Les brèves

Jeanne Cherhal - en tournée

Akram Belkaïd, créée le 15-02-2026

"Et puis je conseille vivement d’aller écouter Jeanne Cherhal, parce que je trouve qu’elle incarne très bien la vitalité de la chanson française. J’y vois une artiste complète, excellente musicienne, dont j’apprécie particulièrement les textes : l’attention portée à la langue, l’ironie, l’autodérision. Cela me paraît une démonstration convaincante que, malgré la domination des productions anglo-saxonnes, la musique française tient parfaitement son rang. C’est à la fois très agréable à écouter et à voir sur scène."


Les irresponsables : qui a porté Hitler au pouvoir ?

Michaela Wiegel, créée le 15-02-2026

"Je recommande ce livre de l’historien Johann Chapoutot, que j’ai découvert un peu tardivement, parce qu’il offre une analyse passionnante de la succession de mauvaises décisions politiques ayant conduit à l’arrivée d’Hitler au pouvoir. Ce qui m’a frappée, c’est l’idée qu’il n’y avait aucune fatalité historique : rien, dans le jeu démocratique, ne menait mécaniquement à ce dénouement. Ce sont bien des choix — et des erreurs — de responsables politiques qui ont ouvert la voie à la prise de pouvoir nazie. J’y vois des enseignements très éclairants pour comprendre notre période actuelle et ses responsabilités."


Les preuves de mon innocence

Nicolas Baverez, créée le 15-02-2026

"Je recommande également ce roman de Jonathan Coe, parce qu’il offre, sur un registre tout différent, une fable politique à la fois très drôle et virtuose sur la corruption des élites, la désinformation et l’univers de la post-vérité, dans le contexte britannique contemporain (sous Liz Truss)c. J’y ai trouvé une réflexion incisive sur les dérives politiques, mais aussi un vrai plaisir de lecture — ce qui, dans le climat actuel, n’est pas négligeable."


Responsabilité — Plaidoyer pour l’action

Nicolas Baverez, créée le 15-02-2026

"Antidote aux Irresponsables de Michaela : ce rapport publié par l’Institut Montaigne par Jean-Louis Bourlanges et Jean-Dominique Sénard, parce que j’y vois un remède à l’irresponsabilité qui domine aujourd’hui la vie politique et une partie de la société. Ce que j’en retiens, c’est une réflexion sur la reconstruction d’un système de responsabilité civique : clarifier qui décide, rendre visibles les coûts des décisions, exiger que les responsables rendent compte — en somme renouer avec l’esprit de l’article 15 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. J’y trouve une base utile pour repenser la gouvernance publique dans le contexte actuel."


Perlefter, histoire d’un bourgeois, roman et nouvelles

David Djaïz, créée le 08-02-2026

"Je voudrais recommander ce roman de Joseph Roth, récemment publié en français. Kundera rappelait que les Français connaissent Kafka et Musil, mais qu’il existe derrière eux tout un continent — celui de la littérature d’Europe centrale et orientale, notamment juive — avec des figures comme Imre Kertész, Hermann Broch ou Roth lui-même, auteur de La Marche de Radetzky. Ce livre retrace l’itinéraire d’un bourgeois d’Europe centrale ; je n’en dirai pas davantage, sinon qu’il est magnifique. Sa lecture — comme celle de Roth en général — fait mesurer combien la destruction de ce foyer intellectuel qu’était la littérature juive d’Europe orientale a constitué une perte immense pour l’Europe du XXème siècle, tant elle en était l’un des poumons intellectuels."


Dictionnaire amoureux des Juifs de France

Jean-Louis Bourlanges, créée le 08-02-2026

"Je voudrais recommander ce livre que vient de publier Denis Olivennes. Je le trouve précieux et admirable, parce qu’il est pénétré de l’amour réciproque entre les Juifs et la France — et, dans une période où les relations sont aigries, vindicatives, cette respiration fraternelle fait du bien. C’est un dictionnaire, donc on y circule d’entrée en entrée, et cela permet de saisir des nuances : l’opposition entre le philo-judaïsme intellectuel de Pascal et l’antisémitisme brutal de Bossuet, l’analyse de l’antisémitisme, les parallélismes subtils entre le sentiment de perdition des Juifs de France et celui d’autres marginalisations. Le point essentiel est que la France a été le pays qui a le plus tôt et le plus fortement intégré les Juifs dans la communauté politique. On réduit parfois la France à l’affaire Dreyfus pour y voir la preuve de l’antisémitisme ; j’y vois au contraire la force des principes républicains arrachant un capitaine juif à la fureur antisémite. Des figures comme Pierre Mendès France l’illustraient encore dans les années 1930. Ce livre communie dans cette relation positive entre judaïsme français et République ; il apporte apaisement, sérénité, confiance — une parole positive après tant de pessimisme."


