LES INTERVENANTS

Marc-Olivier Padis

Directeur des études de la fondation Terra Nova.

 

Les brèves proposées par Marc-Olivier Padis:

L'économie mondiale 2018

"Chaque année les éditions de La Découverte publient dans la collections "Repères" un livre qui fait la synthèse de la situation de l'économie mondiale. C'est presque plus un outil de travail qu'une lecture de plage mais je vous le recommande quand même parce que c'est extrêmement bien construit. Et ce qu'on voit maintenant c'est que 10 ans après la grande crise bancaire et financière internationale, on est en train de passe rà un autre rythme de la situation économique mondiale et c'est très intéressante de voir ce nouveau cycle qui commence."


Un été avec Machiavel

"Je partage une de mes lectures d’été, c’est le livre de Patrick Boucheron qui s’appelle ‘Un été avec Machiavel’ qui était une série de chroniques radiophoniques au départ. Patrick Boucheron est donc un historien, spécialiste de l’Europe médiévale et titulaire d’une chaire au Collège de France, et là on retrouve la vocation initiale du Collège de France qui est par rapport au reste de l’université, c’est une institution qui doit diffuser le savoir à tout le monde et c’est ce qu’il fait dans ce livre sur Machiavel qui est fort bien écrit et bourré d’informations "


Le destin de l'Europe: une sensation de déjà vu

"Ma lecture de cette semaine est un livre sur l’Europe d’Ivan Krastev qui est un des meilleurs essayistes aujourd’hui sur les questions européennes. Cela s’appelle « Le destin de l’Europe : une sensation de déjà vu » aux Editions Premier Parallèle. C’est une réflexion sur les nouveaux thèmes qui sont apparus en Europe à l’occasion de la crise des réfugiés et notamment la division entre l’Est de l’Europe et l’Ouest de l’Europe, comme Krastev vient le la Bulgarie et qu’il vit maintenant à Vienne, il a un regard particulièrement aigu sur les divisions entre l’Est et l’Ouest."


Démocraties sous stress: les défis du terrorisme global

"Les députés ont voté cette semaine une loi pour la sécurité des français, censée lutter contre le terrorisme, on aura l’occasion d’en reparler je pense, mais je profite des ces circonstances pour recommander un livre que j’ai lu justement cette semaine d’Antoine Garapon et Michel Rosenfeld et qui s’appelle Démocraties sous stress, les défis du terrorisme global aux PUF. C’est un livre qui fait très bien le point sur la manière dont nos sociétés et notamment nos systèmes juridiques sont déstabilisés par l’irruption du terrorisme, et qui sans verser dans des aspects trop techniques du droit ou de l’histoire juridique récente montre bien comment une fois qu’on est rentré dans l’état d’urgence, on n’a pas trouvé la bonne voie de sortie et que maintenant c’est notre droit en commun lui-même qui est fragilisé par cette menace terroriste."


Homère, biographie

"Une lecture cette semaine que je vous recommande, c’est un livre directement en poche chez Folio de Pierre Judet de La Combe, qui est un philologue et traducteur du grec, on lui a demandé d’écrire une biographie de Homère, il a fait remarquer à son éditeur que Homère n’avait peut-être pas existé mais que ce n’était pas une raison pour ne pas écrire une biographie après tout. C’est ce qu’il fait avec beaucoup de brio en menant l’enquête pour savoir mais qui est cet Homère, cet homme errant sans père, sans patrie, aveugle et dont le surnom veut dire l’assembleur, parce qu’il a assemblé différents morceaux de grands chants épiques qui existaient avant lui et qu’il a mis ensemble. C’est vraiment une très belle enquête et une très belle occasion de revenir à de la poésie antique."


Blog L’Autofictif, Eric Chevillard

"Je voudrais parler cette semaine d’un écrivain, Eric Chevillard, qui avait une chronique dans Le Monde des livres, que je lisais chaque semaine avec beaucoup de plaisir notamment quand il avait une plume très sévère, il excellait. Malheureusement Eric Chevillard a arrêté sa chronique dans Le Monde des livres, mais on peut le retrouver sur son blog sur internet, il a un blog qui s’appelle l’Autofictif et sur lequel chaque jour il publie trois pensées très brèves, qui sont toujours charmantes ou très fantaisistes, il écrit par exemple « On me demande souvent si je sais comment finira le roman dont j'entreprends l'écriture, alors que je suis déjà extrêmement surpris par la façon dont il commence.», ou dans un style plus britannique d’humour absurde il écrit « Un homme en habit noir s'engagea derrière moi dans la porte tambour de l'hôtel et, bien évidemment, quand j'en sortis, ma veste blanche était grise.» Donc ‘est tout à fait charmant. Je vous recommande Eric Chevillard, l’Autofictif."


De l'ardeur, Histoire de Razan Zaitouneh, avocate syrienne

"Parmi les livres de la rentrée de cet automne j’ai lu le livre de Justine Augier, paru chez Actes Sud, qui s’appelle De l’ardeur, qui est une enquête sur une militante syrienne des droits de l’homme, avocate, Razan Zaitouneh. C’est une histoire assez triste puisqu’elle a fait partie des premières à se mobiliser dans les grandes manifestations contre le pouvoir syrien, et elle a été arrêtée, torturée, exécutée. Cette enquête en même temps donne un visage à cette opposition démocratique syrienne qu’on aurait bien aimé voir prendre plus de force. L’ensemble de ce récit n’est que plus amer aujourd’hui quand on voit le débouché de cette guerre."


Marcel PROUST : Eloge de la mauvaise musique

"On a lu beaucoup de commentaires dans les médias à propos de l’enterrement de Johnny Halliday et parmi de nombreux commentaires j’ai trouvé un commentaire par anticipation en quelque sorte écrit par Marcel Proust dans Les Plaisirs et les Jours et je ne résiste pas au plaisir de vous lire une citation courte de quelques lignes : « Détestez la mauvaise musique, ne la méprisez pas. Comme on la joue, la chante bien plus, bien plus passionnément que la bonne, bien plus qu'elle elle s'est peu à peu remplie du rêve et des larmes des hommes. Qu'elle vous soit par là vénérable. Sa place, nulle dans l'histoire de l'art, est immense dans l'histoire sentimentale des sociétés. Le respect, je ne dis pas l'amour, de la mauvaise musique n'est pas seulement une forme de ce qu'on pourrait appeler la charité du bon goût ou son scepticisme, c'est encore la conscience de l'importance du rôle social de la musique. ». "