Les brèves


Quelles ambitions pour les Verts allemands ?

Lucile Schmid, créée le 28-11-2021

"Je vous recommande une lecture très sérieuse, celle d’une note de l’Institut Jacques Delors, datant du mois de septembre 2021, juste avant les élections législatives allemandes. Vous savez que les Verts sont désormais partie prenante du gouvernement allemand, puisqu’Olaf Scholz a réussi à faire un accord de coalition. C’est donc un vert, Robert Habeck, qui sera vice-chancelier, et Annalena Baerbock (qui était la tête de liste) la Ministre des Affaires Étrangères. Les Verts ont par ailleurs obtenu de désigner le prochain commissaire européen allemand. La question européenne est placée au centre de l’accord de coalition, et l’on sait que les Verts allemands ne partagent pas les options de politique étrangère de la France. Il est donc essentiel pour nous de nous pencher sur ce qu’ils vont porter au niveau international et européen. Se couleront-ils dans la Realpolitik et cesseront-ils du même coup d’être Verts ? A suivre. "


Illusions perdues

Nicolas Baverez, créée le 28-11-2021

"Les classiques continuent à nous éclairer. On s’aperçoit que Tocqueville est encore très précieux pour comprendre la démocratie américaine. Quand il s’agit de la presse ou des médias d’aujourd’hui, on pense évidemment à Balzac et aux Illusions perdues. Le film qu’en a tiré Xavier Giannoli est excellent, il nous fait prendre conscience de la puissance d’anticipation de Balzac, qui au moment où naissait la presse avait bien compris qu’elle était naturellement l’otage de ses propriétaires, de la réclame, et des fausses nouvelles. Un commerce sans foi ni loi, en somme. Balzac fait dire à l’un de ses personnages « un journal n’est plus fait pour éclairer mais pour flatter les opinions ». Il observait que le journalisme était la religion des sociétés modernes, mais que son clergé était déjà corrompu. C’est toujours le cas."


Le radicalisé Enquête sur Éric Zemmour

Jean-Louis Bourlanges, créée le 28-11-2021

"Puisque M. Zemmour est toujours en circulation (même s’il commence sérieusement à battre de l’aile), je trouve que le livre d’Etienne Girard est un excellent travail journalistique. C’est fait avec nuances, sans complaisance ni trémolo moralisateur. Il s’agit d’une analyse précise de la démarche psychologique de Zemmour, de son entourage politique, philosophique et financier. Cela permet de comprendre pourquoi sa tentative est sans doute vouée à être avortée (car la dernière chose pour laquelle M. Zemmour est fait, c’est la présidence de la République) : Zemmour propose la réconciliation de deux des traditions de la droite : le légitimisme et le bonapartisme, contre l’orléanisme. Ce mélange entre la tradition contre-révolutionnaire et l’autoritarisme bonapartiste est assez redoutable. Il explique aussi sans doute le succès d’estime qu’obtient M. Ciotti. "


Dessous de scène Histoires d’opéra

Philippe Meyer, créée le 28-11-2021

"Ce tout petit livre d’Olivier Mantéi est aussi charmant que perspicace. L’auteur dirige désormais la philharmonie de Paris, ainsi que le théâtre des Bouffes du Nord, après avoir été des années le patron de l’Opéra Comique. C’est un monde à part que l’on découvre dans ce livre, un reflet du nôtre, ou peut-être mieux, une caricature. Les rapports de pouvoir, les rapports affectifs, tout est sous la loupe, du meilleur au plus risible."


Le Roi Lear à la Porte Saint-Martin

Nicole Gnesotto, créée le 28-11-2021

"Deux brèves théâtrales pour moi cette semaine. La première est ce Roi Lear qui se joue au théâtre de la Porte Saint-Martin, avec un Jacques Weber époustouflant dans le rôle-titre. Dépêchez-vous car cela finit bientôt. C’est une production du théâtre de la Ville, auquel je voudrais manifester mon soutien, car il est empêtré dans un marasme architectural depuis 2016, avec une incurie incroyable de la municipalité. Les travaux auraient dû s’achever en 2019, on parle désormais de 2023 …"



L’homme qui voulait être aimé

Richard Werly, créée le 21-11-2021

"Ce récit biographique de la vie de l’avocat Georges Kiejman vient juste de sortir, il est co-signé de Vanessa Schneider (journaliste du Monde). Ce qui m’a le plus touché dans le récit de la vie de Kiejman, c’est toute la partie où il raconte comment enfant, il s’est retrouvé dans le Berry, à Saint-Amand-Montrond. Il rend hommage à son directeur d’école, qui a intégré cet enfant juif dans sa classe. Kiejman, bon élève, prend la première place de la classe devant le fils de l’instituteur, qui ne lui en tiendra jamais rigueur et l’aidera même à trouver une place dans un internat de la ville. Je n’ai jamais rencontré Georges Kiejman mais ce récit de sa vie m’a passionné. "




La France sous nos yeux

Nicolas Baverez, créée le 21-11-2021

"Je vous recommande ce livre de Jérôme Fourquet et Jean-Laurent Cassely, qui est d’une certaine manière l’autre face de celui de Michel Duclos. Là aussi, on découvre à quel point la France a changé , et les auteurs nous le montrent « par le bas », avec des indications très concrètes, qui donnent la mesure de la désindustrialisation, qui montrent combien les lieux de sociabilité et les valeurs se sont modifiés, qui retracent la façon dont l’écart entre les classes s’agrandit. Et surtout, tout est appuyé par des indicateurs très variés, c’est une plongée absolument saisissante."


La légèreté et le grave une histoire du XVIIIe en tableaux

Marc-Olivier Padis, créée le 21-11-2021

"C’est chez mon libraire que je suis tombé sur ce livre d’une historienne que je ne connaissais pas, Cécile Berly. Comme le sous-titre l’indique, il s’agit de raconter l’histoire du siècle à partir de dix tableaux, de Watteau, Boucher, Bonnard, Vigée Le Brun, David … C’est vraiment passionnant de parcourir cette époque à partir de ces commentaires très bien faits, cette remise en perspective de la réception de ces productions à l’époque, ainsi que la biographie des peintres. Ce siècle de l’intelligence était aussi celui de la sensibilité, car pour les Lumières, les deux étaient indissociables. "