Les brèves

Georges Picquart

Philippe Meyer, créée le 01-12-2019

"Picquart est un personnage tout à fait extraordinaire, il est très cultivé et mélomane, grand connaisseur de le littérature, il parle 6 langues, c’est un wagnérien fervent, un cavalier remarquable, bref c’est un personnage comme ce que la grande bourgeoisie de cette époque peut donner de meilleur. La thèse de Christian Vigouroux est que c’est le sens de l’honneur qui a poussé Picquart à agir comme il a agi, à payer comme il a payé pour finalement en être récompensé par Clémenceau. Elle est très différente de celle que tient par exemple Laurent Greilsamer, qui dans la vraie vie du capitaine Dreyfus, pense plutôt que Picquart a agi comme il l’a fait quand il a compris qu’on avait arrêté la mauvaise personne, et donc qu’il restait un espion au sein de l’état-major, qu’il s’agissait de trouver. Je voudrais vous lire un petit extrait de ce que Georges Clémenceau a dit aux obsèques du général Picquart : «  Jeunes gens, si sévères parfois aux anciens, lisez l’histoire de cet homme. Apprenez-la surtout dans les odieux pamphlets de haine et d’outrage dont la plus pure conscience s’est vue assaillir, lisez tout, sans vous laisser rebuter par aucune vilénie, par aucune infamie, et apprenez au prix de quelles douleurs se conquièrent ces droits de justice et de liberté dont quelques-uns parlent sottement, tandis que des rôdeurs se demandent, puisque certains des vôtres semblent n’y pas tenir, s’ils ne pourraient pas réussir à vous les enlever. »"


La laïcité : histoire d’une singularité française

Jean-Louis Bourlanges, créée le 24-11-2019

"Philippe Raynaud vient de recevoir le prix jeanzé, qui récompense les ouvrages porteurs de valeurs républicaines. Les gens ne se précipitent pas pour lire des lives de ce genre, mais ils ont tort. Je ne suis pas entièrement d’accord avec tout ce que dit l’auteur, je trouve qu’il sous-estime la matrice chrétienne de la laïcité, mais il montre quelque chose de tout à fait essentiel : le lien entre l’établissement du pouvoir absolu à partir d’Henri IV et la laïcité, c’est à dire ce moment où le pouvoir politique s’affranchit de toute tutelle religieuse, pour devenir lui-même l’ordonnateur du jeu politique, à la place de l’Eglise. C’est une histoire très intéressante, qui aboutit aux grandes polémiques d’aujourd’hui. Vu l’importance centrale des problèmes liés à la laïcité dans notre pays, c’est un livre que tout le monde devrait lire."


J’accuse

Philippe Meyer, créée le 24-11-2019

"Un mot aussi sur le film de Polanski. Il est remarquablement joué, par des acteurs qui ne se laissent tenter par le surjeu à aucun moment, et Dieu sait si c’est facile quand on joue les bons ou les méchants. Sur l’aspect historique, on sait de quelle « novélisation » le film repose. Il en a les mêmes défauts : n’avoir pas bien compris ce que c’était que Picquart, et pour quelle raison Picquart a fait ce qu’il a fait. Il en a fait une sorte de bon samaritain héroïque. Ce film m’a fait le même effet qu’Amadeus. J’étais sorti furieux de la représentation de Mozart en punk hennissant dans ce film, et en même temps ébloui par l’intelligence du film, sa construction, sa splendeur, et toute l’envie qu’il pouvait donner d’écouter la musique. Je pense la même chose de J’accuse."




1939 : l’alliance soviéto-nazie aux origines de la fracture européenne

Béatrice Giblin, créée le 24-11-2019

"Je vous conseille la brochure de la fondation pour l’innovation politique, écrite par Stéphane Courtois : 1939 : l’alliance soviéto-nazie aux origines de la fracture européenne. C’est extrêmement intéressant pour montrer l’ampleur des liens qu’il y a eus entre 1939 et 1941 entre les deux régimes. C’est très éclairant, notamment sur le rôle de Staline dans cette affaire. C’est très important pour comprendre pourquoi les Polonais et plus largement les pays d’Europe de l’Est ont aujourd’hui cette méfiance viscérale vis-à-vis de la Russie."


