66 ans d’indépendance

Brève proposée par Lionel Zinsou dans l'émission La victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt / Quelle place pour la dette dans la campagne présidentielle ? / n°472 / 13 septembre 2026, que vous pouvez écouter ici. ou ci-dessous.

66 ans d’indépendance

Lionel Zinsou

"Je voudrais simplement signaler un moment qui me paraît assez extraordinaire : depuis minuit, mon pays, le Bénin, a vécu plus longtemps indépendant qu’il n’a été colonisé, et plusieurs pays africains franchissent à peu près au même moment ce même seuil symbolique. C’est une Afrique profondément différente de celle de 1960, engagée dans une dynamique de croissance et de développement que les Européens perçoivent sans doute moins bien que les Asiatiques. Le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Rwanda, la Guinée, mais aussi l’Éthiopie connaissent aujourd’hui des taux de croissance très élevés. Cela ne suffit évidemment pas face à l’ampleur de la pauvreté qui reste à éradiquer, mais cette vitalité économique est tout de même impressionnante, (presque 15 fois celle de l’Europe), et elle invite à regarder autrement un continent pour lequel la période coloniale apparaît désormais, à l’échelle de son histoire indépendante, comme relativement brève."


Les autres brèves de l'émission :


La droite de Dieu : Vincent Bolloré, un milliardaire en mission

Michaela Wiegel

"J’ai lu ce livre qui vient de paraître sur Vincent Bolloré, et même si je ne peux pas vérifier l’exactitude de tout ce qui y est raconté, j’ai trouvé le tableau très inquiétant. Il décrit l’évolution d’un homme d’affaires qui a connu un immense succès, notamment en Afrique, vers une forme de mission politique et religieuse : sauver une France chrétienne largement imaginée, en s’entourant de catholiques très traditionalistes et en constituant un vaste réseau d’influence, qui va de personnalités proches de la Russie de Poutine (Xenia Fedorova) jusqu’à Éric Zemmour et touche de nombreuses institutions. Le livre montre aussi sa volonté de peser directement sur la prochaine campagne présidentielle, notamment à travers son nouvel Institut de l’Espérance. En le lisant, j’ai pensé à Alfred Hugenberg, le grand patron de presse allemand qui avait joué un rôle important dans la montée du mouvement hitlérien : comparaison n’est pas raison, bien sûr, mais la concentration médiatique autour de l’empire Bolloré me paraît aujourd’hui très insuffisamment réglementée."


La longue dérive de la dette française : une histoire budgétaire de la Ve République

Nicolas Baverez

"Puisqu’on a parlé de la dette, qui reste souvent quelque chose de très abstrait, ce livre permet d’en avoir une vision longue et assez objective. Les auteurs retracent l’histoire budgétaire de la Ve République en distinguant quatre grandes périodes : l’équilibre, d’abord contraint puis choisi ; l’installation du déficit permanent à partir de 1981 ; le garde-fou finalement illusoire de l’euro ; et, depuis 2007, le temps des chocs et de l’implosion. Cette perspective historique permet surtout de poser la question qui se trouve aujourd’hui devant nous : comment la France, compte tenu de tous les atouts dont elle dispose, a-t-elle pu se retrouver dans une telle situation ?"


Charles de Freycinet : stratège de la République

Béatrice Giblin

"J’ai trouvé cette biographie, de Cédric Lewandowski (après celle qu’il avait consacrée à Lucien Bonaparte), à la fois très bien écrite et passionnante pour comprendre ce que signifiait l’engagement républicain au XIXe siècle. Polytechnicien au moment de la révolution de 1848, proche de Lamartine puis de Gambetta pendant la guerre de 1870, Charles de Freycinet fut un très grand serviteur de la Troisième République, à la fois politique et aménageur. On lui doit notamment le fameux plan Freycinet pour les transports et les infrastructures portuaires. Président du Conseil, il fut aussi le premier civil à devenir ministre de la Guerre et mena une réforme essentielle de l’armée, qui se révélera très utile en 1914. Et il avait cette conviction qui résonne singulièrement aujourd’hui : « pour aimer la République, il faut surtout lui donner un budget en équilibre, parce que ce n'est qu'avec un tel budget qu'on peut fonder le crédit d'un pays et que sans crédit, aucun gouvernement n'est possible. »"