Macron chez Trump : le chêne et le roseau? ; Asile : une loi en trop? (#34)

Macron chez Trump : le chêne et le roseau?

Introduction

Réservée à Emmanuel Macron la première visite d’État accueillie sous la présidence Trump aura notamment été marquée par de spectaculaires démonstrations d’amitié et de nombreux désaccords. Si Emmanuel Macron a eu droit à tous les honneurs, sur le plan diplomatique, les divergences de point de vue entre les deux chefs d’état restent nombreuses. Le fFançais espérait des exemptions au tarif sur l’acier et l’aluminium européen et répétait que les “différends commerciaux doivent se régler par le biais de l’OMC”. Mais l’Américain s’est montré inflexible déplorant que l’Union soit “si dure” avec des “barrières douanières inacceptables”. A propos de la Syrie, Emmanuel Macron pourrait avoir eu plus de succès auprès de Donald Trump. Ce dernier, qui manifestait il y a quelques semaines encore sa volonté de retirer ses troupes, a reconnu qu’un départ précipité laisserait le champ libre à l’Iran et aux groupes terroristes. Lors de son allocution devant le Congrès, le président français a multiplié les piques en direction de Trump en faisant l’éloge du multilatéralisme, des organisations internationales et de l’accord de Paris et en critiquant certaine forme de nationalisme et d'isolationnisme. Enfin, sur le dossier du nucléaire iranien, Emmanuel Macron, qui se veut un “médiateur impartial”, s’est montré plutôt pessimiste, déclarant “Je n'entends pas une volonté farouche de maintenir ou de défendre cet accord” Désormais, la solution la plus envisageable serait d’incorporer l’accord de 2015, conclu entre les cinq membres permanents du Conseil sécurité des Nations unies (ONU), l’Allemagne et l’Iran, à un “nouvel accord”. Cet accord “plus vaste” reposerait sur trois nouveaux piliers : étendre l’interdiction du programme nucléaire iranien à plus long terme, empêcher la construction de missile balistique iranien et circonscrire l’influence régionale grandissante de l’Iran. Dans la foulée de ces déclarations, Téhéran et Moscou ont rejeté en bloc cette idée. Donald Trump dira le 12 mai s’il reste ou non dans l’accord sur le nucléaire.

Asile : une loi en trop?

Introduction

L’Assemblée Nationale a adopté la loi “Asile-Immigration” le dimanche 22 avril par 228 voix contre 139 et 24 abstentions. Votée en première lecture après une soixantaine d’heures de débats répartis sur 7 jours, cette loi, défendue par le ministre de l’intérieur Gérard Collomb, visait à réduire les délais de traitement des demandes d’asile à six mois contre onze aujourd’hui et à faciliter le système de reconduites à la frontière pour les personnes déboutées. En séance, le texte final a été quelque peu modifié, en accordant aux demandeurs d’asile la possibilité de travailler dès six mois après le dépôt de leur demande et en prévoyant l’élargissement des exceptions aux poursuites pénales pour les délits dit de “solidarité”. Si le ministre a salué l’adoption d’un “texte juste” invoquant “l’urgence à réagir” pour limiter une “immigration massive” tout en “garantissant le droit d’asile”, les débats autour de ce texte auront été houleux. Malgré la menace d’exclusion du groupe parlementaire, quatorze députés macronistes se sont abstenus et, pour la première fois depuis l’accession au pouvoir d’Emmanuel Macron, un député de son parti LREM a voté contre. Les députés Les Républicains défendu le droit de la France à “choisir qui elle accueille sur son territoire” et ils ont critiqué vertement un système d’asile qu’ils jugent “détourné de son objet principal”. Les députés “insoumis”, communistes et socialistes ont combattu un texte “déshumanisant” qui allonge la durée maximale de séjour en centre de rétention et l’ouvre aux mineurs, qui facilite le recours à la vidéo-audience et qui réduit drastiquement le délai d’appel après le rejet d’une demande d’asile. Rappelons que, le 15 février dernier, le Conseil d’Etat a notamment déploré que le gouvernement s’empare “d’un sujet aussi complexe à d’aussi brefs intervalles” risquant ainsi de “diminuer sensiblement la lisibilité du dispositif”. Enfin, les principaux organismes publics chargés du droit d’asile, que sont la Cour Nationale du Droit d’Asile et l’Office français de protection des réfugiés et apatrides, ont tous deux entamés un mouvement de grève pour protester contre une loi que les syndicats jugent “dangereuse”...

