Les brèves

Zadig n°15

Philippe Meyer, créée le 25-09-2022

"Nous sommes partenaires de l’hebdomadaire Le 1, qui est aussi à l’origine de cette revue trimestrielle. Le dernier numéro s’intitule « que demande le peuple ? » Il y est question de ces cahiers de doléances du Grand débat, censés être le premier pas vers davantage d’attention à la société civile. On y trouve aussi des reportages, comme celui sur les bénévoles du Secours Catholique de Calais. Et pour un sujet moins grave, je recommande une autre de leurs publications, au format tout à fait improbable : « Légendes ». L’un des derniers numéros a été récemment remis en vente, il était consacré à la Reine Elizabeth II."


Paris et nulle part ailleurs

Matthias Fekl, créée le 25-09-2022

"Je vous conseille de vous rendre au Musée de l’histoire de l’immigration à la Porte Dorée, désormais dirigé par l’excellente Constance Rivière. Cette exposition montre comment des artistes du monde entier, après la deuxième guerre mondiale, ont choisi comme lieu de création Paris et non New York, pourtant souvent considérée comme la capitale mondiale de l’art moderne à cette époque. On y voit des œuvres extraordinaires, d’Eduardo Arroyo, de Roberto Matta, de Joan Mitchell, de Daniel Spoerri, De Victor Vasarely, de Zao Wou-Ki, de Wilfredo Lam … Superbe."


La rafle du Vel d’hiv : Paris, juillet 1942

François Bujon de L’Estang, créée le 25-09-2022

"Je ne suis sans doute pas le premier à le faire, mais je tiens à saluer le livre de Laurent Joly. C’est évidemment une lecture extraordinairement émouvante, mais aussi très intéressante car l’ouvrage est un modèle de rigueur dans la documentation et de clarté dans les conclusions qu’il dégage. C’est l’un des évènements les plus douloureux et honteux de l’Histoire de France, il n’était pas facile de s’y plonger ainsi, en étudiant aussi exhaustivement des archives très disparates. Il est toujours bon de regarder le passé de son pays avec courage. Dans le rafle du Vel d’hiv, contrairement à ce qui s’est passé aux Pays-Bas ou en Belgique, les Allemands n’ont pas participé, et la responsabilité de ce terrible évènement incombe totalement aux autorités de l’Etat de Vichy et notamment à deux personnes : Pierre Laval et René Bousquet."


Les hommes de Poutine

Lionel Zinsou, créée le 25-09-2022

"Je vous recommande la traduction française parue en juillet dernier du livre de Catherine Belton, qui a été un best-seller absolu en langue anglaise. Catherine Belton a longtemps été journaliste au Washington Post, correspondante du Financial Times à Moscou. C’est l’histoire à travers Poutine de la prise du pouvoir du KGB en Russie, de la puissance des réseaux, amplifiés par les liens avec le crime organisé, et de l’utilisation des oligarques. Le livre décrit bien ce qui tient le pouvoir de Poutine et qui s’attaque à l’Ouest depuis bien longtemps, tout cela sur le mode du thriller. Dans le contexte actuel, c’est très éclairant."


Les nuits de la peste

Nicolas Baverez, créée le 25-09-2022

"Je vous recommande le dernier livre d’Ohran Pamuk, qui est superbe. Cela se passe au début du XXème siècle, dans une île imaginaire. Il y est question d’une épidémie, de l‘agonie d’un empire, et tout ceci débouche sur une révolution politique. Je rappelle que l’auteur est menacé, tout comme Salman Rushdie. Ce livre fait d’ailleurs l’objet d’une enquête du parquet d’Istanbul. Orhan Pamuk est l’un de ces écrivains qui incarnent la liberté d’expression dans une Turquie où elle est de plus en plus menacée. "


As bestas

Isabelle de Gaulmyn, créée le 18-09-2022

"Je vous propose un petit voyage en Espagne cette semaine, avec ce film de Rodrigo Sorogoyen. C’est intéressant car ici l’étranger, c’est ce couple de Français, riches et écologistes, qui refusent l’éolienne, et ceux qui accueillent ce sont les paysans espagnols modestes qui eux veulent l’éolienne qui leur permettra de s’enrichir. C’est un film qui traite de l’altérité, de la justice, et de tous les thèmes dont on a parlé aujourd’hui à propos de l’écologie et de son acceptation. A un moment, le réalisateur pose sa caméra à côté de l’éolienne et c’est absolument effrayant, on se dit très vite « je n’aimerais pas en avoir une au bout de mon jardin ». "


