LES INTERVENANTS

Isabelle de Gaulmyn

La famille de Gaulmyn est une famille d'origine du Bourbonnais, subsistante de noblesse française, dont la noblesse remonte à 1539. Isabelle de Gaulmyn est aujourd'hui rédactrice en chef du quotidien catholique La Croix, après en avoir été l'envoyée spéciale à Rome de 2005 à 2009. Vaticaniste, c'est-à-dire spécialisée dans l'étude du Vatican, elle est régulièrement invitée à intervenir dans différents médias, en particulier France 5 (à l'émission C dans l'air)3 ou France Culture4. Elle est l'auteur d'une biographie de Benoît XVI et du pape François. Elle intervient depuis septembre 2016 sur France Inter, le samedi matin, pour une chronique intitulée Faut-il y croire ?. Elle a écrit Histoire d'un silence autour des affaires de pédophilie dans l’Église de Lyon notamment avec les affaires Preynat et Barbarin. Elle y explique comment elle avait prévenu le cardinal Barbarin dès 2005. Son blog, créé en 2009 sur le site Internet de La Croix, s'intitule « Une foi par semaine ».

 

Les brèves proposées par Isabelle de Gaulmyn:

Les Doctrines de haine, l’antisémitisme, l’antiprotestantisme, l’anticléricalisme

"J’ai envie de vous parler d’un livre assez curieux. On réédite Les doctrines de haine d’Anatole Leroy-Beaulieu (historien et essayiste français de la fin du XIXème siècle). Le livre parut entre l’affaire Dreyfus et la loi de 1905. Il s’agit d’une série de conférences pour tenter d’expliquer ce qu’était la haine qui s’emparait à l’époque des français. L’auteur se situait comme catholique libéral. Les haines décrites ont toutes un point commun : on désigne un ennemi intérieur qui à chaque fois vient de l’extérieur : les Juifs viennent d’un peu partout, les protestants sont Allemands et les catholiques sont latins. Si l’on remplaçait l’anticléricalisme par l’islamophobie, nous retrouverions exactement les mêmes discours aujourd’hui … "


Molière le chien et le loup

"Je vous propose quelque chose à écouter en famille, pourquoi pas pendant les vacances. Il s’agit de la série de podcasts sur Molière produits par France Inter, et c’est remarquable. Les deux derniers épisodes sont peut-être un peu superflus, mais les huit premiers sont formidables. A écouter avec vos enfants et petits enfants. D’abord parce que vous apprendrez que bien des choses que vous croyiez savoir sur Molière sont fausses, mais aussi parce que c’est toute une époque que vous allez vivre : le jansénisme, Port-Royal, vous apprendrez qui était Louis XIV, et ce qu’était le théâtre à l’époque. C’est très fin, et compréhensible par toute la famille."


Phèdre !

"Je vous recommande un spectacle, qui vient de finir à Paris mais qui s’apprête à partir en tournée. La pièce est écrite par François Gremaud, un auteur suisse qui avait déjà fait le même travail à propos du ballet Giselle et de l’opéra Carmen. Il prend une grande oeuvre, et la fait jouer par un seul acteur, qui la décortique avec beaucoup d’humour et de finesse. Si vous avez des adolescents qui n’y connaissent rien à la tragédie ou à la mythologie grecque, c’est parfait. Et même pour vous, c’est aussi drôle qu’instructif."


As bestas

"Je vous propose un petit voyage en Espagne cette semaine, avec ce film de Rodrigo Sorogoyen. C’est intéressant car ici l’étranger, c’est ce couple de Français, riches et écologistes, qui refusent l’éolienne, et ceux qui accueillent ce sont les paysans espagnols modestes qui eux veulent l’éolienne qui leur permettra de s’enrichir. C’est un film qui traite de l’altérité, de la justice, et de tous les thèmes dont on a parlé aujourd’hui à propos de l’écologie et de son acceptation. A un moment, le réalisateur pose sa caméra à côté de l’éolienne et c’est absolument effrayant, on se dit très vite « je n’aimerais pas en avoir une au bout de mon jardin ». "



Saint-Germain ou la négociation

"En ces temps de pouvoir d’achat difficiles, je recommande la lecture (ou la relecture) de ce petit livre qui obtint le prix Goncourt en 1958. Il est signé d’un Belge, Francis Walder. C’est un petit bijou, on y voit comment fut négociée la fin de la troisième guerre de religion, entre un catholique, M. de Malassise et un protestant, M. de Biron. C’est une histoire vraie, dont il paraît qu’elle a longtemps été recommandée à tous les futurs diplomates. Comme on a aujourd’hui du mal à négocier et à trouver des compromis, on se dit que cette lecture ne peut qu’être profitable. "


