La Chine et ses vérités / Le déconfinement et ses hypothèses / n°136

La Chine et ses vérités

Introduction

Philippe Meyer (PM) :
Selon les chiffres officiels, le Covid-19 a fait 2.567 morts en Chine, dans la capitale de la province de Hubei, épicentre de l’épidémie, soit cinq fois moins qu’en Italie. Un bilan jugé bien en dessous de la réalité selon Radio Free Asia (RFA), qui avance le chiffre de 42 000 morts en se fondant sur des estimations du nombre d’urnes délivrées par les sept crématoriums de la ville. Cette polémique est une bombe à retardement pour le régime, à l’heure où il vante à sa population, et aux chancelleries du monde entier sa gestion « efficace » de l’épidémie, avec la bénédiction de l’Organisation Mondiale de la Santé. Le décalage entre les chiffres officiels chinois, et le nombre de morts en Europe, notamment en Italie interroge jusque chez les dirigeants occidentaux. Craignant une nouvelle vague d’épidémie, la Chine a annoncé coup sur coup le 26 mars, deux mesures spectaculaires pour bloquer le nombre de cas importés : la forte réduction des vols internationaux dès le 29 mars, et la fermeture « provisoire » de ses frontières aux ressortissants étrangers le 28 mars à minuit.
De Milan à Téhéran, en passant par l'Afrique, les bataillons de blouses blanches chinoises volent au secours des populations menacées par le Covid-19. Quelques semaines après l'explosion de l'épidémie à Wuhan, au cœur de la Chine, la seconde économie mondiale rebondit sur le front sanitaire, devenant pourvoyeuse d'aide dans plus de 80 pays, à grand renfort de propagande. Trois cents personnels médicaux en Italie, un laboratoire de dépistage en Irak, un million de masques envoyés vers la France, ou des kits de tests en direction des Philippines. Sans compter 20 millions de dollars d'aide à l'OMS, et de nouveaux subsides en direction de l'Union africaine.
La France a passé commande de près de deux milliards de masques à la Chine, a indiqué le 7 avril le ministre de la Santé Olivier Véran. Des masques qui seront livrés par toute une série de vols d'ici la fin juin, a déclaré le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian. A l'Élysée, on tient à souligner la réciprocité qui a existé entre Européens et Chinois, pour rejeter toute idée de sauvetage du Vieux Continent par Pékin. On rappelle qu'à la fin janvier, le gouvernement chinois avait sollicité l'aide de la Commission européenne, qui avait envoyé 56 tonnes de matériel sanitaire, notamment des combinaisons de protection, du désinfectant et des masques chirurgicaux. Aucune publicité n'avait alors été faite sur ce sujet, pour ne pas embarrasser la Chine. La réciproque n'est guère vraie.
Le président chinois, Xi Jinping a évoqué, lors d'une conversation avec le président du Conseil italien, Giuseppe Conte, le 16 mars, un nouveau concept de son projet d'investissements baptisé les « routes de la soie », en lui adjoignant une épithète : les « routes de la soie de la santé ». Toutefois, au bout de la route de la santé, les Pays-Bas, l'Espagne, la Finlande ou la République tchèque ont mis en cause la qualité de certaines livraisons de matériel médical d'origine chinois.

Kontildondit ?

