Les femmes savantes

Brève proposée par Nicole Gnesotto dans l'émission Après Munich, peut-on dire que la doctrine internationale de Trump a changé ? / Déclassement économique français : réalités, perceptions, perspectives / n°443 / 22 février 2026, que vous pouvez écouter ici. ou ci-dessous.

Les femmes savantes

Nicole Gnesotto

"À la Comédie-Française, cette mise en scène signée Emma Dante est une révélation. Les représentations sont complètes, mais cela reprend l’an prochain et il faut d’ores et déjà réserver. Je n’avais jamais vu une telle inventivité scénique à partir d’un texte classique en vers : une modernisation à la fois drôle et intelligente. Les hommes, tous en costume XVIIème siècle, surgissent enfermés dans une malle couverte de poussière ; on les époussette avant qu’ils n’entrent en scène, comme s’ils étaient condamnés à répéter toujours le même rôle. Les femmes, elles, arrivent en tenue du XXIème siècle, puis se métamorphosent progressivement en figures du XVIIème. Le contraste est saisissant, l’effet théâtral remarquable."


Les autres brèves de l'émission :


Demande de renseignements à nos auditeurs

Philippe Meyer

"Je m’intéresse depuis quelque temps à la figure du sultan Qabous, qui a dirigé le sultanat d’Oman de 1970 à 2020, et dont le parcours me paraît singulier : autoritaire sans être dictatorial, il a profondément transformé son pays, faisant passer l’alphabétisation de 5 % à 95 %, créant un système de santé, des infrastructures routières, un embryon de représentation politique, ouvrant le droit de vote et d’éligibilité aux femmes, et laissant la religion dans la sphère familiale sans chercher à imposer des normes de conduite. Cette trajectoire rare m’intrigue, et je suis d’ailleurs preneur de toute documentation ou témoignage à son sujet. "


Bocuse

Matthias Fekl

"Puisqu’on a beaucoup parlé de déclin et de fin du monde, j’ai envie de proposer un livre qui fait du bien. Bocuse, de Gautier Battistella, paru chez Éditions Grasset, dresse le portrait d’une personnalité complexe, contrastée, hors norme. On y croise la mère Brasier, Fernand Point, Alain Ducasse, Guy Savoy, la famille Troisgros, Pierre Gagnaire, Bernard Pacaud et bien d’autres. Le récit nous entraîne à Collonges-au-Mont-d’Or, sur les bords de Saône, à Lyon, à Paris, mais aussi au Japon et aux États-Unis. À travers cette trajectoire, c’est tout ce que la France a d’exceptionnel qui apparaît : son terroir, la qualité de ses produits, la grandeur de ses chefs et la force de sa gastronomie. Cela demeure, et cela demeurera."


Comment pensent les démocraties

Antoine Foucher

"Pour comprendre l’évolution de l’Occident, en particulier de l’Europe et singulièrement de la France, la matrice explicative proposée par Marcel Gauchet demeure, à mes yeux, décisive. Sa thèse de la sortie de la religion, ou plus largement de la sortie de la tradition — le passage de sociétés structurées par leur passé à des sociétés d’individus où tout est à reconstruire, de la famille au travail en passant par la nation — éclaire puissamment les tendances de fond que nous traversons. Dans cet ouvrage-ci, il ne propose pas de thèses radicalement nouvelles ; il reprend et réarticule son cadre d’analyse. Mais cette piqûre de rappel sur le temps long, sur la nouveauté absolue de notre condition d’individus mobiles se définissant d’abord eux-mêmes plutôt que par leur appartenance collective, est salutaire. C’est, selon moi, l’une des grilles de lecture les plus solides pour comprendre ce qui nous arrive — et pour tenter, ensuite, de reconstruire du collectif à partir des individus. Même lorsqu’on croit connaître Gauchet par cœur, cette remise en perspective fait du bien."


Fabrice Luchini lit Victor Hugo

Nicole Gnesotto

"Le second spectacle m’a tout autant marquée. Le choix des textes de Victor Hugo est remarquable : on y découvre un Hugo poète que l’on connaît mal, au-delà des Contemplations ou de La Légende des siècles que j’avais lues autrefois. On peut aimer ou non Fabrice Luchini, mais la sélection est d’une intelligence rare. Et lorsqu’il dit Booz endormi, c’est un moment de grâce — presque à la hauteur de ce que nous récite Philippe à l’École alsacienne le dimanche juste avant que nous ne commencions l’émission."


Qui contrôle qui ? Les nouveaux rapports de force mondiaux

Jean-Louis Bourlanges

"Thomas Gomart vient de publier son ouvrage annuel, que j’ai lu d’une traite. C’est un livre très utile, ne serait-ce que pour son appareil critique : une bibliographie immense — des centaines de titres — qui donne le vertige et témoigne d’un travail considérable. On y trouve une présentation extrêmement précise de la situation internationale contemporaine, avec des références nombreuses et des indications solides. Ce qui m’a particulièrement intéressé, c’est la construction en « couples » de puissances ou d’antagonistes : Vladimir Poutine–Volodymyr Zelensky, Ali Khamenei–Benjamin Netanyahou, Narendra Modi–Xi Jinping, et, plus inquiétant pour nous, Donald Trump–Ursula von der Leyen, où la disproportion saute aux yeux. Il ajoute deux autres couples plus inattendus et peut-être plus décisifs encore : le GIEC face à Fox News, montrant combien ces forces morales — ou parfois immorales — structurent un affrontement central que les forces politiques peinent à intégrer ; puis le Vatican face à la Silicon Valley, après l’arrivée d’un nouveau pape au Saint-Siège. Derrière ces oppositions se profile une question essentielle : celle de l’avenir de l’humanisme — et, pour dire les choses simplement, de l’humanité elle-même."