Discours sur l’état de l’Union d’Ursula von der Leyen

Jean-Louis Bourlanges, créée le 18-09-2022

"La présidente de la Commission Européenne a prononcé le 14 septembre son discours sur l’état de l’Union européenne. Ce n’est pas encore le discours sur l’état de l’Union du président des Etats-Unis, même s’il serait peut-être intéressant de s’interroger sur l’intérêt de ce mimétisme sémantique. Malgré tout, il est très intéressant d’entendre la présidente de l’exécutif européen prononcer au nom de l’Union Européenne un discours qui est pour la première fois pleinement et authentiquement politique. On peut trouver que c’est imparfait, mais il faut reconnaître qu’elle prend des positions très claires. Sur l’Ukraine, sur l’économie, sur la solidarité, sur l’écologie … Et en filigrane, elle appelle prudemment à un réajustement institutionnel, à la création d’une Convention. Ce discours rappelle celui du chancelier fédéral Olaf Schölz à Prague, ou ceux d’Emmanuel Macron. Je ne sais pas si cela fonctionnera, mais je crois que c’est tout de même significatif. Pour la première fois, je sens les grands Etats européens et l’institution qui leur est commune essayer de prendre en charge la dimension politique de leur entreprise. "


Adieu Zanzibar

Lucile Schmid, créée le 18-09-2022

"Je vous recommande la lecture de ce roman d’Abdulrazak Gurnah, prix Nobel de littérature en 2021. J’ai adoré ce livre et cette écriture, qui parvient à faire le lien entre le chatoiement de l’intime et la politique au sens le plus large du terme. Le livre raconte l’amour fou entre un Anglais et une jeune femme abandonnée par son mari. C’est un amour interdit, d’où naîtra une fille et à travers plusieurs générations, on voit comment l’amour maudit permet de se rendre compte de l’injustice du monde. On est en effet emmenés à Londres dans les années 1950 lorsque l’empire colonial britannique se défait. Il y a chez Gurnah une capacité à décrire les choses qui est proprement extraordinaire. Certains ont parlé des Mille et une nuits, je trouve que c’est une image d’Epinal très galvaudée, mais il sait raconter une histoire et poser une scène en faisant vraiment le lien entre ce qui nous arrive, ce que nous sommes, et puis ce qui arrive au monde. Passionnant."



Rester barbare

Akram Belkaïd, créée le 18-09-2022

"Je vous recommande cet essai de Louisa Yousfi, publié à La Fabrique. Le titre est inspiré par cette phrase de Kateb Yacine : « Je sens que j’ai tellement de choses à dire qu’il vaut mieux que je ne sois pas trop cultivé. Il faut que je garde une espèce de barbarie. Il faut que je reste barbare. » Le barbare n’est pas le sauvage. Le terme interpelle sur la question de l’identité, de la manière dont ceux qu’on appelle aujourd’hui « les racisés » ont à trouver ou pas leur place dans nos sociétés occidentales. L’auteur convoque pour cela des gens comme Kateb Yacine, mais aussi Chester Himes, Toni Morrison ou le rappeur Booba. C’est un essai qu’il faut lire, surtout dans ce contexte où les interrogations sur les questions d’intégration (voire d’assimilation) se multiplient. "


Schnock n°44

Philippe Meyer, créée le 18-09-2022

"L’autre est faite pour les boomers. Schnock a maintenant beaucoup de bouteille, son premier numéro avait Jean-Pierre Marielle en couverture, le dernier a les Inconnus. Cette revue prend des éléments de la culture populaire la plus large et les creuse d’une façon à la fois très journalistique et très anecdotique. La mise en page n’a pas varié depuis le début, elle est très réussie. La revue aborde les sujets les plus divers, presque à chaque fois par les biais les plus plaisants."


Chien 51

Nicole Gnesotto, créée le 11-09-2022

"Je vous recommande un des meilleurs livres que j’ai lus parmi cette rentrée littéraire (et j’en lis beaucoup !). Il s’agit du roman de Laurent Gaudé, publié chez Actes Sud. Le roman ne pourra pas avoir le Goncourt car Laurent Gaudé l’a déjà eu en 2004, mais je trouve que ce livre le mériterait. C’est un roman très étonnant, tout à fait différent de ce qu’il fait d’habitude, une espèce de fable moderne sur le malaise de notre civilisation ; avec les moyens de la science-fiction. L’histoire se passe à une époque futuriste, dans laquelle les fusions-acquisitions ne se font plus entre entreprises mais entre pays. Ici, c’est la Grèce qui en a été victime. Elle a disparu, absorbée par la GoldTex, l’entreprise la plus puissante de ce monde-là. Chien 51 suit un policier grec, qui travaille dans la partie la plus abominable de ce nouveau monde, et s’efforce de faire revivre la Grèce et les îles d’autrefois, parfois à coups de petites pilules. C’est un très grand roman, dont j’adore l’écriture, très dense, ronde, et mouvante. Et qui nous fait réfléchir sur le monde dans lequel nous vivons."