François Bujon de l’Estang (FBE) :
La Chine devrait être une étude de cas très précieuse pour nous. C’est le pays où le virus est apparu, ce qui a amené les Américains à qualifier ce dernier de « virus chinois », provoquant la colère de Pékin. Il faut pourtant bien reconnaître que toutes les dernières grandes épidémies sont venues de Chines, comme le SRAS ou le H1N1 avant l’actuel Covid-19.
Cette crise chinoise devrait donc nous en apprendre beaucoup sur le coronavirus, or il semble qu’elle nous enseigne davantage de choses sur la Chine elle-même. Il est en effet difficile de réfléchir à propos de l’épidémie en Chine, faute de disposer d’informations fiables. Le pays a expulsé les journalistes étrangers (Américains en tête) et fermé ses frontières. A part internet, la seule source d’information dont nous disposons est la propagande du régime, le verrouillage de la communication est donc quasi total. Les chiffres officiels donnés par les autorités chinoises sont manifestement faux, les estimations quant au nombre de morts et de cas avoisinent respectivement les 40 000 et 400 000. Comme c’est toujours le cas dans une dictature, c’est le mensonge qui prévaut.
L’autre raison pour laquelle on ne peut pas tirer beaucoup d’enseignements en matière de lutte contre l’épidémie, est que les méthodes employées en Chine ne sont pas transposables dans nos démocraties. Une espèce de chape de plomb est tombée sur Wuhan, épicentre de l’épidémie, et plus largement sur toute la province du Húbei. Les voix dissidentes ont été étouffées, non seulement sur internet mais jusque dans le corps médical : on se souvient de cet ophtalmologue, le docteur Li Wenliang qui le premier avait alerté sur la gravité de l’épidémie, fut immédiatement sanctionné, et mourut peu après du Covid-19.
Le bilan pour la Chine est très mitigé. Le régime clame évidemment victoire, parle de « grande puissance responsable », de « guerre populaire contre le virus » avec le lyrisme soviético-maoïste qu’on lui connaît. Ce discours très nationaliste lui permet une offensive de soft power dont je parlerai plus loin. Mais sur le plan de la santé publique, le bilan est bien moins reluisant, et en termes économiques, il est franchement mauvais. La Chine a dû revoir ses prévisions de croissance pour 2020 à 2,5% (au lieu des 6,1% prévus avant la crise), et a occasionné des « victimes collatérales » comme l’OMS très largement décrédibilisée puisque son directeur, Tedros Adhanom Ghebreyesus, est un protégé évident du régime chinois, et a fait de l’OMS un véritable porte-parole (pour ne pas dire perroquet) de Pékin.
Cette crise sanitaire nous montre à quel point le Parti Communiste chinois, qui compte 90 millions de membres, a renforcé depuis Xi Jinping sa mainmise sur la société chinoise. La « guerre populaire contre le virus » a été menée par des moyens totalitaires évidents : mobilisation extrêmement forte, surveillance mutuelle (comités de quartiers du Parti) et répression impitoyable des voix dissidentes.
Pour ce qui est du soft power, la propagande est triomphaliste, elle insiste sur le modèle efficace qu’a développé la Chine, par rapport aux démocraties occidentales en grande difficulté. Une propagande qui se heurte sans cesse aux faits.

Nicole Gnesotto (NG) :
Après la bataille contre le virus (qui n’est pas terminée, loin de là), la Chine essaie de gagner la bataille de l’image. Et celle qu’elle offre aujourd’hui est très contrastée. Tout d’abord, la Chine apparaît à la fois comme un pays très moderne, à la pointe de l’efficacité, mettant en place un hôpital de 1000 places en trois jours et triomphant de l’épidémie en trois mois, mais aussi comme un pays arriéré, sous-développé, avec des marchés insalubres, incontrôlés, où l’on peut acheter et manger n’importe quel animal sauvage (la Chine est d’ailleurs le premier pays au monde pour le commerce des animaux sauvages, notamment des espèces protégées). Ensuite, nous avons le contraste évoqué par FBE : une dictature autoritaire et fermée d’un côté, dont la communication fausse a induit en erreur tous les calculs du reste du monde, et de l’autre un pays généreux, solidaire, et ouvert à la coopération internationale, prônant un nouveau multilatéralisme.
Pour les Chinois, l’objectif est désormais idéologique. Il s’agit de montrer la faiblesse des démocraties dans la gestion des crises, ainsi que l’irresponsabilité des USA, incapables d’aider leurs alliés et ne méritant plus la place de leader du monde.
Cette bataille idéologique peut-elle être gagnée ? Il semble que oui, car l’avenir de la mondialisation post-Covid sera favorable à davantage d’intervention étatique et moins de libéralisme, ce qui semble tout à fait convenir aux Chinois. Mais à l’inverse, la perception intérieure de la gestion de la crise est plus problématique. Les mensonges évidents du régime se paieront d’une façon ou d’une autre.
Sur le plan économique, on entend beaucoup que la Chine émergera de cette pandémie en grand vainqueur. Il est vrai que le pays a un certain nombre de quasi monopoles qui lui assurent une place de choix dans la mondialisation : les matières premières pour les médicaments, mais aussi celui des terres rares, productrices des métaux indispensables à nos ordinateurs ou smartphones. La Chine est aussi le premier exportateur du monde (13% à elle seule). Mais, si la Chine est indéniablement un acteur clef de la reprise économique mondiale, ses atouts pourraient bien se transformer en faiblesses : que devient une économie tournée vers l’exportation, si elle doit commercer avec des pays ruinés qui n’importent plus ? Les risques de pénuries sont réels, et ils s’accompagneront de risques politiques, puisque les critiques envers le pouvoir seront plus vives, et que pour y répondre, comme à son habitude, le régime se durcira.
Cette crise du coronavirus pose donc un risque double au régime de Pékin : sur son image (le pouvoir menteur), et sur son efficacité (car interdépendance signifie aussi vulnérabilité).

