Les brèves

Books

Philippe Meyer, créée le 09-05-2021

"Le bimestriel Books reparaît, alors qu’on le croyait perdu pour des raisons financières. Il a pour objectif d’éclairer tous les sujets d’intérêt général à travers les livres publiés dans le monde entier. Dans ce nouveau numéro, je vous recommande particulièrement un article qui m’a enchanté, John Perry, intitulé : « comment remettre la procarastination au lendemain ? » Il met en exergue une citation de Mignon MacLaughlin : « il y a tellement de choses qu’on voudrait avoir faites hier et si peu qu’on a envie de faire aujourd’hui. »"


Raison et dérision

Béatrice Giblin, créée le 09-05-2021

"Dans la collection tracts de Gallimard, je vous recommande ce recueil des illustrations de Xavier Gorce, issues du site du journal Le Monde, ces pingouins qui sont en fait des manchots. Récemment, Le Monde a décidé de présenter ses excuses à la suite d’un dessin de Xavier Gorce au moment de la parution du livre de Camille Kouchner. Cette publication avait suscité des réactions au sein même de la rédaction du journal, qui estimait qu’on ne saurait offenser, à un moment si douloureux, tous les gens victimes d’inceste. Je pense que ces excuses du journal furent une grande erreur. Le dessin de presse est fait pour provoquer, pour faire rire mais aussi réfléchir. Nous devons apprendre à être choqués, et l’accepter. Par ailleurs, abandonner le dessin de presse comme l’a fait un journal américain est très grave, car accepter l’humour est un moyen d’alimenter son intelligence."


Denis Mukwege

Jean-Louis Bourlanges, créée le 09-05-2021

"Je voudrais vous faire part d’une expérience que j’ai vécue à la Commission des Affaires Étrangères de l’Assemblée Nationale. Nous avons reçu mercredi dernier le docteur Mukwege, prix Nobel de la paix 2018, le gynécologue connu comme le « réparateur des femmes » à Panzi, à l’Est du Congo, tout près de la frontière rwandaise. Il a organisé la prise en charge des femmes victimes de crimes sexuels, de viols notamment. Dans mon métier, on voit pas mal de crétins, de lâches, ou de gens un peu douteux. Il est rare de voir une personnalité aussi forte moralement, cohérente intellectuellement, et déterminée à faire le bien. J’ai été très impressionné. Son discours est assez simple : les viols ne sont absolument pas des « débordements », mais des actions organisées et systématiques, d’une efficacité redoutable dans la destruction des corps sociaux. Le docteur Mukwege a une approche systémique, reposant sur quatre piliers : le soin physique, le soin psychologique, les solutions économiques, et les solutions politiques et juridiques. Il insiste sur un point : si l’on ne punit pas ces crimes, on ne permet pas à ces peuples martyrisés de se reconstruire, et ils restent enfermés dans la honte. La punition est un élément essentiel de la reconquête de leur identité. C’est un message que l’Assemblée Nationale s’est engagée à relayer à l’ONU. "


Une bête entre les lignes

Lucile Schmid, créée le 02-05-2021

"Je veux vous parler de ce livre d’Anne Simon que j’ai beaucoup aimé. L’auteur est une spécialiste de Proust. Mais parallèlement à cette carrière, elle a mené une quête insatiable sur la façon dont les animaux sont décrits dans nos œuvres littéraires, avec un programme appelé « animots ». Dans cet ouvrage qui vient d’être publié, la partie consacrée à Proust est incroyable. Contrairement à Colette, l’auteur de La Recherche n’aimait guère les animaux, mais dans son œuvre, les descriptions de protozoaires, de microbes, du Baron Charlus décrit comme un gros bourdon ... Si vous n’aimez pas tant que ça les animaux, il faut que vous lisiez Une bête entre les lignes."


Guerres invisibles Nos prochains défis géopolitiques

Jean-Louis Bourlanges, créée le 02-05-2021

"Je vous recommande le livre que vient de publier le directeur de l’IFRI Thomas Gomart. L’auteur analyse le renouvellement profond des conditions dans lesquelles se développe la politique étrangère. Pour un vieux Westphalien comme moi, c’est très éclairant. Il reste beaucoup de choses l’ancien monde, mais les enjeux sont profondément renouvelés. Les enjeux sociaux, avec l’avenir des inégalités, les enjeux naturels avec la question climatique, la révolution technologique et ses conséquences, la nouvelle course à l’espace. Tout cela est entièrement renouvelé, et les moyens de tout cela dépassent complètement ceux de la diplomatie et de la Défense, puisqu’ils s’agit des marchés financiers. L’Europe qui cherche à devenir quelque chose qui ressemble à une puissance, mais qui répugne à investir dans le domaine de la violence militaire, serait bien inspirée d’investir massivement dans cet entre-deux, qui n’est pas un « en même temps »."