L’homme qui aimait les chiens

Matthias Fekl, créée le 24-11-2019

"Pour rester en Amérique latine, en tous cas au sens large, je vous recommande l’œuvre de l’écrivain cubain Leonardo Padura, qui est un auteur extraordinaire, qui a écrit plusieurs types de livres. Son chef-d’œuvre à mon avis est « l’homme qui aimait les chiens », une traversée du XXème siècle absolument extraordinaire, avec la nostalgie des promesses de la révolution et une forme de désenchantement devant ce qui en est advenu. Mais aussi des romans policiers, où l’on pénètre dans le Cuba d’aujourd’hui. L’auteur vit à La Havane, et il y publie des livres assez critiques sur l’état du pays, avec un style et une humanité absolue. "


Le prince républicain

Béatrice Giblin, créée le 17-11-2019

"Un livre de Cédric Léwandowski qui a été directeur de cabinet de Jean-Yves Le Drian sous François Hollande, et qui a occupé pendant cinq ans au ministère de la défense le bureau de Lucien Bonaparte. Ayant désormais certainement plus de temps, il a écrit une très belle biographie de son lointain prédécesseur, intitulée « le Prince Républicain ». Les relations entre les deux frères (Lucien avait six ans de moins que son aîné) ont été plus que difficiles. Vous y lirez le rôle de Lucien au moment du coup d’état du 18 Brumaire, et le rôle très important qu’il a joué le lendemain, le 19. Napoléon n’a jamais voulu qu’on parle du 19, et c’est à son frère qu’il doit de s’en être bien sorti. "


Amazonia

Lucile Schmid, créée le 17-11-2019

"C’est un roman de Patrick Deville, qui fait partie de son grand projet « abracadabra ». L’auteur veut écrire des romans sans fiction, et se donne une contrainte précise : il va dans un lieu (il a auparavant écrit « Kampuchéa » et « Equatoria »), collecte toutes les informations sur les faits historiques qui sont arrivés après 1860, et mélange à ce récit des faits historiques quelque chose qui relève de l’histoire personnelle. Ce qui est très intéressant dans Amazonia, c’est qu’on y croise non seulement Aguirre et Humboldt, mais aussi Patrick Deville et son fils de 30 ans, qui font une remontée de l’Amazone ; il mêle ce lien intime et affectif avec son fils et notre histoire universelle et cette région dont nous entendons tous parler."


Une des dernières soirées de carnaval

Philippe Meyer, créée le 17-11-2019

"Un spectacle qui se donne actuellement au théâtre des Bouffes du Nord. C’est la dernière pièce que Goldoni écrit à Venise, avant de trouver refuge à Paris, par désespoir de ne pas pouvoir faire changer les traditions théatrâles vénitiennes, marquées par un essoufflement de la Commedia dell’Arte. Il y a d’ailleurs un très joli hommage continu à Venise tout le long du spectacle. La mise en scène de Clément Hervieu-Léger est comme d’habitude extrêmement intelligente et sensible. "


La science de la richesse

Nicolas Baverez, créée le 17-11-2019

"Je voulais recommander la lecture du livre de Jacques Mistral, c’est une histoire de la construction de la pensée économique, qui montre à la fois la dite construction et les alternances, et pour la partie la plus récente, l’avènement des marchés, le krach de 1929, Keynes, le renouveau des marchés à partir des années 1970, le krach de 2008 et le retour de Keynes. C’est extrêmement bien expliqué, il s’agit d’une pensée lumineuse qui réconcilie l’économie et l’Histoire. "


Décret paru au Journal Officiel

Lionel Zinsou, créée le 17-11-2019

"Je vous suggère de lire le Journal Officiel de mardi dernier, qui publie le décret de la reconnaissance d’utilité publique pour la fondation pour la mémoire de l’esclavage. C’était une idée de Jacques Chirac, abandonnée entre 2007 et 2012, que François Hollande avait relancée, appuyé par tous les intellectuels des départements d’Outre-mer, ainsi qu’un rapport important d’un grand écrivain Edouard Glissant, etc. On a mis deux ou trois ans à collecter les fonds nécessaires, mais il y aura désormais un monument reconnaissant la résistance à l’esclavage aux Tuileries, il y aura dans l’Hôtel de la Marine et des colonies, siège de cette fondation, de nombreuses manifestations culturelles. C’est une façon, de Jacques Chirac à Emmanuel Macron, de reconnaître cette réalité fondamentale, reconnue comme un crime contre l’humanité depuis la loi Taubira, de ce qu’a été pendant trois siècles l’esclavage, et de rendre aux Afro-descendants de la République une partie de leur mémoire. "