Les brèves

Le temps de s'en apercevoir

François Bujon de L’Estang, créée le 27-11-2018

"Emmanuel de Waresquiel qui est un de nos meilleurs historiens a consigné dans un petit livre sympathique, Le temps de s’en apercevoir, un certain nombre de réflexions que lui ont inspiré son étude de l’histoire et la contemplation du temps présent. Il a souvent du mal, comme souvent ceux qui aiment l’histoire, à rattacher le temps présent à l’histoire. Il en tire un grand nombre de remarques absolument pertinentes, souvent humoristiques et toujours très bien venues. Je vous en recommande vivement la lecture pour remédier à la morosité actuelle. "


Le foisonnement fiscal, une maladie française

Jean-Louis Bourlanges, créée le 27-11-2018

"Je signale un article paru dans Étvdes en décembre 2017 mais extrêmement utile à la compréhension de ce qui se passe actuellement. L’article est du à madame Véronique Bied-Charreton et s’appel « Le foisonnement fiscal, une maladie française ». Elle analyse parfaitement la pathologie fiscale dont nous souffrons : elle montre de façon très claire que la tentation fiscale est la tentation la plus simple et la plus constante qui assaille nos gouvernants. "


Raboliot

Philippe Meyer, créée le 27-11-2018

"Je commencerai par rappeler que va entrer au Panthéon l’auteur de Raboliot, Maurice Genevoix, tant mieux si cela permet d’attirer vers son œuvre de nouveaux lecteurs, Raboliot est un livre magnifique qui était interdit au collège où j’étais quoiqu’il eût reçu le prix Nobel car ce braconnier qui n’aimait que le désordre et qui avait l’amour du jeu contre les autorités aurait pu nous donner de mauvaises idées. D’ailleurs à propos de collège Maurice Genevoix a écrit un roman de jeunesse qui s’appel L’aventure est en nous dans lequel il décrit de manière impitoyable et précise comme il le fit après dans Ceux de 14 les conditions de vie. "


Le général de Castelnau

Philippe Meyer, créée le 27-11-2018

"Je pense que l’on aurait pu aussi honorer le général de Castelnau qui aurait du selon Lyautey et selon Gallieni être le responsable suprême des armées françaises mais qui ne l’a pas été car il était catholique et très engagé dans l’Église catholique et parce que les radicaux socialistes ne lui ont pas pardonné d’avoir soutenu la loi des trois ans et que Clémenceau ne lui a pas pardonné son catholicisme affiché. Le général de Castelnau était quelqu’un qui allait au feu, qui était extrêmement soucieux des conditions de vie de ses soldats, il était sur ce plan l’anti Joffre. Le général de Castelnau était donc souvent célébré par ses anciens soldats qui lui prêtaient la formule : « Je vais aux obus ». Alors qu’il était le numéro 2 de l’armée française, trois de ses fils sont morts au front. Aujourd’hui où beaucoup de gens confient à des proches des emplois fictifs peut être il était utile de donner en exemple quelqu’un qui ne se servait pas mais servait. Une autre chose m’enchante chez le général de Castelnau est qu’il a planqué des armes pour la Résistance en 40, il a été immédiatement hostile à l’armistice et ne s’est pas gêné pour l’exprimer. Quand le cardinal Gerlier, d’horrible mémoire, lui a envoyé un émissaire pour lui dire qu’il devrait parler moins en mal du maréchal, le général de Castelnau, du haut de ses 90 ans lui a répondu : « Ah il a une langue votre cardinal, je croyait qu’il l’avait usé à lécher le cul de Pétain ». Pour toutes ces raisons je pense que nous pourrions faire du général de Castelnau un maréchal de France à titre posthume. "


Des animaux et des hommes

Jean-Louis Bourlanges, créée le 19-11-2018

"Je recommande la lecture du livre collectif que notre ami Alain Finkielkraut vient de consacrer à Des animaux et des hommes. Cela fait très longtemps que je pense comme Finkielkraut notamment après la lecture de textes extrêmement magnifiques de Kundera. Je suis tout à fait sensible à la cause animale, à la souffrance animale, et en même temps à la contradiction profonde dans laquelle nous sommes vis-à-vis des animaux. Contradiction très bien résumée par Finkielkraut qui montre que nous sommes à la fois dans une relation de compassion de plus en plus forte (dont Mme de Fontenay avait montré qu’elle était un effet indirect de la déportation) et en même temps nous n’avons jamais appliqué avec une détermination aussi féroce le concept au combien contestable d’animaux machines de Descartes qui fait que au nom du fait que nous sommes « maitres et possesseurs de la nature » (ce qui se discute) on considère que les animaux sont des objets que l’on peut martyriser impunément, ce que l’on ne se prive pas de faire. Le grand avantage de l’analyse de Finkielkraut est qu’elle ouvre le débat sans nous enfermer dans un dogmatisme : dire que notre rapport aux animaux doit changer ne signifie pas que l’on doit se faire vegan car cela ne résout rien du tout d’idolâtrer simplement la vie animale sans organiser notre rapport, nous humains, avec la gent animale. "


Lobbytomie

Lucile Schmid, créée le 19-11-2018

"Je vous recommande un livre document d’un journaliste qui s’appelle Stéphane Aurel dont le titre assez drôle est Lobbytomie. Ca commence en expliquant qu’être lobbytomisé c’est être lobotomisé par un lobby. C’est une enquête passionnante au cœur de l’Union européenne, je vous recommande particulièrement le chapitre 9 : docteur poumon et professeur diesel. Ca vous donne une idée de la manière dont c’est écrit et dont ça rend palpitant des sujets sérieux et parfois graves. "