Les brèves

Ce qui nous guette - Laurent Quintreau

Lucile Schmid

"Moi je voulais vous parler d’un roman qui vient de paraître aux éditions Rivage et qui s’appelle Ce qui nous guette. C’est un roman de Laurent Quintreau et qui raconte quelques scénettes sur les moments de notre vie où nous perdons le contrôle. Je vous donne un exemple, vous êtes en train de participer à une émission de radio et puis finalement vous vous mettez à raconter n’importe quoi devant le micro et au lieu de vous sentir coupable, vous éclatez de rire. C’est un peu ce qui arrive à l’une des jeunes femmes de ce roman. A un moment donné elle anime une conférence extrêmement intéressante et d’un coup éclate de rire parce que son invité prestigieux au lieu de s’asseoir dans le bon siège, s’assoit par terre. Il y a une autre scénette extrêmement drôle, vous êtes un jeune père divorcé, vous mettez votre enfant au train et puis brusquement le train part et vous restez sur le quai, c’est un moment d’angoisse inextinguible. Le roman se finit par l’entrée dans la Science-Fiction, il montre comment on pourrait résoudre ces questions en nous clonant de nouveaux cerveaux sachant que le clonage pourrait nous apporter de nouveaux problèmes. "

Hommage au journalisme

Nicolas Baverez

"Je voulais rendre hommage aux journalistes et au quatrième pouvoir, expression inventée par Honoré de Balzac. Très souvent c’est vrai qu’il y a des travers et des ridicules de cette profession mais on a jamais eu autant de journalistes tués ou emprisonnés et y compris dans le monde développé et y compris en Europe. Il suffit de regarder ce qui s’est passé à Malte ou en Slovaquie. Or aujourd’hui il y a deux choses qui sont intéressantes. On a parlé de Trump, finalement la seule bonne nouvelle c’est que le système des contre-pouvoirs aux Etats-Unis résiste qu’il s’agisse de la justice ou des médias. On a aussi beaucoup parlé des Fake News, je ne crois pas que des lois soient utiles, si on doit faire des lois sur les Fake News ce seront des lois inutiles. La seule vraie garantie, c’est d’avoir des journalistes qui font leur travail et des citoyens éveillés."

Mister Everywhere

Philippe Meyer

"Je vais recommander un livre coédité par Acte Sud et l’institut Lumière qui a deux préfaces l’une de Clint Eastwood et l’autre de Bertrand Tavernier. Le livre s’intitule Mister Everywhere et ce sont des entretiens de Pierre Rissient avec Samuel Blumenfeld, journaliste du Monde. Pierre Rissient est un personnage tout à fait étonnant, atypique, je n’en connais aucun autre, c’est l’homme le plus anticlérical que je connaisse, non pas au sens d’être contre les prêtres d’une religion quelconque mais contre les clercs en général, contre la façon de penser en bande, en groupe, en banc comme les poissons. C’est un homme qui se fait ses opinions lui-même et qui est tout à fait capable d’avoir des opinions qui varient avec les années ou en voyant un film ou en revoyant un autre. Vous aurez compris que c’est un cinéphile majeur, tout à fait reconnu à travers le monde et notamment aux Etats-Unis et ce parcours de cinéphile qu’il raconte dans ses entretiens est extrêmement intéressant. D’autant plus intéressant qu’il ne mâche pas ses mots et qu’il exprime ses opinions avec une très nette fermeté. "