La victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt / Quelle place pour la dette dans la campagne présidentielle ? / n°472 / 13 septembre 2026

LA VICTOIRE DE L’AfD EN SAXE-ANHALT

Introduction

ISSN 2608-984X

Philippe Meyer :
43,8 % des suffrages exprimés et 77,8% de participation : le parti Alternative pour l'Allemagne (AfD) a obtenu le 6 septembre, dans le Land de Saxe-Anhalt, un score sans équivalent pour un parti d'extrême droite allemand depuis 1945. C'est dans ce même Land qu'en 1932, le Parti national socialiste des travailleurs allemands (NSDAP), celui par lequel Adolf Hitler est arrivé au pouvoir, réussissait pour la première fois à obtenir une majorité relative et à diriger le gouvernement d'un des quinze Etats constitutifs de la République de Weimar. L'AfD fait plus que doubler son score de 2021. De son côté, l'Union chrétienne-démocrate (CDU), le parti du chancelier, Friedrich Merz, chute à environ 17%, deux fois moins qu'il y a cinq ans. Toutefois, faute d'obtenir une majorité de sièges, le parti d'Ulrich Siegmund doit désormais trouver des partenaires s'il veut accéder au pouvoir, et appliquer son programme radical. Contrairement à d'autres formations d'extrême droite en Europe, l'AID n'a jamais cherché à se « dédiaboliser ». Son programme prévoit notamment une restriction des conditions de naturalisation, l'abolition du droit d'asile, la déchéance de nationalité pour les binationaux "dangereux", la suppression du statut particulier dont bénéficient les Ukrainiens, la mise en place de "programmes volontaires de remigration" et d'expulsions forcées. Il prône par ailleurs un rapprochement avec Moscou, ainsi qu'une reprise des importations de gaz russe abandonnées depuis 2022. Il prévoit en outre la relance d'une politique familiale nataliste, la reprise en main de l'école et le rejet de la transition écologique. Il vise également à exclure des écoles les élèves handicapés et les enfants de réfugiés, ou de réviser l'enseignement de l'histoire pour en finir avec le « masochisme national » et la « perpétuation d'une névrose » autour du nazisme.
Créé en 2013, l'AfD est à l'origine un parti eurosceptique plutôt bourgeois issu du parti libéral, né lors de la crise de la zone euro en opposition aux plans de soutien aux pays du sud de l'Europe. Il se transforme très vite, notamment avec la crise des réfugiés syriens en 2015, en un parti d'extrême droite, raciste et xénophobe, infiltré par de nombreux néonazis. Son électorat est majoritairement masculin. Le parti séduit particulièrement les tranches d'âge intermédiaires, à partir de 35 ans et jusqu'à l'âge de la retraite. Mais pas les personnes âgées. On y retrouve beaucoup d'ouvriers travaillant dans l'industrie.
Selon les sondages, l'AfD arrive en tête dans tous les Länder situés à l'Est de l'ancien rideau de fer, sauf Berlin. C'est le cas du Brandebourg (37%), de la Saxe (42%), de la Thuringe (40%) et du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale (35%) où se tiendront des élections régionales le 20 septembre prochain. Toutefois, alors que de multiples crises - afflux migratoire de 2015, pandémie de Covid-19, guerre en Russie, flambée des prix de l'énergie, attentats islamistes sur le sol national - affectent tout le pays, l'AfD gagne du terrain partout dans tout le pays.

QUELLE PLACE POUR LA DETTE DANS LA CAMPAGNE PRÉSIDENTIELLE ?

Introduction

Philippe Meyer :
Au premier trimestre selon l'Insee, la dette publique française a augmenté à 3.536,1 milliards d'euros, pour s'établir à 117,5 % du PIB. Le gouvernement vise un déficit à 5% en 2026, contre 5,1 % en 2025, 5,8 % en 2024 et 5,4 % en 2023.
Depuis le 18 août, le taux d'intérêt de notre dette à dix ans est de 4,1 %, soit son plus haut niveau depuis novembre 2008, lors de la crise financière. Il avait alors atteint 4,2 %. Sur les six premiers mois de l'année, la charge de la dette s'est alourdie de plus de 5 milliards d'euros. Mi-juillet, quatre économistes, missionnés par Bercy, ont remis un rapport dans lequel ils estiment à 126 milliards d'euros les efforts à réaliser dès 2027 pour stabiliser le taux de dette publique en France d'ici à 2032. Faute de quoi celle-ci passerait à 130 % du PIB en 2030.
Sept des candidats à l'élection présidentielle étaient réunis, fin août, par le Medef : Marine Le Pen, Raphaël Glucksmann, Edouard Philippe, Gabriel Attal, Jean-Luc Mélenchon, Marine Tondelier et Bruno Retailleau. L'ancien Premier ministre Gabriel Attal a proposé de revenir sous les 3 % de déficit d'ici à 2032 et à l'équilibre en dix ans. Il prévoit de « changer assez profondément notre système social» et de reprendre le calendrier prévu de la réforme Borne des retraites, suspendue dans le budget 2026 par le gouvernement de Lecornu. Son concurrent direct, l'ancien Premier ministre Édouard Philippe, veut aussi maîtriser les comptes par le biais du social. Selon lui, la clé de la maîtrise de la dette réside dans celle de la dépense sociale, plus particulièrement des retraites qui représentent 420 milliards d'euros par an, soit 25 % de l'ensemble de la dépense publique. En tête des sondages, Marine Le Pen a déjà un chiffre en tête. Si elle accède à l'Elysée, la candidate du Rassemblement national mènera un plan d'économies de 125 milliards d'euros sur le quinquennat. Ses solutions pour résorber l'endettement : la suppression d'agences de l'État, la lutte contre l'immigration et la baisse de la contribution à l'Union européenne. Le candidat de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, estime qu'il suffirait de « foutre au feu » les titres de dette française (environ 20 %) détenus par la Banque centrale européenne pour régler la question. Le candidat Place publique, Raphaël Glucksmann veut aussi « [s|'attaquer à la dette », en faisant des économies mais aussi en mettant à contribution les grands héritages.

