Les brèves

Emmanuel Macron, pourquoi cette haine ?

Jean-Louis Bourlanges, créée le 03-02-2019

"Je voudrais signaler que sur le site Telos est paru un article de Dominique Schnapper : Emmanuel Macron, pourquoi cette haine ? C’est une analyse très intéressante sur les mécanismes de la haine dans ce que la sociologue appelle les « sociétés de démocratie extrême » c’est à dire d’égalitarisme forcené. J’aurais plutôt tendance - parce que le mot démocratie est un mot auquel je suis attaché tout comme Dominique Schnapper - à parler de sociétés de ressentiment. Ce qu’elle montre c’est qu’en réalité, le grand reproche qu’on pourrait faire à Emmanuel Macron n’est pas d’être un héritier. On pourrait dire de lui comme Magritte de sa pipe « ceci n’est pas une pipe » , « celui-ci n’est pas un héritier » et c’est précisément ce qui d’après Dominique Schnapper la raison pour laquelle il est si détesté : car il a réussi par un court-circuit absolument inattendu, jeune, tout seul, rien dans les mains au départ ni rien dans les poches. Il a réussi à s’imposer. De ce point de vue la, c’est une sorte de défi à ceux qui comme nous tous, sont dans la société méritocratie, et peine à passer de la misère à la pauvreté. Ce phénomène d’arrogance qui lui est reproché est un phénomène qui renvoie à la méritocratie et non pas à une société de privilèges transmis."


L’Europe : un dessein, un destin

Marc-Olivier Padis, créée le 03-02-2019

"Je recommande le livre de Michel Foucher, un géographe qui aime beaucoup réaliser des cartes dans le 1 notamment. C’est un livre sur l’Europe paru aux éditions Marie B. Dans cet ouvrage , il défend l’idée que ce qui devient prédominent aujourd’hui pour la situation de l’Europe et le projet européen c’est de partir de la géopolitique et de la manière dont chaque pays se projette à l’échelle mondiale. Il répertorie les problématiques européennes à la lumière de cet enjeu géopolitique et non pas comme souvent cela est fait au prisme des enjeux institutionnels internes. Enfin, il y a, comme toujours, quelques cartes éclairantes. "


La comédie presque française 

Philippe Meyer, créée le 03-02-2019

"Je vais ouvrir cette séquence des brèves en parlant d’un programme radio. Pendant très longtemps et jusqu’à une date récente, la radio de service public a été épargnée par les considérations d’audience et elle s’est surtout concentrée sur l’idée que ses successifs présidents se faisaient de leur mission. Ça donne un trésor considérable d’archives. Ces archives sont régulièrement sélectionnées et diffusées par les Nuits de France Culture. On peut actuellement y télécharger une émission qui s’appelle « La comédie presque française ». C’est une émission qui avait été enregistrée à Hollywood pour une fin d’année dans laquelle des acteurs d’Hollywood - et pas n’importe lesquels -jouent en français des grandes scènes que l’on identifie au répertoire de la Comédie française. On peut notamment entendre Edward G.Robinson qui joue Monsieur Jourdain ainsi qu’Audrey Hepburn qui joue la fameuse scène d’Agnès dans l’Ecole des femmes. C’est charmant, très touchant et en même temps cela pousse à une réflexion sur la comédie française dans un endroit où l’on attend pas qu’elle soit célébrée; c’est à dire Hollywood. "


L'Incroyable histoire du facteur Cheval

Philippe Meyer, créée le 27-01-2019

"Sur une tonalité plus gaie je voudrais recommander d’aller voir le film sur le facteur Cheval. D’abord parce que le facteur Cheval est une bénédiction mais la manière dont Jacques Gamblin - Laetitia Casta est très bien par ailleurs - incarne le facteur Cheval fait que si ce dernier était américain il ferait la une de magasines « en veux tu en voilà ». C’est un film de Nils Tavernier qui est excellent et le jeu de Jacques Gamblin est magnifique. "


Le soleil ne se lève plus à l’Est

François Bujon de L’Estang, créée le 27-01-2019

"Je voudrais un mot d’un livre publié par l’un de mes collègues, Bernard Bajolet. Le genre de mémoire d’un ambassadeur est un genre qui était tombé en désuétude ces dernière années et d’ailleurs je m’en réjouissais plutôt qu’autre chose pour ma part mais il est en train de revenir un petit peu à l’initiative de quelque uns. Bernard Bajolet est un diplomate particulièrement intéressant qui fait mentir postumément Monsieur Pompidou qui considérait la diplomatie comme « une affaire de petits gâteaux et de tasses de thés »; une des plus grandes erreurs de jugement d’un ancien président de la République que j’ai jamais pu constater. Bernard Bajolet est un diplomate qui aime les postes à risques : il a été ambassadeur en Jordanie, à Sarajevo, à Bagdad, à Alger et a terminé ambassadeur à Kaboul. On peut difficilement faire mieux. Il a publié sous le titre « Le soleil ne se lève plus à l’Est » chez Plon les mémoires d’Orient d’un diplomate extrêmement intéressant et certains chapitres nous font véritablement replonger dans des enfers qui ne sont pas si loin de nous. Je pense par exemple au chapitre sur le chaos irakien quand il est arrivé à Bagdad au début de l’année 2003 et qu’il y est resté pendant les quatre années suivantes successives avec l’arrivée de Daech sur le territoire irakien et le chaos dans lequel les américains ont laissé ce pays. Ce sont des épisodes qui sont remarquablement bien écrit dans ce livre. Je rappelle que Bernard Bajolet a terminé sa carrière comme directeur de la DGSE après avoir été coordinateur du renseignement à l’Elysée précédemment. Il ne parle cependant guère du renseignement dans cet ouvrage mais plutôt de la diplomatie et du triste état du Moyen-Orient. "


