Migrants : recommencer à zéro ? ; USA/Corée du Nord : et après ? (#41)

Migrants : recommencer à zéro ?

Introduction

Bien que le maire de Palerme, Leoluca Orlando, ait rapidement offert d’accueillir l’Aquarius et ses 629 occupants, le navire de sauvetage affrété par l’ONG française SOS Méditerranée opérant au large de la Libye, s’est vu interdire l’accès aux côtes italiennes et maltaises. Le nouveau ministre de l’Intérieur italien issu de la Ligue, Matteo Salvini s’est montré inflexible, accusant les Européens d’avoir laissé l’Italie seule face à la crise migratoire. Son pays a vu débarquer sur ses côtes depuis 2013 plus de 700.000 migrants dont son gouvernement se propose de renvoyer le tiers dans leurs pays d’origine. C’est vers le port espagnol de Valence que se dirige l’Aquarius. Pedro Sanchez, le chef du nouveau gouvernement espagnol ayant déclaré il est “de notre obligation d'aider à éviter une catastrophe humanitaire et d'offrir un port sûr à ces personnes". Son ministre des Affaires Étrangères Josep Borrell n’en a pas moins fait écho aux propos de Matteo Salvini et regretté “qu’il n'y a pas eu jusqu'à présent beaucoup de solidarité de la part des autres pays européens" En France, les dirigeants nationalistes corses ont proposé de recevoir le navire en détresse. Le gouvernement a rappelé que cette décision n’incombait qu’à lui. Après qu’Emmanuel Macron a fustigé “le cynisme et l’irresponsabilité” du nouveau gouvernement italien la rencontre entre le président français et le nouveau chef du gouvernement italien s’est conclue sur un communiqué apaisé, faisant état d’un accord sur les questions migratoires et sur la réforme de la zone euro. Le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, porte-étendard des pays européens opposés à l’accueil des migrants, a apporté son “total soutien” à l’Italie, exprimant son “soulagement” de voir les frontières maritimes de l’Union Européennes enfin protégées. En Allemagne, le ministre de l’intérieur Horst Seehofer, opposé à Angela Merkel, a rejoint ses homologues italien et autrichien dans un « axe des volontaires », censé s’attaquer à l’immigration...

USA/Corée du Nord : et après ?

Introduction

Donald Trump et Kim Jong-Un se sont rencontrés le 12 juin à Singapour afin de discuter d’une possible pacification de la péninsule coréenne, ponctuée ces dernières années par de nombreuses tensions. Au terme de leurs discussions, les deux dirigeants ont présenté un accord assez court, énonçant que la Corée du nord devrait s’engager dans la voie de la dénucléarisation totale en échange de garanties de sécurité assurées par les États-Unis. Bien que le sommet ait rapidement été qualifié d’historique par une partie de la presse internationale, les avis restent mitigés quant à la réalité d’un véritable « succès diplomatique ». Le texte final de l’accord reste flou Il ne précise ni échéance ni calendrier du démantèlement annoncé et renvoie ces questions aux négociations que conduiront le secrétaire d’État, Mike Pompeo et un haut responsable de Pyongyang. Et qui s’annoncent longues. Mike Pompeo a précisé que les sanctions imposées à la Corée du Nord pourraient être allégées au fur et à mesure de l’avancement des négociations mais il a certifié à ses partenaires qu’elles resteraient en place jusqu’à la dénucléarisation totale du pays. Les États-Unis se sont engagés à mettre un terme à tout exercice militaire conjoint avec la Corée du Sud arguant que le processus de paix « ne pourrait se construire alors que de tels signes d’agressivité subsisteraient » à la frontière coréenne. Le ministre de la Défense japonais, Itsunori Onodera, a annoncé que le Japon maintiendrait les exercices militaires en coopération avec les États-Unis et que Tokyo continuerait à renforcer ses défenses dans l’éventualité d’un tir balistique nord coréen. Le Japon, adepte d’une ligne dure contre Pyongyang, a été pris de court par le sommet Kim-Trump alors que les autorités nipponnes cherchaient à organiser une rencontre entre le Premier ministre Shinzo Abe et Kim Jong-un ces derniers mois. La Chine est restée à l’écart du dossier nord-coréen et Xi Jin Ping semble avoir assisté passivement à un sommet qui risque de modifier en profondeur les rapports de force dans la région. Mike Pompeo s’est efforcé de rassurer ses alliés japonais et Sud-Coréens en rappelant que l’objectif de son pays est la « dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible de la Corée du Nord », formule qui ne figure pas dans le texte signé par les deux présidents. Aucune mention n’a été faite des questions liées aux violations des droits de l’homme. Pourtant, fait observer Phil Robertson, sous-directeur de Human Rights Watch en Asie, Si Kim Jong-un a pu consacrer de telles ressources au développement de son arsenal nucléaire, il y a une raison : il sait que le peuple n’osera pas s’yopposer. La peur du gouvernement est si généralisée que quoi que l’État veuille, il peut le faire ».