L’aplatissement du monde

"Je recommande le petit essai d’Olivier Roy. Au début je me suis dit « bon, Olivier Roy, on le connaît, ça va encore être « la fin de la grande culture », etc ». J’ai été très agréablement surprise. C’est une lecture simulante. Dans un précédent ouvrage, Olivier Roy expliquait comment la religion mondialisée, en coupant la foi de la culture, aboutissait aux fondamentalismes. En appliquant la même grille de lecture sur les schémas sociaux, il analyse la crise de la Culture actuelle, qui s’accompagne paradoxalement d’une énorme augmentation des normes. "


Les sources

"Après la Hongrie et l’Ukraine, je vous emmène pour ma part dans le Cantal, dans les années 1960, avec le dernier roman de Marie-Hélène Lafon. Il est question de violence conjugale, et plus précisément des violences infligées aux femmes, mais l’autrice approche le sujet d’une manière très intéressante. On ne comprend de quoi il est question que petit à petit, si bien qu’on vit soi-même cette espèce d’enfermement, cette terreur de la femme battue (surtout dans un milieu rural où l’isolement est renforcé). Et puis, Marie-Hélène Lafon donne aussi la parole à l’homme, pour qui le fait de battre sa femme n’est absolument pas problématique. Ce roman offre une manière à la fois nuancée et profonde d’entrer dans ce sujet dont on parle beaucoup. "


L’encre en mouvement

"Puisque nous avons parlé de la Chine, j’invite tous les Parisiens à se rendre au musée Cernuschi. D’abord parce que le musée est très beau, mais aussi parce qu’en ce moment ils pourront y voir une très belle exposition sur la peinture chinoise du XXème siècle. C’est passionnant, car on voit bien comment les artistes chinois ont réussi à absorber et restituer dans une tradition chinoise des influences japonaises mais aussi occidentales. Il y a des choses merveilleuses et très fines, pour ma part j’ai préféré tout ce qui précède 1949, mais il y a de quoi faire le bonheur de tous."


La fin de l’antijudaïsme chrétien

"Puisque Pâques approche, je voulais vous parler d'un livre de Philippe Chenaux sorti il y a peu. L’auteur est un historien français qui travaille au Vatican. Alors c'est une belle histoire, qui finit bien, cependant il aura fallu 20 siècles avant que l'Église condamne enfin ouvertement l'antijudaïsme avec Vatican II. Et ce qui est intéressant dans ce livre, c'est qu’on commence à voir aujourd'hui le travail des historiens sur les archives Pie XII qui ont été ouvertes par le pape François. On s'intéresse toujours à ce que Pie XII a fait pendant la guerre, mais après guerre, on voit ici comment il a continué à rejeter tous les efforts pour que l'Église catholique reconnaisse sa responsabilité dans la Shoah et dans l'antijudaïsme. Et comment il a fallu attendre que Jean XXIII arrive pour qu'il y ait enfin cette ouverture. Ce livre est très émouvant parce qu'il parle à la fois de Jean XXIII et d'un autre personnage très intéressant : Jules Isaac, un professeur juif français et qui a beaucoup fait avec Jean XXIII pour ce rapprochement et passer d'une théologie du mépris par rapport au judaïsme, à quelque chose de beaucoup plus équilibré. Par ailleurs, il se trouve qu’on va fêter cette année l'anniversaire de leur mort puisque les deux sont morts en 1963. "


Les livres de Jakob

"C’est de judaïsme dont il sera question dans ma brève. Ce livre est déjà paru il y a quelques temps, mais je viens seulement de le découvrir. L’auteure est Olga Tokarczuk, Polonaise qui a reçu le prix Nobel. L’intrigue commence en 1752, et finit dans la Pologne de la Shoah. J’ai trouvé très intéressant que pour une fois (et l’auteure le dit elle-même), des Polonais ne parlent pas des Juifs seulement en rapport avec la Shoah. On y découvre une civilisation juive extrêmement riche, ainsi qu’une Histoire et la forme qu’y ont pris les Lumières, puisqu’il est question d’un homme qui entendait réformer la religion selon des préceptes tirés de la Kabbale, et tous les soubresauts que cela a provoqués. Il faut s’accrocher un peu, l’abord est un peu ardu, et le livre est un pavé, mais il en vaut vraiment la peine. "