Les brèves

Rwama, vol. 1 : mon enfance en Algérie

Philippe Meyer, créée le 30-06-2024

"A propos de bandes dessinées, suite à une brève précédente d’Akram, j’ai acheté ce roman graphique et je ne puis que seconder sa recommandation à nos auditeurs : avec un trait aussi clair que soigné, Salim Zerrouki nous éclaire de façon très simple sur l’histoire de l’Algérie depuis son indépendance, à travers l’enfance d’un gamin qui grandit dans un immeuble un peu particulier d’Alger, entre 1975 et 1992. C’est le premier volume d’une série, et j’ai personnellement hâte que suivant paraisse. "


Six pieds sur terre

Isabelle de Gaulmyn, créée le 30-06-2024

"Ce film de Karim Bensalah nous raconte l’histoire de Sofiane, jeune homme d’origine algérienne, qui vit en France, y fait beaucoup la fête, et reçoit soudain une Obligation de Quitter le Territoire Français, car il ne passe pas ses examens universitaires. Pour pouvoir rester en France, il va travailler dans une entreprise de pompes funèbres musulmane. Le film est très intéressant, et la façon dont l’islam s’occupe du corps des défunts est filmé de façon très belle. A travers ce soin aux défunts, le jeune homme va retrouver une forme d’ancrage dans la société, que sa double identité avait un peu dissipé. Un film qui donne à réfléchir sur la religion, l’identité, la culture, autant de sujets complexes auxquels est confrontée toute une jeunesse."



Contre la barbarie : 1925-1948

Nicolas Baverez, créée le 30-06-2024

"Et puis je vous conseille cet autre livre, qui vient de ressortir. Klaus Mann, deuxième fils de Thomas Mann, est né en 1906. Parti aux Etats-Unis en 1933, il revient en Europe en 1945, sous l’uniforme américain. Ce livre rassemble certaines de ses chroniques, il y analyse l’arrivée au pouvoir d’Hitler, et insiste beaucoup sur le manque de lucidité des forces politiques et économiques conservatrices, qui ont voulu pactiser avec Hitler, pensant en faire leur instrument, le simple agent d’une révolution conservatrice. Évidemment, il en est allé tout autrement. Un témoignage très intéressant, qui résonne lui aussi avec l’actualité."


Clause de conscience

Richard Werly, créée le 23-06-2024

"Gilles Martin-Chauffier a longtemps été critique littéraire à Paris Match. Il signe ce roman, qui nous fait entrer dans la cuisine des journalistes français, et notamment dans les rédactions quand les journaux sont rachetés par des milliardaires. L’auteur nous montre que quand vous avez quelques dizaines d’années d’expérience de journaliste et que votre publication est rachetée, vous ne pensez plus qu’à une chose : votre clause de conscience, c’est-à-dire l’indemnité que vous pourrez toucher en démissionnant (la clause de conscience est automatique en France, quand un journal change de propriétaire). J’ai trouvé cela très intéressant, l’auteur nous raconte avec une grande candeur la façon dont la plupart des journalistes ne sont que dans le calcul : combien ils peuvent toucher en quittant tel milliardaire avant de rejoindre tel autre … l’essentiel étant de trouver le bon, c’est-à-dire celui qui paiera le mieux. C’est un remake contemporain des Illusions perdues de Balzac, qui nous fait réfléchir au spectacle qu’offrent les médias à un moment où ils ne cessent de juger les politiques."


Journal, janvier-juin 2020

Jean-Louis Bourlanges, créée le 23-06-2024

"D’autre part, j’ai lu le journal qu’a publié Agnès Buzyn. D’un point de vue littéraire (et surtout éditorial), on peut regretter qu’il ait été publié à la va-vite, et contienne beaucoup de répétitions. Il est cependant chargé d’une émotion extraordinaire. Mme Buzyn l’a rédigé pendant la crise de la Covid, et on ne peut que penser à la phrase de Turgot : « notre problème, c’est de prévoir le présent ». Je crois qu’elle a fait ce qu’elle pouvait face à cette crise énorme, dont l’ampleur se dévoilait peu à peu. Et là encore, on prend conscience de l’indignité du sort qui lui a été réservé. Quand une ministre aussi dénuée d’informations que tout un chacun doit réagir face à une crise aussi gigantesque et inédite, on ne peut apprécier son action que sur le mode « capable » ou « non capable ». Ici, on a plutôt privilégié « coupable » ou « non coupable ». On a fait d’elle un bouc émissaire, et ce n’est pas à l’honneur des juridictions ou de la société française. Mais on voulait absolument trouver des coupables puisqu’il y avait des victimes."


