Les brèves

La valse européenne les trois temps de la crise

Nicole Gnesotto, créée le 30-05-2021

"Je vais rester en Europe, et vous recommander moi aussi un gros livre, celui d’Elie Cohen et de Richard Robert. Les auteurs y passent en revue les différentes crises traversées par l’Union depuis celle de 2008, et montrent qu’à chaque fois, une structure semble se répéter : d’abord l’Union est nulle et elle atermoie, deuxièmement elle réagit avec ambition et détermination, et troisièmement elle saute le pas vers davantage d’intégration. J’ai des doutes quant à ce troisième mouvement, qui ne me paraît pas être obligatoirement la conséquence des crises, mais l’ouvrage est très éclairant sur les mécanismes de réponse européens. "


Le continent de la douceur

Lucile Schmid, créée le 30-05-2021

"Ce roman d’Emmanuel Bellanger était paru en 2019, l’année des élections européennes. Et le continent de la douceur, c’est L’Europe. L’auteur invente un petit pays, le Karst (qui n’est pas sans rappeler la Biélorussie), dont certains de ses citoyens exilés aux USA essaient de provoquer l’intégration à l’Union Européenne. Il y a là-dedans quelque chose d’assez romanesque. On peut y lire : « l’Europe est une chose qu’on invente et dont on ne sait pas ce qu’est le type de gouvernance ». C’est un roman fleuve de 850 pages, à la fois poétique et politique. "


D’une monarchie à l’autre

Jean-Louis Bourlanges, créée le 30-05-2021

"Je vous recommande le livre d’Eric Bonhomme, qui est une histoire des institutions politiques françaises pendant les deux derniers siècles. Je remercie son auteur, qui me l’a envoyé accompagné d’un gentil mot, expliquant qu’il est l’un de nos auditeurs réguliers. Mais par ailleurs, le livre est très bon, il a la saveur des très bons professeurs qu’on a aimés avoir, qui vous expliquent des thèses très importantes. En l’occurrence, que l’immensité du logiciel monarchique pèse encore sur nos institutions républicaines, jusqu’à ce que le général de Gaulle les concilie en 1958. C’est très bien fait, cela donne une vision générale sur nos institutions, qui sera précieuse à tous."


Toutes les familles heureuses

Nicole Gnesotto, créée le 23-05-2021

"J’avais tellement aimé L’Anomalie, le dernier prix Goncourt d’Hervé Le Tellier, que je suis allé en lire deux autres pendant le confinement. Deux petits ouvrages. Le premier est paru en livre de poche. C’est une histoire atroce de son enfance atroce, avec une famille atroce, une mère folle, un beau-père abominable et un beau-père encore pire. Mais c’est écrit danse un style très britannique, avec une distance et un humour absolument désopilants. "


Une insolite curiosité

Nicolas Baverez, créée le 23-05-2021

"Au milieu de cette hégémonie de la géographie, j’aimerais sauver un peu l’honneur des historiens et vous recommander le livre de Paul Veyne. Il est extraordinaire, car il mêle des éléments biographiques à son travail d’historien et à ses goûts d’esthète (pour la poésie notamment). On a du coup des allers-retours assez fulgurants entre l’emprise romain, sa spécialité, et le monde d’aujourd’hui. Un très grand livre pour un très grand historien."



Congo, un fleuve à la puissance contrariée

Béatrice Giblin, créée le 23-05-2021

"Moi aussi, je vous recommande un livre sur l’Afrique, de Laurent Pourtier. Il retrace toute l’Histoire et la géographie de ce fleuve, le deuxième du monde après l’Amazone. C’est un immense bassin hydrographique, plein de potentialités extraordinaires. On y trouve l’or vert, car c’est l’un des poumons de la planète. L’or bleu, car cela pourrait électrifier une grande partie de l‘Afrique, et de nombreuses possibilités minières (minerais rares). Grand paradoxe : les 9 pays qui entourent le Congo connaissent la plus grande des pauvretés. "


Manuwa street

Marc-Olivier Padis, créée le 23-05-2021

"Pour rester en Afrique, je recommande ce livre qui vient de paraître. Il est signé de la journaliste Sophie Bouillon, qui travaille pour le bureau de l’AFP à Lagos au Nigéria (l’autre géant africain en termes de démographie). Elle relate la chronique de cette mégapole absolument sidérante, vue depuis une petite rue, Manuwa street, au moment du coronavirus, c’est à dire quand cet endroit grouillant de vie s’arrête soudain. Elle décrit la vie quotidienne dans ce qu’elle appelle « le bidonville le plus cher du monde ». Une ville folle, où s’écrivent aujourd’hui les nouvelles formes de la mondialisation et du développement."