Karambolage

Michaela Wiegel, créée le 27-01-2019

"Je retourne dans le franco-allemand avec ma brève. Si vous vous êtes déjà posé la question : pourquoi nous les allemands ne mangeons pas notre oeuf à la coque comme vous les français ? ou des choses plus sérieuses comme : pourquoi le Bundenstag fonctionne si différemment de l’Assemblée nationale ? C’est dans l’émission Karambolage sur ARTE que vous trouvez toutes ces réponses. C’est un programme très drôle et qui va fêter sa 500ème émission. J’en profite pour rappeler l’existence de ce programme où l’on en apprend beaucoup sur nos différences mais aussi sur ce qui nous rassemble avec humour. "


Etudes de l’Institut Sapiens

Jean-Louis Bourlanges, créée le 27-01-2019

"Je voudrais recommander les études qui sont, en ce moment, publiées par l’institut Sapiens. Elles s’intéressent de très près à l’enseignement de l’économie dans le secondaire en France. C’est une matière assez controversée actuellement. Il y a deux études : comment élever le niveau des français en économie ? et une radiographie d’un manuel de seconde Hatier où l’auteur, Monsieur Robert, qui est un universitaire montre toutes les lacunes. On résume ces défaillances en trois termes : l’encyclopédisme qui fait qu’au lieu de se concentrer sur la matière économique on fait un peu de tout comme de la sociologie et donc la matière se dissout - le pessimisme : tout ce qui relève du fonctionnement normal de l’économie capitaliste qui régie 98% de la planète est considéré avec un biais extraordinairement négatif - des lacunes analytiques qui sont très importantes où l’on confond corrélation et causalité. D’une façon générale je crois que l’on ignore dans l’enseignement économique que l’enseignement ce n’est pas l’apprentissage des faits, la multiplication des visites d’usines etc mais d’abord l’apprentissage d’un langage. Comme le disait le regretté Louis Althusser : « Je mets au service de l’économie moderne qu’il faut porter au sein du désordre empirique la rigueur inaltérable du concept. » "


Comme une rage de justice

Philippe Meyer, créée le 27-01-2019

"Je voudrais recommander le livre d’entretien de Sabine Rousseau, paru aux éditions du Cerf, avec le frère Burin des Rosiers qui a quitté la France après s’être établi en usine après mai 68. Il a quitté la France et a vécu pendant très longtemps en Amazonie où il s’est battu pour les droits des paysans jusqu’à ce que l’âge et la fatigue ne le fasse revenir en France mais ça été un long combat de trente ans si je ne me trompe. Ce livre décrit cette condition de l’esclavage qui est celle de beaucoup de paysans brésiliens."


Requiem pour le monde occidental

Nicole Gnesotto, créée le 27-01-2019

"Je vais revenir aux Etats-Unis, mais sans concept, pour vous parler du dernier ouvrage de Pascal Boniface qui vient de sortir aux éditions Eyrolles. C’est une analyse assez précise, à la fois économique, stratégique, culturelle, du divorce de plus en plus flagrant entre les Etats-Unis de Donald Trump et l’Europe. C’est un plaidoyer, comme il n’y en a pas si souvent, pour l’autonomie européenne, la souveraineté européenne face aux Etats-Unis. "


Glissez mortels

Philippe Meyer, créée le 20-01-2019

"Je souhaiterais recommander un livre de Charlotte Hellman, Glissez mortels édité chez Philippe Rey. Charlotte Hellman a cinq arrières grand-mère. Deux du côté paternel et trois du côté maternel. Il y a son arrière grand-mère naturelle, Jeanne, son arrière grand-mère adoptive, Berthe, ainsi que son arrière grand-père qui s’appelait Paul Signac. Cet arrière grand-père a épousé Berthe, il l’a aimé et a été aimé d’elle puis il a vécu avec Jeanne suite à ses 25 années de mariage avec Berthe. Il a eu avec Jeanne un enfant, ce qu’il n’avait jamais pu avoir avec Berthe. Jeanne et Berthe se sont détestées et combattues puis rapprochées et finalement entendues au point que Berthe a adopté l’enfant de Jeanne afin que ce dernier puisse hériter de son père. Charlotte Hellman s’est plongée, à la manière d’un détective et d’une descendante à la recherche de la vérité sur sa famille, dans l’histoire compliquée mais belle de ces deux femmes et de cet homme. Elle réussit à écrire ce roman d’une manière extrêmement remarquable dans un livre tout à fait fluide. Peu importe que cet arrière grand père s’appela Paul Signac; il aurait pu s’appeler Paul Dupont, l’histoire aurait été tout aussi intéressante. "



L'inquiétude démocratique

Marc-Olivier Padis, créée le 20-01-2019

"Je souhaiterais recommander le numéro de Janvier de la revue Esprit. Cela tombe bien car c’est un numéro consacré à Claude Lefort dont toute la réflexion est concentrée autour de la politique et le numéro est sous-titré l’inquiétude démocratique ce qui résonne avec l’actualité. Claude Lefort est un philosophe qui a beaucoup réfléchi sur cette figure du peuple dont on s’emploie souvent à dire « le peuple a parlé » , « le peuple c’est moi ou le peuple c’est nous ». Claude Lefort a montré, notamment au travers d’une lecture poussée de Machiavel, que le peuple en démocratie est toujours divisé. C’est toujours une sorte d’usurpation que de dire « Je suis le peuple ». Accepter cette division insurmontable : telle est la première étape de la démocratie moderne. C’est à partir de là que l’on peut construire un régime dynamique et ouvert. "