Les brèves

Francis Picabia, rastaquouère

Matthias Fekl, créée le 23-01-2022

"Restons dans le domaine de l’art, je vous conseille la biographie de Francis Picabia par Bernard Marcadé. Le titre est un clin d’œil à Serge Gainsbourg. Le livre est publié chez Flammarion, dans les grandes biographies, et il y a toute sa place. D’abord parce que la vie de Picabia est haute en couleurs, le récit qui en rend compte est passionnant et foisonnant. C’est un éloge de la liberté, dans la vie comme en art, notamment en ce qui concerne l’affranchissement par rapport à l’académisme et au dogme. Dans une époque aussi souvent dogmatique (voire sectaire) que la nôtre, la vie de Picabia est une bouffée salutaire. "


Le monde de Steve McCurry

Nicole Gnesotto, créée le 23-01-2022

"Je vous encourage très vivement à aller voir l’exposition de photos de Steve McCurry, présentée au Musée Maillol jusqu’en mai 2022. McCurry est mondialement connu pour sa photographie de cette jeune Afghane au regard si intense, qui constitue l’affiche de l’exposition. Il y a au musée Maillol une énorme rétrospective, comptant plus de 150 photos grand format aux couleurs crues, la marque de fabrique de McCurry. Elles sont absolument sublimes, à la fois belles et tragiques. Ce ne sont pas que des paysages de guerre, il y a des photos de New York, de l’Inde, etc. Mais la priorité est donnée aux visages et aux regards. Ces gens ne sourient ni ne pleurent, la densité de ce que les clichés expriment est extraordinaire. On en ressort avec une émotion qui est aussi politique qu’esthétique."


L’Etat qu’il nous faut

Marc-Olivier Padis, créée le 23-01-2022

"Pour en revenir à la politique française, parmi les grands sujets qui seront peut-être débattus dans la campagne électorale si elle se développe un jour, il y aura nécessairement des réflexions sur la réforme de l’Etat. C’est un grand sujet, mais comme il est assez austère, le nombre de ses amateurs est plutôt restreint. C’est le cas de trois jeunes spécialistes des questions de politique publique, Daniel Agacinski, Romain Beaucher et Céline Danion, qui ont écrit ce livre. Leur ligne directrice consiste à se demander si la politique publique française est adaptée à des décisions, en particulier pour faire face au changement climatique. Il s’interrogent sur la façon de réorganiser l’action publique en ce sens. C’est une lecture exigeante et pas toujours facile, mais le sujet étant majeur, il mérite quelques efforts. "


Un héros

Béatrice Giblin, créée le 16-01-2022

"Je vous recommande ce film Franco-iranien dont je crains qu’il ne disparaisse très bientôt des écrans, réalisé par Asgard Farhadi, qui avait déjà signé le très réussi Une séparation. Celui-ci est remarquable par la complexité de tous les personnages d’abord, personne n’est bon ou méchant, le « héros » en question n’est pas aussi moralement bon qu’il est physiquement beau, l’usurier n’est pas que vénal, etc. Et puis on voit comment fonctionne une famille iranienne. C’est un film d’une très grande humanité, qui aide à comprendre la complexité de la société iranienne à laquelle je suis très attachée."


Proust et la société

Nicolas Baverez, créée le 16-01-2022

"En contrepoint de l‘exposition, le dernier livre de Jean-Yves Tadié, le grand spécialiste de l’auteur. Le sujet est similaire à celui de l‘exposition : la société dans laquelle Proust a vécu, une société aristocratique qui vit ses derniers feux face à la montée de la société démocratique d’une IIIème République à son apogée. Et de l’autre côté, la société proustienne de la Recherche, cette extraordinaire galaxie de personnage, nouvelle comédie humaine."



Algérie 1962 une histoire populaire

Akram Belkaïd, créée le 16-01-2022

"Je vous recommande cet ouvrage de Malika Rahal qui vient de paraître aux éditions La Découverte. Vous savez que nous commémorons le 60ème anniversaire de l’indépendance cette année, ce sera donc un élément de l’actualité des prochaines semaines, y compris en France. L’historienne propose « une histoire populaire », et nous montre ce qu’a été cette année 1962 en Algérie. Le livre est en deux parties : tout ce qui précède l’indépendance, l’OAS, les recompositions et les défaites de tous ceux qui n’étaient pas au sein du FLN ; et puis, après 1962, le temps de la vengeance (un chapitre évoque le massacre de Pieds-noirs à Oran), les violences pour ceux qui ont servi la France, mais aussi un aspect passionnant : comment on bâtit un jeune Etat, à partir de ce qu’a laissé la France, et après un exode massif. Tout cela est raconté avec force témoignages."