Hérodote n°180

Philippe Meyer, créée le 23-05-2021

"Je me suis aperçu trop tard -ayant déjà fini mes études- que la géographie était la reine des sciences sociales. Pour m’en convaincre à nouveau, je n’ai eu qu’à lire le dernier numéro de la revue que dirige Béatrice Giblin ici présente, Hérodote. Le dernier numéro est consacré au Maghreb. J’ai particulièrement apprécié trois articles : l’un sur la Kabylie, à laquelle beaucoup d’amateurs de chansons sont attachés à cause de Matoub Lounès, un autre sur le racisme anti-Noirs, intitulé « dévoilements d’un tabou » (le pluriel est important), et un troisième sur le coronavirus au Maghreb."


Le piège africain de Macron

Lionel Zinsou, créée le 16-05-2021

"Je recommande la lecture de cet essai d’Antoine Glaser, ce journaliste spécialisé sur les questions africaines. Il s’agit non seulement d’une analyse mais aussi d’une longue interview du président Macron à propos de l’Afrique. comme ce sont des sujets assez sensibles, je pense qu’il est intéressant de s’y pencher. D’autant qu’il y a souvent un regard un peu paradoxal chez l’auteur ; l’une de ses thèses est qu’on a beaucoup parlé de la Françafrique, mais qu’aujourd’hui, c’est plutôt « l’Africafrance » qui est aux affaires. Il y a eu un renversement de la question « qui domine qui ? ». Les pays africains sont en réalité en train de s’imposer à la France et se donner des choix avec des puissances concurrentes. Il y a également une tentative de renverser la table de la part de Macron, avec l’idée forte qu’on a un regard plus légitime quand on n’était pas né au moment de la décolonisation. "


Nœuds de vie

David Djaïz, créée le 16-05-2021

"Nous parlions de la vigne et de l’olivier, de la ligne de partage des eaux, des thèmes gracquiens. Je vous recommande la lecture de ces carnets inédits de Julien Gracq. Comme François Mitterrand, Julien Gracq était un grand promeneur. Géographe de formation, il est très attentif à la beauté des paysages, et notamment des bords de Loire qu’il connaissait bien. Il y a notamment un passage magnifique. Il est à sa fenêtre à Saint-Florent-le-Vieil, il voit le paysage depuis sa chambre et s’exclame : « l’homme a tellement refaçonné la planète à son image qu’il n’a plus rien à admirer. Que va-t-il faire le jour de sabbat ? » Ce propos écrit dans les années 1970 fait vraiment écho à l’anthropocène d’aujourd’hui, cette idée que l’Histoire et la Nature sont entrées en collision. "


La Revue des deux mondes

Lucile Schmid, créée le 16-05-2021

"J’ai envie de consacrer cette brève à Romain Gary, un auteur que j’aime beaucoup. Il se trouve que la revue des deux mondes lui consacre un dossier passionnant ce mois-ci. On y trouve notamment un texte de Myriam Anissimov, qui a écrit une superbe biographie de l’auteur. Il y a aussi dans ce numéro un article intitulé « La France est-elle un pays communiste ? » dont je tiens à dire que je ne partage pas totalement l’orientation. A propos de Romain Gary, et en écho à notre conversation sur François Mitterrand, je vous recommande un autre ouvrage paru en 2014, Le Sens de ma vie, qui est le dernier entretien accordé quelques semaines avant son suicide. On peut notamment y lire : « Je crois surtout que c’est la vie qui nous a, qui nous possède, c’est l’Histoire qui m’a en quelque sorte embobiné ». "