Les chroniques



LA VRAIE VIE EST-ELLE AILLEURS ?

Philippe Meyer, publiée le 29-03-2019

"L’homme soupçonne facilement que l’herbe est plus verte dans d’autres prés que celui où il a planté sa tente. Il en nait une inquiétude que nourrissent périodiquement les magazines hebdomadaires en publiant le palmarès des villes où il fait le meilleur vivre, le classement des hôpitaux où il fait bon être soigné et bientôt, sans doute, celui des cimetières où l’on a le plus de chances d’attendre le jugement dernier à son aise. [...]"


TATI NOSTALGIE

Philippe Meyer, publiée le 27-03-2019

" Étudiant, je logeais dans un immeuble du quartier Montparnasse dont un appartement du quatrième étage était occupé par une vieille dame. C’était une veuve menue, souriante, active, connaissant son quartier jusque dans ses recoins, car elle y avait grandi, économe parce qu’il ne faut pas jeter l’argent par les fenêtres et qu’on doit savoir le prix des choses et la valeur des gens. Au demeurant, elle était peu argentée, (car, à l’époque, Paris n’était pas réservée aux bourgeois anciens ou nouveaux). [...]"



FONCTIONNAIRES DE CARACTERE

Philippe Meyer, publiée le 22-03-2019

"Depuis la mi-novembre, la chasse à l’énarque bat son plein. A l’énarque et aux fonctionnaires. Conformistes, ignorants des réalités, courtisans, irresponsables sont les épithètes les plus fréquentes. Les exemples de ces fâcheuses dispositions sont répétés à l’envi et parfois avec une satisfaction mauvaise. On ne saurait les nier, mais on peut préférer répandre des récits dont les protagonistes n’ont pas abdiqué leurs capacités de jugement en devenant serviteur de l’Etat. Bref, on peut préférer parler de Maurice Grimaud que de Maurice Papon. [...]"


COMPLET OU RELATIF

Philippe Meyer, publiée le 20-03-2019

"Pour les besoins de la restauration du quadrilatère Richelieu, il a fallu rétrécir de moitié le commencement de la rue des Petits-Champs. Voulant pallier les difficultés que cette mesure risquait fort de provoquer, la préfecture de police a réservé la circulation dans ce début de voie aux autobus et aux taxis. Nombre de panneaux signalent aux conducteurs de véhicules privés qu’ils ne sont pas autorisés à emprunter cet itinéraire. Les services compétents les ont installés deux semaines avant l’entrée en vigueur de l’interdiction, dont la date était précisée en gros caractères, afin que nul n’en ignore et que tous puissent réfléchir à un parcours de substitution. [...]"


DU VELO ENVISAGE COMME UNE VERTU

Philippe Meyer, publiée le 18-03-2019

"Le cycliste est un piéton à deux roues. Du moins est-ce ainsi qu’il se vit et, si on veut le comprendre, c'est-à-dire éventuellement s’en protéger ou négocier avec lui un peu de bitume, il ne faut pas l’envisager autrement. Rien n’est plus contraire à ce récent venu dans les rues de Paris que de poser pied à terre. Qu’il doive se faire sur le plat, en montée ou en descente, le redémarrage d’un vélo est contraire à la nature de sa course. [...]"


LES SPECTRES DE KABYLIE

Philippe Meyer, publiée le 14-03-2019

" Sujet du concours : « Jugurtha, roi numide ». Jugurtha, roi berbère, qui tint tête sept années durant aux armées de Rome. Jugurtha, roi kabyle, que Caius Marius ne put asservir que par traitrise. Jugurtha qui rétablit le royaume de Numidie. Jugurtha mort de faim au fond d’une geôle… Ai-je dit que c’est un concours de poésie, et en vers latins ? Le vainqueur signe « Rimbaud Jean-Nicolas-Arthur, externe au collège de Charleville ». [...]"



AU FOND DU GRAND ABIME DES ANS

Philippe Meyer, publiée le 12-03-2019

"Contre Rousseau et ses épigones, Baudelaire, conteste dans « Le Peintre de la vie moderne » ce qu’il appelle « la fausse conception du 18ème siècle relative à la morale ». « La nature fut prise en ce temps-là comme base, source et type de tout bien et de tout beau possibles. La négation du péché originel ne fut pas pour peu de choses dans l’aveuglement général de cette époque. Si toutefois nous consentons à en référer simplement au fait visible, à l’expérience de tous les âges et à la Gazette des Tribunaux nous verrons que la nature n’enseigne rien, ou presque rien, c’est à dire qu’elle contraint l’homme à dormir, à boire, à manger à se garantir tant bien que mal contre les hostilités de l’atmosphère.[...]"


VIVRE ENSEMBLE , MAIS AVEC QUI ?

Philippe Meyer, publiée le 06-03-2019

"Plusieurs compagnies aériennes, pour vanter l’agrément d’un voyage à leur bord, mettent en avant dans leur publicité la création récente dans leurs avions d’une « no child zone », d’un espace sans enfant. Des rangées de sièges garanties à l’abri des cavalcades des marmots, de leurs braillements, de leurs disputes tonitruantes, de leurs réclamations nasillardes, de leurs revendications glapissantes, de leurs refus d’obéissance criards, de leurs bouderies sonores, de leurs jeux vidéo tapageurs, de leurs inépuisables capacités à se conduire comme s’il n’y avait qu’eux au monde et comme s’ils en étaient le nombril. [...]"