L’Europe changer ou périr

Michaela Wiegel, créée le 16-01-2022

"Nous ne nous étions pas concertés, mais il se trouve que je voulais moi aussi recommander le livre de notre amie Nicole Gnesotto. J’ai été très frappée dans la préface de Jacques Delors, par une phrase : « il s’en est fallu de peu que le Covid-19 ne porte un coup fatal à l’Union Européenne » et le livre part en quelque sorte de ce constat. Nicole analyse de façon très lucide les difficultés qu’il y a à adapter cette construction qui datait d’un monde réellement révolu. Elle montre le chemin que pourrait prendre une diplomatie européenne, intégrant cette Allemagne souvent bien trop pacifiste, mais qui tempère en quelque sorte une France trop prompte aux interventions militaires. J’espère que ce livre sera vite traduit en allemand."


Don’t look up

Philippe Meyer, créée le 16-01-2022

"Il y a un engouement général à propos de ce film diffusé sur Netflix, à propos d’une catastrophe imminente. J’en suis très étonné, car il ne s’agit pas d’une caricature mais d’une farce. Autant la caricature à propos de l’infotainment me paraît réussie, autant la manière dont est représentée le pouvoir politique ne l’est pas : c’est du « tous pourris », tous sont ridicules. J’ai l’impression qu’en faisant l’éloge de ce film, on confond Pierre Desproges et Patrick Sébastien. "


L’Europe changer ou périr

Philippe Meyer, créée le 16-01-2022

"Je voudrais signaler la parution, aux éditions Tallandier d’un livre de Nicole Gnesotto, L’Europe, Changer ou périr. Elle rappelle qu’à sa fondation, l’Europe misait sur l’OTAN pour la défendre et sur le libéralisme, le marché et la concurrence pour assurer à la fois son progrès et sa prospérité. Nicole Gnesotto soutient qu’aujourd’hui il faut sortir de la dépendance à l’OTAN - et en convaincre nos partenaires est une tâche ardue - et que cette sortie ne se fera pas par la construction d’une défense européenne dont les bégaiements successifs montrent qu’elle est une chimère, mais par l’instauration d’une diplomatie européenne. Elle rappelle utilement que des interventions extérieures occidentales depuis la fin de la guerre froide, à part celle de 1991 pour le Koweit, se sont soldées par des catastrophe. Elle remarque que la force militaire n’est plus la condition de la puissance de l’Europe et qu’il est nécessaire qu’elle s’investisse dans les solutions diplomatiques et qu’elle cesse de laisser la pensée des crises aux Américains. Quant à l’économie, Nicole Gnesotto affirme que, bien plus qu’assurer le libre jeu du marché et de la concurrence, le rôle de l’Europe, si elle ne veut pas périr, est d’aider à limiter l’explosion des inégalités, provoquée par la mondialisation."


Roumanie Au carrefour des empires

Jean-Louis Bourlanges, créée le 09-01-2022

"Je vous recommande ce livre paru dans la remarquable collection « l’âme des peuples », que dirige notre ami Richard Werly. Des livres courts, incisifs et très intelligemment faits. J’ai beaucoup apprécié celui sur la Roumanie, très justement sous-titré « au carrefour des empires ». Il est écrit par Henri Paul, un autre de mes amis, j’admets tout à fait la partialité de cette brève, mais Henri Paul a été notre ambassadeur en Roumanie. C’est un pays méconnu par la France et l’Union Européenne, alors qu’il est absolument essentiel, c’est la clef des Balkans. La Roumanie est une création de l‘empire romain, on sait que le roumain est une langue latine, mais le pays est au carrefour de la Russie, de la Turquie, de l’Europe … La France a joué un rôle très important dans la constitution de l’indépendance roumaine, à trois reprises : Napoléon III, Clémenceau, puis l’entrée dans l’UE. Edgar Quinet disait : « l’amitié de la Russie a été plus funeste aux Roumains que l’hostilité de tous les autres peuples réunis ». Cela explique beaucoup de choses, et notamment le profond Franco-tropisme des Roumains auquel nous ne sommes pas suffisamment sensibles. Au moment où la France préside l’Union Européenne, rappelons qu’il y a des choses importantes à faire avec nos amis roumains. "


La grande expérience

David Djaïz, créée le 09-01-2022

"Je voudrais conseiller un livre qui sera publié à la fin du mois, de Yascha Mounk. C’est un livre sur un sujet assez essentiel, surtout pour notre élection présidentielle. Mounk constate d’abord que la théorie pure de la démocratie libérale ne reconnaît que deux instances : l’individu et l’Etat. Sauf que dans la pratique, se glissent entre les deux des groupes sociaux de plus en plus homogènes sur le plan culturel et/ou religieux. C’est le multiculturalisme : nos sociétés comprennent de nombreuses « sub-cultures ». L’observation de plusieurs sociétés à plusieurs époque n’incite pas à l’optimisme, car on constate que soit on tombe dans l’anarchie, soit dans la domination d’une culture majoritaire. L’auteur essaie donc très honnêtement de proposer des solutions pour éviter ces deux écueils. Mais je trouve que la grande faiblesse du livre est de ne pas s’intéresser suffisamment à notre laïcité, qui est en réalité un moyen extraordinaire de faire coexister dans le respect plusieurs cultures dans un projet politique partagé. N’être ni dans le « zemmouris me » d’écrasement de la diversité, ni dans la démission et la complicité avec des mouvements agressifs sur le plan culturel."