est un libéral au sens plein du terme, c’est à dire venant de la gauche, qui n’a jamais opposé le libéralisme à la gauche, qui a conçu la loi de 1905 sur la laïcité. L’Europe, la paix, la civilisation ... tout cela finira tragiquement, puisque Briand meurt à peu près au moment où Hitler arrive au pouvoir, mais c’était une personnalité extrêmement attachante, politiquement très savoureuse. Il passait pour ne rien connaître et tout comprendre, et il disait de lui-même : « je suis d’une ignorance encyclopédique »."