Les brèves

Abundance

Antoine Foucher, créée le 07-09-2025

"Je voudrais recommander ce livre, présenté aux États-Unis comme le nouvel évangile de la gauche américaine ou des Démocrates, d’Ezra Klein et Derek Thompson. Il n’a pas encore été traduit en français, mais l’avantage des sciences humaines en anglais, c’est que ça se lit beaucoup plus facilement que de la littérature. Et c’est intéressant pour trois raisons. La première, c’est qu’il vient de la gauche ; la deuxième, c’est la vivacité et la lucidité de la critique de la gauche sur la gauche, en donnant des chiffres assez cruels, c’est une critique très violente et documentée. La deuxième raison, c’est que la solution ne consiste pas à distribuer de l’argent. Parce que l’argent ne sert à rien quand il n’y a pas assez de biens. Ça ne sert à rien de donner de l’argent aux gens pour acheter des logements si on ne construit pas assez de logements. Et la troisième raison, c’est que l’auteur s’en sort par un espèce de technomessianisme en disant que si les États-Unis investissent sur la technique, elle nous sauvera. Donc, le monde qu’il trace n’est pas enviable. Mais quand même, la lucidité sur la critique et l’idée qu’il faut produire plus et arrêter de donner plus d’argent et moins de biens, est quand même intéressante."


Maniac

David Djaïz, créée le 07-09-2025

"Je voudrais vous recommander la lecture d’un livre qui m’a beaucoup impressionné, Maniac, écrit par Benjamin Labatut, un auteur chilien. Il avait déjà publié « Lumières aveugles » il y a quelques années. Le livre ne raconte rien de moins que la naissance de la bombe nucléaire dans le sillage du projet Manhattan, à travers la vie de John von Neumann, qui était un des plus grands esprits du XXème siècle, physicien, mathématicien, l’un des pères de l’informatique moderne et de l’Intelligence Artificielle, avec le supercalculateur Maniac. La partie la plus impressionnante est la troisième partie du livre, dans laquelle il décrit à la manière d’une épopée, l’affrontement entre l’homme et la machine, et plus exactement entre le Coréen Lee Sedol, qui était le plus grand champion de Go de tous les temps, et le système AlphaGo, construit par les équipes de Google DeepMind, qui a infligé à l’homme et à l’humanité une défaite cinglante. Cet événement, pour moi, est le plus grand événement du XXIème siècle, même s’il a reçu un intérêt désinvolte en Europe. Il faut s’y intéresser, il faut lire ce livre, c’est de la grande littérature et c’est extrêmement intéressant."





Michelrocard.org

Philippe Meyer, créée le 10-08-2025

"Par ailleurs, vous trouverez sur ce site toutes les archives concernant l’action de Michel Rocard, avec des vidéos, etc. Et une lettre d’information à laquelle il est possible de s’abonner. On peut notamment y voir une réaction de Michel Rocard à une chose inexacte et méchante que Jacques Chirac avait dit à propos de sa façon de gérer les finances. La manière dont il répond est tout à fait remarquable, débarrassée de toute espèce de blessure narcissique. Il explique simplement en quoi c’est faux, et la façon dont la rédaction du Monde a refusé de publier les véritables chiffres, au lieu des mensonges de Chirac … "




Le père Jacques : carme, éducateur, résistant

Philippe Meyer, créée le 06-07-2025

"Au revoir les enfants. Si l'on a vu le film de Louis Malle qui porte ce titre, on n'a pas pu oublier les dernières paroles adressées aux élèves par le religieux de l'ordre des Carmes que la Gestapo est venue arrêter en même temps qu’elle s’emparait, pour les envoyer à la mort, des trois jeunes garçons juifs hébergés et cachés dans le collège qu’il a fondé et qu’il dirige. Dans la vraie vie, ce religieux, né Lucien Bunel dans une famille de prolétaires normands s'appelait le père Jacques de Jésus. En plus d'héberger des Juifs, et pas seulement ces trois garçons, il est de longue date engagé dans la résistance. Ses activités ont été dénoncées. Il est déporté au camp de représailles de Neue Bremm, puis à Mauthausen et à Gusen. Il mourra d’épuisement à la libération des camps. Dans un livre d’Alexis Neviaski, Le père Jacques ; carme, éducateur, résistant. Publié par Tallandier il y a déjà 10 ans mais qui est toujours disponible sur la toile, j'ai découvert un éducateur exceptionnel pour qui l’autorité ne se gagne que par la confiance et un déporté qui, jusqu’au sacrifice, ne se départit jamais du souci des autres. Son compagnon d’enfer, Jean Cayrol, poète, romancier, essayiste, auteur du commentaire du Nuit et Brouillard d’Alain Resnais, véritable Lazare revenu d’entre les morts, lui dédia un « Chant funèbre à la mémoire du Père Jacques » en ces termes : « Pour mon plus que frère, le R.P. Jacques du carmel d'Avon […], qui fit sourire le Christ dans le camp de Gusen, mort d'épuisement à Linz, le 2 juin 1945 ». Une vie qui secoue les lecteurs qui la découvrent."