De la laïcité en France

Matthias Fekl, créée le 02-05-2021

"Je vous recommande deux livres. Le premier est signé de Patrick Weil. Les deux livres ont en réalité le même objet : l’éloge de la nuance, qui ne doit pas être confondue avec le « en même temps ». Dans la nuance, il y a à la fois la complexité et le refus des postures. Le courage de la nuance en fait son postulat général, tandis que De la laïcité en France le fait sur un thème majeur indispensable à notre avenir : la laïcité. Les deux ouvrages, avec beaucoup de finesse et de subtilité, démontrent brillamment que l’on peut être nuancé sans être dans la pensée molle, et que l’on peut aimer la complexité tout en étant intransigeant sur l’essentiel."


Le Grand

Philippe Meyer, créée le 02-05-2021

"Au début du siècle dernier Henri Cot, né en 1883 dans l’Aveyron au hameau du Cros de la commune de Mounès-Prohencoux et du canton de Belmont-sur-Rance atteignait au conseil de révision la taille de 2 mètres 12. Les médecins lui prédirent que sa croissance était loin d’être terminée. Lorsqu’il atteignit 2 mètres 60 et qu’il chaussa du 61, un entrepreneur de spectacles en fit sa vedette et l’emmena en tournée en France, d’abord, dans le vaste monde ensuite. Le succès fut considérable et lucratif. A Londres, en 1906, Henri Cot fit paraître cette annonce : « Séduisant, intelligent, français, 2 mètres 61, 176 kgs, larges moyens financiers recherche une femme d’intérieur avenante dans le but de se marier immédiatement. La demoiselle doit être disposée à faire le tour du monde ». Il reçut 301 réponses dont une faillit aboutir. Un nain de 60 centimètres baptisé Colibri devint son inséparable partenaire et compagnon. Peu à peu, la concurrence, d’abord confidentielle, devint rude et multiple… Daniel Carton, qui se distingua naguère par une critique sévère et documentée du journalisme politique en France avant de quitter ce métier a reconstitué l’histoire d’Henri Cot, une histoire dont il ne reste qu’une carte postale et une brochure de 5 pages publiée au Royaume-Uni. Il la fait raconter par un ami d’enfance imaginaire du géant dont le regard amical, émerveillé puis désolé observe l’hostilité provoquée par une différence aussi excentrique, la cupidité de ceux qui comprennent comment la changer en or, la naïveté peu à peu transmuée en vanité du héros.  Si on osait on dirait que la vie de ce géant est un raccourci d’humanité. Le livre est intitulé Le Grand. Il est publié chez Fayard."


Le lièvre d’Amérique

Lucile Schmid, créée le 25-04-2021

"Je vais rester dans un registre poétique et vous recommander un roman écrit par une autre poétesse, québécoise cette fois, Mireille Gagné. On y suit une employée modèle, essorée au travail, qui va se faire greffer un gène de lièvre d’Amérique pour devenir encore plus efficace. A travers cette transformation génétique que nous vivons en direct, nous allons réintégrer un univers profondément poétique, celui de l’Isle-aux-Grues. Il s’agit d’une île sur le Saint-Laurent, où l’héroïne redécouvre ce qu’est être un lièvre, ainsi qu’un amour adolescent. Il y a dans ce roman une atmosphère aussi poétique qu’exotique. Il est également tout à fait fantaisiste, tout en proposant une réflexion à la fois sociale et naturaliste."


L’iris sauvage

François Bujon de L’Estang, créée le 25-04-2021

"Je voudrais vous recommander de la poésie. Et notamment la découverte faite grâce aux jurés du prix Nobel, qui l’ont décerné à Louise Glück, une poétesse américaine. En France, elle n’avait encore jamais été traduite, et était quasiment inconnue. Fort heureusement cette injustice est réparée. Louise Glück est tout à fait reconnue aux Etats-Unis, elle a déjà été récompensée de nombreux prix littéraires (il y en a là-bas pour la poésie, au contraire de la France). Gallimard vient de publier deux recueils, l’Iris sauvage, et Nuits de foi et de vertu. L’édition est excellente, elle est bilingue et permet de découvrir une poétesse aussi originale que touchante. Son langage n’a rien d’hermétique, elle utilise les mots les plus quotidiens, mais le résultat est pourtant très énigmatique, doté d’une grande spiritualité, et très polyphonique. Elle utilise en effet beaucoup le « je », mais souvent, et comme il se doit en poésie, le « je » est un autre. Tantôt l’auteure, tantôt le créateur, tantôt un autre personnage. Simple, lyrique, spirituel. Tout à fait unique."