La Locandiera

Béatrice Giblin, créée le 19-11-2018

"La Comédie français accueille un très beau spectacle avec la Locandiera de Goldoni. À cette période où les femmes ont encore à se battre, cette tenancière d’hôtel garni qui joue de sa séduction avec un comte nouveau riche et un aristocrate désargenté se trouve confronté à un chevalier qui la traite pour ce qu’elle est : un servante, ce qu’elle ne supporte pas. Elle décide de lui faire payer et cet homme qui refuse les femmes, elle va le séduire et se mettre elle en danger parce qu’elle est aussi séduite par ce cavalier qui veut la consommer le plus vite et ensuite s’en aller. Elle se trouve obligée de se sortir ce mauvais pas. C’est une situation du 18ème siècle que l’on peut regarder aujourd’hui avec beaucoup d’intérêt. "


Confiance, coopération et autonomie : pour une école du XXIème siècle

Marc-Olivier Padis, créée le 19-11-2018

"Je recommande une note du Conseil d’analyse économique (CAE) écrite par Yann Algan, Élise Huillery et Corinne Prost sur l’école (Confiance, coopération et autonomie : pour une école du XXIème siècle). Le CAE est un organisme qui conseil le gouvernement sur les matières économiques, ils ont fait une note très originale que l’on peut trouver sur leur site qui parle de tous les aspects liant la performance scolaire des élèves à la confiance en soi et à la capacité de coopérer avec d’autres. On fait des comparaisons internationales sur le résultat des élèves en comparant les résultats élèves en maths, en français etc. Ce dont on oublie de parler c’est que les écarts les plus spectaculaires pour la France concernent tout ce qui dépend de la confiance en soi, l’autonomie, la capacité à l’auto-discipline et à surmonter des obstacles, résoudre les problèmes, avoir un sentiment d’estime de soi. C’est sur toutes ces questions que les élèves français, qui sont beaucoup plus stressés par l’école et qui ont le sentiment d’être beaucoup moins soutenus par l’institution que dans d’autres pays, sont en très grande difficulté. Je trouve que cette note raconte très bien cette difficulté dans laquelle nous sommes. "


Leurs enfants après eux

Philippe Meyer, créée le 19-11-2018

"L’attribution du prix Goncourt au livre de Nicolas Mathieu Leurs enfants après eux montre qu’il y a eu d’une certaine façon une anticipation du mouvement social parce qu’après des années de mise en avant de livres consacrés à l’introspection la plus intime de leurs auteurs et de leur auteur-es, voilà un livre qui décrit dans la Lorraine la fin d’une civilisation ouvrière sûre d’elle-même extrêmement organisée. À travers quatre adolescents dont l’évolution est racontée dans ce livre, le livre raconte cette France qui a cessé d’appartenir à la communauté nationale ou qui lui appartient de moins en moins et je me demande si cette attribution du Goncourt à ce roman social n’est pas le signe que nous commençons à nous intéresser à nous-même plutôt que chacun à lui-même. "


Écoliers en guerre : 1914-1918

Philippe Meyer, créée le 13-11-2018

"Je voudrais signaler une exposition et un livre qui en est le catalogue : Écoliers en guerre 1914-1918. L’exposition rassemble la collection graphique de l’École alsacienne c’est-à-dire les dessins faits par les enfants parmi lesquels certains étaient appelés à devenir illustre comme Théodore Monod ou Jean Bruller qui est devenu par la suite l’écrivain Vercors et le fondateur des éditions de Minuit. L’exposition a lieu à la mairie du 6ème arrondissement et le catalogue, fait en partie par les élèves d’aujourd’hui et par Florence Lacombe, Emmanuelle Crosnier et Emmanuel Larroche, reprend les dessins et les remet dans la perspective historique de l’époque. Les dessins sont étonnement beaux et notamment chez certains dessinateurs de 8 ans qui maîtrisent le dessin et les couleurs d’une manière étonnante. En même temps ils permettent de suivre comment la guerre est vécue de l’intérieur par des enfants qui croient d’abord comme tout le monde que c’est une affaire de quelques semaines et qui vont d’apercevoir que c’est loin d’être le cas. "


L'été en enfer. Napoléon III dans la débâcle

Jean-Louis Bourlanges, créée le 13-11-2018

"Je voudrais proposer un livre de Nicolas Chaudun, L’été en enfer. Napoléon III dans la débâcle, qui est triplement décalé : premièrement parce qu’il date de 2011 et que je viens de le lire, deuxièmement parce qu’il parle de la guerre de 1870 alors que l’on parle de la guerre de 14, enfin troisièmement parce qu’en général on parle pendant la guerre de 70 de la défense républicaine, de ce qui s’est passé après le 4 septembre, de l’affrontement entre Gambetta et Thiers mais là Chaudun s’intéresse à l’extrême fin de règne de Napoléon III. Il montre quelque chose qui échappe aux historiens : que Napoléon III a été victime d’un quasi coup d’État familial pendant cette période et qu’il a été totalement marginalisé du pouvoir à partir du moment où cela a tourné mal pour les armées françaises. C’est un livre magnifiquement écrit, sur la grande oubliée de notre histoire : la guerre de 1870. "


Destined for war

Nicolas Baverez, créée le 13-11-2018

"Les guerres mondiales du 20ème siècle ont souvent été comparées aux guerres du Péloponnèse, par des gens comme Élie Halévy dès l’entre-deux-guerres. Et justement aux États-Unis Graham Allison a consacré un livre au piège de Thucydide entre les États-Unis et la Chine (Destined for war). Le piège de Thucydide c’est que la grande puissance montante et la grande puissance déclinante finissent par se faire la guerre. Le débat sur le piège de Thucydide me semble particulièrement intéressant au moment où l’on commémore la fin de la Grande Guerre. "