Opération Sabre

Antoine Foucher, créée le 08-02-2026

"Je recommande cette très belle série d’Arte, qui retrace l’assassinat du Premier ministre serbe Zoran Đinđić et l’enquête qui a suivi. Il avait combattu la corruption dans la Serbie post-Milosević ; c’est à la fois un récit poignant et un véritable thriller politique, remarquablement construit. Au terme du huitième épisode, on entend un court discours de Đinđić — une vingtaine de secondes — dont la résonance est universelle : « on ne changera pas la Serbie si on ne se change pas nous-mêmes Pour que la Serbie change, chacun de nous doit changer dans notre approche des problèmes, notre mentalité, nos habitudes de travail, car la Serbie est la somme de chacun d'entre nous Nous devons comprendre que c'est notre pays si nous considérons que notre pays est un corps étranger et que seul ce qu'on possède est à nous, nous finirons par perdre l'un et l'autre. Si quelqu'un pratique la corruption, même si ça ne nous concerne pas, il viole les lois du pays et crée un pays sans loi ni loi A chaque fois, ça affaiblit chacun d'entre nous et il faut le combattre Une nation ne peut faire de mauvais choix politique sans en payer le prix. »"


Alerte sur le patrimoine

Philippe Meyer, créée le 08-02-2026

"Je recommande « Alerte sur le patrimoine », un petit livre de Maryvonne de Saint-Pulgent, pour laquelle je nourris une admiration affectueuse. Il est publié par Gallimard dans sa collection Tracts. Vous avez sans doute entendue Mme de Saint Pulgent dans nos suppléments (nos badas) du mercredi à propos de son ouvrage sur Notre-Dame et elle reviendra bientôt parler de son livre "Les musiciens et le pouvoir en France », sous-titré de Lully à Boulez. Ancienne directrice du patrimoine dont elle rappelle qu’il est l'or noir de la France, elle dresse un tableau aussi inquiétant que documenté de l’état de cette richesse — des églises rurales à l’Opéra Bastille, du Louvre aux grands monuments nationaux —, mais elle ne se contente pas d’établir les responsabilités, elle explore les moyens d’améliorer la situation, de trouver les financements indispensables, et d’affronter aussi bien les conséquences du surtourisme que celles de la folie des grandeurs de nos dirigeants. Aussi inattendu que cela puisse paraître, on sourit souvent à lire « Alerte sur le patrimoine » car, même si l'on devrait plutôt pleurer des inconséquences des politiques, leur récit détaillé et impitoyable en fait ressortir ce qu’elles ont de bouffon. "


L’Europe, un État qui s’ignore

Nicole Gnesotto, créée le 08-02-2026

"Je reste sur l’Europe en recommandant ce court livre de Sylvain Kahn, publié récemment aux éditions du CNRS. Il appartient à cette jeune génération d’intellectuels qui travaillent sérieusement sur l’Europe ; historien, professeur à Sciences Po, il s’empare de ce que Jacques Delors appelait autrefois un « objet politique non identifié ». Il replonge dans l’histoire des États européens et de leurs héritages pour comprendre ce qu’est devenue l’Union européenne, ni État fédéral ni confédération. Sa formule me paraît très juste : c’est le seul État au monde construit ni sur la puissance ni sur la nation. C’est un livre stimulant, éclairant, qui aide à penser autrement la singularité de la construction européenne."




Cavalier du ciel

Jean-Louis Bourlanges, créée le 25-01-2026

"Je recommande ce livre très émouvant de Jean Rousselot, consacré à son grand-père Carlo de Rose, dont le fils, François de Rose, fut ensuite un diplomate extrêmement respecté. On y découvre un homme aux vertus remarquables : courage moral — il sacrifie sa carrière d’officier saint-cyrien pour ne pas forcer la porte d’une église lors des inventaires, ce qui lui vaut un conseil de guerre — patriotisme absolu — il meurt en 1916, en vol — et esprit d’innovation, puisqu’il comprend très tôt l’intérêt stratégique de l’aviation et invente véritablement l’aviation de chasse, contre une hiérarchie qui ne voulait en faire qu’un outil d’observation. Le livre restitue aussi la dimension intime et familiale, notamment à travers son épouse Madeleine. C’est le portrait d’un aristocrate français du début du XXᵉ siècle dont les qualités permettent de comprendre ce qui a rendu possible la résistance et l’indépendance du pays."