L’encyclique du pape / n°457 / 31 mai 2026

L’ENCYCLIQUE DU PAPE

Introduction

ISSN 2608-984X

LE MERCREDI 3 JUIN, À SCIENCES PO, EN PARTENARIAT AVEC L’INSTITUT D’ÉTUDES POLITIQUES DE PARIS, UNE ÉMISSION THÉMATIQUE SUR LE TOURISME À L’ÉPREUVE DE SA DÉMESURE. ON S’INSCRIT ICI

Philippe Meyer :
C’est le lundi de Pentecôte que le pape Léon XIV a publié sa première encyclique, Magnifica humanitas (magnifique humanité). Un texte de plus de 100 pages, dans lequel il développe une réflexion sur la révolution de l'intelligence artificielle (IA), et ses conséquences sur la dignité humaine. Au Vatican, le pape américain a choisi de présenter lui-même - fait inédit - ce document d'Église qui lance un appel à encadrer et réguler les algorithmes.
Le pape y rappelle que la technologie « n'est pas en soi un mal » mais qu'elle « prend le visage de ceux qui la conçoivent, la financent, la régulent et l'utilisent ». Comme l'IA ne peut « être considérée comme moralement neutre », il convient de la « désarmer » pour « l'empêcher de dominer l'humain », assure le pape augustinien. Rappelant certaines « utilisations manifestement inhumaines » comme la manipulation de l'information ou la violation de la vie privée, le pape insiste sur la nécessité d'un code éthique commun sur l'IA ainsi que sur le rôle crucial de l'éducation pour apprendre à en maîtriser les risques. Il va jusqu'à dénoncer « les nouvelles formes d'esclavage », nées des besoins d'extraction de ressources nécessaires à l'utilisation de l’IA, comme les microprocesseurs.
Sur le plan économique, Magnifica Humanitas s'alarme des transformations profondes du monde du travail. L'encyclique dénonce le risque d'une automatisation de masse qui détruirait des millions d'emplois sans offrir de filets de protection sociale adéquats. Le pape américain s'en prend à l'impact éthique et écologique de l'intelligence artificielle, réclamant des solutions techniques plus durables.
« Désarmer » l’intelligence artificielle ne signifie toutefois pas de renoncer à la technologie, mais de l’empêcher de dominer l’humain. Cela passe moins par des choix techniques que par la soumission de l’utilisation des données et des technologies à « un contrôle public » et l’affirmation du « rôle irremplaçable de la personne ». Léon XIV prend également position dans un domaine où l’intelligence artificielle fait peser un autre risque de déshumanisation, celui de la guerre. C’est précisément parce que le monde s’engage dans une spirale mortifère banalisant une « culture violente de la puissance » que l’intelligence artificielle doit, selon le pape, faire l’objet d’une régulation internationale.
Le constat du pontife est sombre et sa critique, sévère. Il demande une pause, pour recadrer, s’il est encore temps, la vitesse astronomique de l’intelligence artificielle. Deux images bibliques encadrent tout le texte : la tour de Babel, symbole d’une technique coupée de Dieu, et la reconstruction de Jérusalem par Néhémie, figure d’un travail patient ordonné au bien commun.

Les brèves

Georges Mandel : le premier résistant

Matthias Fekl

"Je voudrais également attirer l’attention sur Georges Mandel, le premier résistant, biographie consacrée par Hugo Coniez à cette figure majeure de notre histoire politique. Trente-cinq ans après l’ouvrage de référence de Jean-Noël Jeanneney, ce livre remet en lumière un grand serviteur de l’État, proche de Clemenceau, esprit d’une rare lucidité et victime d’un antisémitisme constant tout au long de sa carrière, jusqu’à son assassinat lâche en forêt de Fontainebleau. Une manière de redécouvrir un homme que l’histoire française n’a peut-être pas encore pleinement mesuré."

Entrée de Guy Savoy à l’Académie des Beaux-Arts

Michaela Wiegel

"Nous avons aujourd’hui parlé d’humanisme, et j’ai été particulièrement touchée par un événement qui en donne, à mes yeux, une belle incarnation : l’entrée de Guy Savoy à l’Académie des Beaux-Arts, première fois qu’un chef cuisinier y siège. Je voudrais saluer le remarquable discours prononcé à cette occasion par Laurent Petitgirard, compositeur et secrétaire perpétuel de l’Académie, dont une phrase m’a particulièrement frappée : « la gastronomie est la connaissance raisonnée de tout ce qui a rapport à l’Homme en tant qu’il se nourrit. Son but est de veiller à la conservation des Hommes au moyen de la meilleure nourriture possible ». Je trouve cette définition profondément belle et je me réjouis que, parmi les arts reconnus par l’Académie, l’art culinaire trouve désormais pleinement sa place."

La nature n’est pas un décor : exposition à la maison Caillebotte

Nicole Gnesotto

"J’ai envie de faire découvrir un lieu remarquable, la Maison Caillebotte, à Yerres dans l’Essonne, qui mérite à lui seul le déplacement tant la demeure et ses jardins sont magnifiques, particulièrement précieux durant les périodes de forte chaleur. Mais la visite prend aujourd’hui une dimension supplémentaire grâce à l’exposition « La nature n’est pas un décor », présentée jusqu’en octobre, où huit peintres français et étrangers revisitent la nature dans un dialogue qui évoque aussi l’amitié entre Caillebotte et Claude Monet, familier de cette maison. Parmi eux, j’ai été particulièrement frappée par le travail de Charlotte de Maupeou, jeune peintre formée aux Beaux-Arts et ancienne assistante de Castelbajac, dont les immenses paysages de prairies et de champs déploient des lumières et des couleurs extraordinaires. Sa manière de peindre au sol, dans sa ferme, par grands aplats, produit une émotion difficile à décrire et que la revue Connaissance des Arts a d’ailleurs également saluée. Voilà un ensemble rare où se rejoignent peinture, nature et beauté d’un lieu."

Comment naquit la guerre de 14

Jean-Louis Bourlanges

"Ces temps-ci, je suis plongé dans des travaux ayant trait à l’entre-deux-guerres et à la guerre froide, et cela m’a conduit vers un ouvrage d’histoire que je n’avais jamais lu, Comment naquit la guerre de 1914 d’Alfred Fabre-Luce, préfacé par Georges-Henri Soutou. Ce livre m’a beaucoup intéressé parce qu’il prend résolument le contre-pied d’une certaine tradition historiographique française en réexaminant les responsabilités du déclenchement de la guerre et en soulignant, avec un relativisme stimulant, le rôle central de la Russie — et, à mes yeux, celui de l’Allemagne — là où la thèse contemporaine des « somnambules » tend davantage à diluer les responsabilités. L’ouvrage devient encore plus passionnant lorsqu’il aborde l’après-guerre et livre une critique sévère de la politique française d’occupation de la Ruhr, montrant comment la France n’a pas su transformer intelligemment sa victoire ni saisir les ouvertures apparues avec Stresemann. Fabre-Luce me paraît se tromper lorsqu’il voit dans Munich une ultime victoire de la sécurité collective, et sans doute sous-estime-t-il aussi le poids décisif de l’état-major prussien, mais précisément ces erreurs et ces partis pris rendent sa lecture féconde. Au fond, ce livre invite à réfléchir à une question qui demeure actuelle : il n’y a pas d’ordre européen durable sans communauté de valeurs démocratiques, et c’est peut-être là la leçon historique la plus importante."