Les brèves

Le Un - Faut-il trier les étudiants?

Philippe Meyer

"L’hebdomadaire Le 1 se demande cette semaine s’il faut trier les étudiants et donc se penche sur Parcoursup. Je ferais remarquer en particulier un article sur la violence symbolique de l’attente et Annabelle Allouch souligne qu’être en attente revient à faire l’expérience à 17 ou 18 ans d’une position où même les bonnes notes n’assurent qu’une prise limitée sur l’avenir, lequel est laissé au fonctionnement d’un système qui impose son rythme propre. C’est un article sur lequel, je crois, il y a lieu de méditer."

Tania de Montaigne : L’assignation,

Béatrice Giblin

"Je voudrais parler de deux tout petits livres. L’un est de Tania de Montaigne : L’assignation, avec pour sous-titre « les Noirs n’existent pas ». C’est sa propre histoire de journaliste à Canal+ et d’écrivain. Elle raconte comment elle a découvert lorsqu’elle avait déjà 8 ou 9 ans comment elle était assignée à ce qu’elle n’avait jamais perçu : le fait d’être « Noire ». Compte tenu de la situation actuelle et de ce qui se passe partout en Europe et aussi chez nous sur la façon dont on voit difficilement un certain nombre de nos concitoyens de nationalité française depuis très longtemps et parfois depuis plusieurs générations qui sont toujours considérés comme ne l’étant pas. C’est un petit livre qu’il faut lire. J’y ajouterai un deuxième, de Toni Morrison qui sont des conférences qu’elle a donné à Harvard aux États-Unis : L’origine des autres. Cela donne beaucoup à réfléchir."

Politique du secret d’Yves Trotignon

Marc-Olivier Padis

"Je voudrais recommander un livre d’Yves Trotignon sur la série que vous avez peut-être regardée Le Bureau des légendes. Il s’appel Politique du secret et est publié aux Presses Universitaires de France dans une petite collection qui analyse les séries. Ce livre d’Yves Trotignon est particulièrement intéressant, d’abord parce que c’est une très bonne série, et parce qu’Yves Trotignon est un historien et un analyste qui est passé par les services de renseignement donc qui connaît de l’intérieur le sujet dont il parle et parce qu’il montre comment cette série télévisée a permis un basculement des représentations qui étaient extraordinairement stéréotypées de l’action du renseignement dans la littérature et le cinéma français en opérant un tournant intéressant."

Les sautes d'humour du général de Gaulle de Sabine Jansen

Jean-Louis Bourlanges

"Je voudrais recommander un livre paru chez Payot Les sautes d’humour du Général de Gaulle, c’est la collection des mots, des traits d’esprit du Général recueillis par Sabine Jansen. Je donnerai rapidement 3 des exemples de ce qu’est la personnalité du général De Gaulle : La dérision d’abord. On lui parle de ses obsèques, il dit : « j’entends qu’elles soient réduites au strict minimum ». L’interlocuteur lui pose alors la question : « qu’entendez vous par strict minimum ? ». Réponse du général : « Moi ».
La vacherie aussi. Après un discours de Michel Debré à la télévision, De Gaulle dit : « Il faudrait mettre le carré blanc il risque de faire peur aux enfants ».
Et la distance lucide : « Je n’aime que ceux qui me résistent, malheureusement, je ne les supporte pas."

Constantinople par Théophile Gautier

François Bujon de L’Estang

"- De plus en plus épuisé par l’actualité, j’aime les choses qui ne vieillissent pas et donc je me replonge dans les auteurs classiques. Dans la série « Il faut relire… » et pour la concilier avec l’actualité des élections turques et de Monsieur Erdogan, je vous recommande vivement le livre paru chez Bartillat il y a déjà quelques années d’ailleurs, qui rassemble les chroniques qu’a écrites Théophile Gautier sur Constantinople pour la presse d’Emile de Girardin. Si vous voulez mesurer à quel point en un siècle de temps la Constantinople ancienne n’a plus rien à voir avec l’Istanbul moderne, il suffit pas de relire Pierre Loti avec Monsieur le Président de la République, il faut relire Théophile Gautier et ce magnifique ensemble d’articles sur Constantinople, retraçant un voyage qu’il a fait en 1852, qui est un véritable enchantement ne fut-ce que pour la magie absolue qu’est cette langue étincelante de Gautier "