Revue Telos

Philippe Meyer, créée le 23-06-2024

"Je vous conseille la revue en ligne Telos, qui publie un article quotidien dont je trouve que la lecture est à la fois agréable et riche, elle ouvre des tas de pistes. Par ailleurs, le galeriste Alexis Nabokov a posté cette citation de Pier Paolo Pasolini sur les réseaux, que je trouve particulièrement pertinente à l’heure actuelle et que je reprends ici : « Il existe aujourd'hui une forme d'antifascisme archéologique qui est en somme un bon prétexte pour se décerner un brevet d'antifascisme réel. Il s'agit d'un antifascisme facile, qui a pour objet et objectif un fascisme archaïque qui n'existe plus et qui n'existera plus jamais. [...] Voilà pourquoi une bonne partie de l'antifascisme d'aujourd'hui ou, du moins, de ce que l'on appelle antifascisme, est soit naïf et stupide, soit prétextuel et de mauvaise foi; en effet, elle combat, ou fait semblant de combattre, un phénomène mort et enterré, archéologique, qui ne peut plus faire peur à personne. C'est, en somme, un antifascisme de tout confort et de tout repos. Je suis profondément convaincu que le vrai fascisme est ce que les sociologues ont trop gentiment nommé « la société de consommation », définition qui paraît inoffensive et purement indicative. Il n'en est rien. »"


Projet DÉMOS

Béatrice Giblin, créée le 23-06-2024

"Je vais parler de cette initiative qui m’a réjouie. J’espère qu’en cette période inquiétante il en sera de même pour vous. DÉMOS signifie « Dispositif d’Education Musicale et Orchestrale à vocation Sociale ». Il s’agit de faire découvrir la musique à des enfants entre 7 et 12 ans, venant de milieux défavorisés, qui n’y auraient pas eu accès autrement. DÉMOS leur fait pratiquer un instrument, et le leur prête pendant trois ans. S’ils veulent poursuivre ensuite, ils le garderont. Il y a cinquante orchestres dans toute la France, et plus de 11.000 enfants ont découvert la musique ainsi. Hier, à la Philarmonie, j’en ai entendu plusieurs (dont ceux de Caen et de Marseille), qui donnaient le concert de l’année et c’était formidable. Joyeux, coloré, enthousiasmant, cela rappelait à quel point la musique a un rôle important à jouer pour nous faire vivre ensemble. On peut aider DÉMOS, et je vous encourage à le faire."


Mexica

Lucile Schmid, créée le 23-06-2024

"Je vous recommande vivement d’aller voir cette exposition au musée du Quai Branly. Elle m’a vraiment enthousiasmée, même si elle a aussi provoqué un peu d’effroi, puisque vous savez que dans la civilisation mexica (qu’on a longtemps appelée « aztèque »), le lien entre les dieux et les hommes se fait par le biais du sacrifice. On peut donc y voir des squelettes d’animaux revêtus d’atours guerriers, et même un squelette humain. Il y a plus de 500 objets découverts récemment, c’est vraiment une réalisation exceptionnelle, et puis n’oublions pas que cette civilisation n’a été conquise qu’à cause de la variole, et donc de l’absence de vaccins, ce que je trouve très parlant aujourd’hui encore. Allez admirer ces objets magnifiques, mais préparez-vous à être effrayés. "


Soutien à Pascal Perrineau

Jean-Louis Bourlanges, créée le 23-06-2024

"J’ai en effet l’honneur d’appartenir au comité éditorial de la revue Telos, et nous avons récemment publié un texte de soutien à Pascal Perrineau. Ce professeur de Sciences Po s’est vu refuser, contre tous les usages universitaires, le renouvellement de son éméritat. C’est absolument injustifié : rien dans son attitude, sa pratique universitaire ou la qualité de sa recherche ne justifie cette décision. Elle n’est que le résultat d’un désaccord idéologique, Pascal Perrineau ne partageant pas les dérives wokistes de Sciences Po. "



Les « Carnets » d’Albert Camus

Michel Eltchaninoff, créée le 16-06-2024

"Même si on ne s’en aperçoit pas encore vraiment, l’été approche, et je vous recommande donc une lecture d’été. Il s’agit des carnets d’Albert Camus, apparemment bien connus, mais que je n’ai personnellement découverts qu’il y a quelques semaines. Il s’agit des notes prises par l’écrivain à partir de 1935. C’est très intéressant parce que la chronologie nous fait suivre son cheminement de pensée. Il y a à la fois des brouillons de ses livres, des notes très personnelles (derrière lesquelles on devine beaucoup de passions et d’amours), des notes de lecture, des aphorismes … Au lieu de se disperser entre L’étranger, Le mythe de Sisyphe, La peste, on suit vraiment le fil d’une pensée en train de se faire. On y retrouve les thèmes de l’absurde et de la révolte, mais tout est enchevêtré dans la tragédie intime d’un homme, qui lutte contre la dispersion. Il appelle cela « la chasteté », il cherche une ascèse à laquelle il ne parvient évidemment pas (car c’est un grand amoureux). Il y a aussi de très belles micro-fictions, et une phrase s’applique au contexte actuel : «  le contraire de la réaction, ce n’est pas la révolution, c’est la création »."