Les brèves

Souvenirs culinaires

Matthias Fekl, créée le 08-12-2019

"J’avais aussi prévu de parler de « Slow démocratie », mais cela ayant été fort bien fait, je recommanderai donc un livre plus léger qui m’a beaucoup plu, ce sont les souvenirs culinaires d’Auguste Escoffier. Il a commencé de manière très modeste dans l’auberge familiale, et finit par devenir chef du Ritz, l’un des premiers grands chefs internationaux au tournant du siècle. Il raconte de manière magnifique à la fois les produits du terroir et l’art de les accommoder, l’essor de la grande hôtellerie internationale, et puis de sa pensée sociale et de la manière dont il pense qu’il faut, dans l’hôtellerie et en cuisine, prendre soin des salariés. Tout cela donne un livre historique très fort, presque politique, qui vous donnera peut-être envie de lire aussi son guide culinaire, une lecture adaptée pour les fêtes. "



Slow démocratie

Philippe Meyer, créée le 08-12-2019

"« Ralentir » est l’idée qui sous-tend ce livre. David Djaïz part de la constatation devrait plutôt être appelée hyper-mondialisation, parce que si elle a réduit les inégalités entre les pays, elle les a aggravées au sein des pays. Parce que les conséquences de cette hyper-mondialisation n’ont pas été régulées, et c’est cette absence de régulation qui rendrait toute sa légitimité à la nation, pas dans le sens où l’extrême-droite entend ce terme, mais une nation dans laquelle la citoyenneté précède la nationalité. Son propos doit nous inciter à revenir à la subsidiarité chère à Jacques Delors, donc à réhabiliter la puissance publique, à développer de toutes les manières possibles une démocratie plus directe, à associer les citoyens, à reconnaître qu’on ne change pas une société par décret. Bref, la nation est pour David Djaïz la seule forme politique dans laquelle on peut faire coexister les libertés civiles avec la solidarité, et c’est un sujet trop important pour le laisser à l’extrême-droite."



Billebaude n°15

Lucile Schmid, créée le 08-12-2019

"Je voulais recommander le dernier numéro de la revue du Musée de la chasse et de la nature, qui a une revue appelée Billebaude (« billlebaude désigne la chasse spontanée et non organisée). Cette revue est un objet extraordinaire, qui mélange philosophie, les photos, l’art contemporain. Le dernier numéro s’appelle « fauve », un terme profondément ambivalent, qui renvoie à notre animalité, au lien entre celle-ci et notre humanité. Vous y trouverez à la fois un article de Michel Pastoureau sur la couleur fauve, mais aussi un merveilleux entretien avec Nastassja Martin, cette anthropologue qui a vécu une étreinte avec un ours, qui a failli lui coûter la vie et l’a profondément changée. "


Hommage à James Mc Cearney

Jean-Louis Bourlanges, créée le 08-12-2019

"James Mc Cearney était un ami très cher, mort d’une crise cardiaque. C’était un professeur de langues à Sciences Po extrêmement apprécié de ses étudiants. Il a écrit plusieurs livres à propos du Royaume-Uni, notamment trois biographies, de Disraeli, de Gladstone et de Lloyd George, qui éclairent très largement le passé de ce grand peuple un peu en suspens aujourd’hui. Il était en train d’écrire une biographie de Walter Scott, qui aurait certainement été passionnante. C’était un garçon arrivé en France à 18 ans, issu d’une famille ouvrière de Glasgow, qui écrivait ses livres dans un français absolument impeccable et d’une rare élégance. Je voudrais saluer sa mémoire et vous inviter à lire ses livres."



Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon

Nicole Gnesotto, créée le 01-12-2019

"Ma brève sera beaucoup plus banale, mais néanmoins enthousiaste : je parlerai du Goncourt. Je les lis systématiquement. Jean-Paul Dubois n’est pas un auteur né de la ndernère pluie, c’est son 22ème roman, il travaille normée the sur la société française. Il dit lui-même qu’il a choisi l’écriture parce que c’était la façon la moins douloureuse de vivre sa vie. Il a eu beaucoup de difficultés jusqu’à son roman intitulé « une vie française ». Ce roman-ci est du romanesque pur, le récit improbable de deux hommes dans une prison canadienne, un conducteur d’Harley Davidson qui ne pense qu’à couper la tête de tous les méchants de la planète, et le gardien d’un immeuble qui s’est retrouvé là pour des raisons que je ne révèlerai pas ici. C’est une vraie histoire à laquelle on se laisse prendre, il n’y a aucune prétention philosophique, si ce n’est la description de l’atroce humanité de ce monde."


To build a better world

Michaela Wiegel, créée le 01-12-2019

"Je voulais recommander un livre qui attend sa traduction française, écrit par l’ancienne secrétaire d’état américaine Condoleezza Rice, avec un autre professeur, responsable à l’époque de la commission sur le 11 septembre, Philip Zelikow, et dont le titre est littéralement « construire un meilleur monde ». C’est un ouvrage très complet sur le monde après la chute du mur et du rideau de fer. J’ai trouvé particulièrement intéressant le chapitre sur l’OTAN, parce ces deux auteurs montrent à quel point à l’époque, les Américains étaient conscients des changements qui devaient intervenir dans l’alliance suite à la disparition de l’ennemi soviétique. Ils montrent étape par étape tout ce qui a été fait. Il est très utile de se le remémorer alors que le débat est à nouveau en cours, et qu’on entend que beaucoup que l’OAN n’aurait pas changé depuis la fin de la guerre froide. "


Georges Picquart

Philippe Meyer, créée le 01-12-2019

"Picquart est un personnage tout à fait extraordinaire, il est très cultivé et mélomane, grand connaisseur de le littérature, il parle 6 langues, c’est un wagnérien fervent, un cavalier remarquable, bref c’est un personnage comme ce que la grande bourgeoisie de cette époque peut donner de meilleur. La thèse de Christian Vigouroux est que c’est le sens de l’honneur qui a poussé Picquart à agir comme il a agi, à payer comme il a payé pour finalement en être récompensé par Clémenceau. Elle est très différente de celle que tient par exemple Laurent Greilsamer, qui dans la vraie vie du capitaine Dreyfus, pense plutôt que Picquart a agi comme il l’a fait quand il a compris qu’on avait arrêté la mauvaise personne, et donc qu’il restait un espion au sein de l’état-major, qu’il s’agissait de trouver. Je voudrais vous lire un petit extrait de ce que Georges Clémenceau a dit aux obsèques du général Picquart : «  Jeunes gens, si sévères parfois aux anciens, lisez l’histoire de cet homme. Apprenez-la surtout dans les odieux pamphlets de haine et d’outrage dont la plus pure conscience s’est vue assaillir, lisez tout, sans vous laisser rebuter par aucune vilénie, par aucune infamie, et apprenez au prix de quelles douleurs se conquièrent ces droits de justice et de liberté dont quelques-uns parlent sottement, tandis que des rôdeurs se demandent, puisque certains des vôtres semblent n’y pas tenir, s’ils ne pourraient pas réussir à vous les enlever. »"