La vie a-t-elle une valeur ?

Antoine Foucher, créée le 06-07-2025

"Je voudrais recommander le dernier livre de Francis Wolff. Nos auditeurs réécouteront avec plaisir la thématique enregistrée avec le philosophe il y a un peu plus d’un an, mais son dernier livre est vraiment passionnant, parce qu’on a souvent le sentiment que les vrais problèmes du pays, du monde, sont des problèmes économiques, politiques, sociaux. Et ce qu’il y a de vraiment génial dans ce livre, ce est la façon dont Wolff montre qu’il y a bien plus important qui tout cela. L’auteur mène un combat philosophique pour réhabiliter l’humanisme, est il le fait avec un exemple précis, celui de la transition énergétique, en montrant qui les mot d’ordre « sauver la planète », « sauver la diversité », « sauver la nature », sont totalement inopérants et contradictoires en eux-mêmes. Parce que le vivant, c’est la lutte, et un virus est vivant. Et donc, si on veut sauver les hommes, il faut bien tuer les virus. Sur les droits des animaux : les puces de mon chien sont totalement incompatibles avec les droits de mon chien à ne pas avoir de puces. Et donc, il montre vraiment que notre impuissance à prendre en charge la lutte contre le réchauffement climatique vient du fait que, philosophiquement, le sujet est très mal posé, de façon totalement contradictoire. Et que notre seule manière, en fait, de mener à bien cette lutte, c’est de le faire au nom des humains, et non de « la nature ». Parce que la valeur suprême est la vie humaine. En plus le livre de lit comme un roman policier …"


La grève des aiguilleurs du ciel

Jean-Louis Bourlanges, créée le 06-07-2025

"Je voudrais faire état de mon angoisse, face au cynisme croissant avec lequel sont menés les débats du monde. On dirait que toutes les valeurs en ont été ôtées. Je trouve que le comble (ce n’est peut-être pas le plus important, mais c’est la perfection du cynisme), c’est la grève des aiguilleurs du ciel. C’est absolument parfait comme système. On a introduit des systèmes de contrôle parce qu’il y a eu des défaillances extrêmement graves de présence, qui ont mis en cause la sécurité. L’idée qu’en dépit de toute responsabilité, certains aiguilleurs du ciel puissent, à quelques-uns, paralyser tout le ciel européen, sans autre raison que « je n’accepterais pas qu’on contrôle ma présence au travail » est vraiment ahurissante … Ça prouve que vraiment, ce monde est devenu complètement fou. Parce que je crois que, d’une certaine façon, nous sommes tous aiguilleurs du ciel."


Au rythme de Vera

Marc-Olivier Padis, créée le 06-07-2025

"Je voudrais parler d’un film que j’ai vu cette semaine et que je recommande, puisqu’il est encore en salle. C’est un film allemand d’un réalisateur que je ne connaissais pas, Ido Fluk, qui parle du concert qu’avait donné le pianiste Keith Jarrett à Cologne en janvier 1975, ce qui donna l’un des albums les plus connus de l’histoire du jazz. On se dit que, pour donner un concert aussi exceptionnel, Keith Jarrett devait être dans des conditions absolument idéales. Or, c’est exactement le contraire, comme le savent les amateurs de jazz. C’est-à-dire que tout était catastrophique en amont de ce concert. Keith Jarrett était épuisé, avait mal au dos, n’avait au une envie de jouer, le piano de répétition était désaccordé était l’une des pédales ne fonctionnait pas … tout les ingrédients d’un fiasco. Mais grâce à l’énergie d’une jeune productrice, Vera Brandes, qui se lançait dans la production de concerts de jazz alors qu’elle n’avait que 18 ans, la performance de Keith Jarrett a pu devenir la merveille qu’on connaît. D’ailleurs, Keith Jarrett ne voulait pas que ce concert fût enregistré, puisqu’il craignait une catastrophe. Au delà l’anecdote savoureuse, c’est donc un film sur les conditions de la création artistique, sur cette alchimie particulière et assez contre-intuitive, très bien mise en scène."