Les brèves

La droite de Dieu : Vincent Bolloré, un milliardaire en mission

Michaela Wiegel

"J’ai lu ce livre qui vient de paraître sur Vincent Bolloré, et même si je ne peux pas vérifier l’exactitude de tout ce qui y est raconté, j’ai trouvé le tableau très inquiétant. Il décrit l’évolution d’un homme d’affaires qui a connu un immense succès, notamment en Afrique, vers une forme de mission politique et religieuse : sauver une France chrétienne largement imaginée, en s’entourant de catholiques très traditionalistes et en constituant un vaste réseau d’influence, qui va de personnalités proches de la Russie de Poutine (Xenia Fedorova) jusqu’à Éric Zemmour et touche de nombreuses institutions. Le livre montre aussi sa volonté de peser directement sur la prochaine campagne présidentielle, notamment à travers son nouvel Institut de l’Espérance. En le lisant, j’ai pensé à Alfred Hugenberg, le grand patron de presse allemand qui avait joué un rôle important dans la montée du mouvement hitlérien : comparaison n’est pas raison, bien sûr, mais la concentration médiatique autour de l’empire Bolloré me paraît aujourd’hui très insuffisamment réglementée."

66 ans d’indépendance

Lionel Zinsou

"Je voudrais simplement signaler un moment qui me paraît assez extraordinaire : depuis minuit, mon pays, le Bénin, a vécu plus longtemps indépendant qu’il n’a été colonisé, et plusieurs pays africains franchissent à peu près au même moment ce même seuil symbolique. C’est une Afrique profondément différente de celle de 1960, engagée dans une dynamique de croissance et de développement que les Européens perçoivent sans doute moins bien que les Asiatiques. Le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Rwanda, la Guinée, mais aussi l’Éthiopie connaissent aujourd’hui des taux de croissance très élevés. Cela ne suffit évidemment pas face à l’ampleur de la pauvreté qui reste à éradiquer, mais cette vitalité économique est tout de même impressionnante, (presque 15 fois celle de l’Europe), et elle invite à regarder autrement un continent pour lequel la période coloniale apparaît désormais, à l’échelle de son histoire indépendante, comme relativement brève."

La longue dérive de la dette française : une histoire budgétaire de la Ve République

Nicolas Baverez

"Puisqu’on a parlé de la dette, qui reste souvent quelque chose de très abstrait, ce livre permet d’en avoir une vision longue et assez objective. Les auteurs retracent l’histoire budgétaire de la Ve République en distinguant quatre grandes périodes : l’équilibre, d’abord contraint puis choisi ; l’installation du déficit permanent à partir de 1981 ; le garde-fou finalement illusoire de l’euro ; et, depuis 2007, le temps des chocs et de l’implosion. Cette perspective historique permet surtout de poser la question qui se trouve aujourd’hui devant nous : comment la France, compte tenu de tous les atouts dont elle dispose, a-t-elle pu se retrouver dans une telle situation ?"

Charles de Freycinet : stratège de la République

Béatrice Giblin

"J’ai trouvé cette biographie, de Cédric Lewandowski (après celle qu’il avait consacrée à Lucien Bonaparte), à la fois très bien écrite et passionnante pour comprendre ce que signifiait l’engagement républicain au XIXe siècle. Polytechnicien au moment de la révolution de 1848, proche de Lamartine puis de Gambetta pendant la guerre de 1870, Charles de Freycinet fut un très grand serviteur de la Troisième République, à la fois politique et aménageur. On lui doit notamment le fameux plan Freycinet pour les transports et les infrastructures portuaires. Président du Conseil, il fut aussi le premier civil à devenir ministre de la Guerre et mena une réforme essentielle de l’armée, qui se révélera très utile en 1914. Et il avait cette conviction qui résonne singulièrement aujourd’hui : « pour aimer la République, il faut surtout lui donner un budget en équilibre, parce que ce n'est qu'avec un tel budget qu'on peut fonder le crédit d'un pays et que sans crédit, aucun gouvernement n'est possible. »"