Nicolas Baverez (NB) :
C’est la deuxième très grande crise mondiale que nous connaissons en douze ans. En 2008, le paradoxe fut que l’économie américaine était sortie la grande gagnante du krach qu’elle avait provoqué. Pour cette crise-ci, la Chine sera-t-elle le pays qui sortira renforcé ?
Examinons les quatre terrains sur lesquels se déroulent aujourd’hui les affrontements internationaux.
Le premier d’entre eux est le terrain sanitaire. Le triomphe pour les Chinois fut de mettre fin au confinement à Wuhan les 7 et 8 avril. Mais, de même que la Chine a menti sur le nombre des victimes, elle ment également sur le nombre de cas restants, et on redoute une deuxième vague. Pour y faire face, le pays a déployé un Big Brother numérique sans précédent. Chaque Chinois se voit attribuer un code couleur. Si votre code est rouge, vous êtes confiné chez vous, et surveillé par géolocalisation. La terreur des Chinois aujourd’hui est de se voir attribuer ce code rouge. Or il suffit pour l’avoir d’être passé à proximité d’un malade dans un magasin ou un restaurant (là encore, la géolocalisation révèle tout ce qu’il y a à savoir).
Deuxième terrain : l’économie. En matière d’offre, aujourd’hui l’économie chinoise fonctionne à 90% de sa capacité. Mais le problème vient de la demande, et pour le moment les exportations sont à l’arrêt. Par ailleurs la demande intérieure ne fonctionne qu’à 50%, principalement par internet, parce que les gens ont peur de sortir et de se retrouver en code rouge. La réponse de moyen terme de Pékin est d’accélérer sa modernisation et sa digitalisation, afin d’en finir avec les archaïsmes évoqués plus haut par NG. Le développement d’Ali Baba est spectaculaire : tout vous est livré en 24h en Chine et en trois jours dans le monde.
Troisième terrain : la finance. Contrairement à 2008, la Chine ne veut pas réassurer le monde occidental. Tout l’argent est donc placé de manière à revenir à la Chine. Il n’y a pas de grand plan de relance, mais de l’argent distribué aux Chinois et à l’étranger par la Banque de Chine. Le pari de la Chine, c’est la « japonisation » de l’occident : population vieillissante, croissance faible et dettes si importantes qu’elles finiront par détruire les systèmes de l’intérieur.
Quatrième terrain : la géopolitique. C’est la première crise depuis 1945 où les Etats-Unis sont complètement hors-jeu, totalement dépassés, et où la Chine est omniprésente. Le régime de Pékin passe par trois canaux. La diplomatie sanitaire dans plus de 80 pays donne une bonne image et sert à diviser l’Occident, tout en rapportant beaucoup au passage (les masques et les tests sont vendus 10 fois leur prix par Pékin). Pour ce qui est des finances, cela passe par ces « nouvelles routes de la soie sanitaires », mais aussi par des opérations de la Banque de Chine, permettant de donner à des pays émergents d’énormes lignes de crédit en Yuans inconvertibles, obligeant les débiteurs à acheter des produits chinois, et enfin la prise en main d’institutions multilatérales, dont le cas le plus flagrant est celui de l’OMS.
Tout cela fonctionnera-t-il ? A court terme, il semble que oui, au-delà, c’est moins évident. Ces codes couleurs sont très mal acceptés de la population, et quand la crise sera passée, le monde va faire les comptes. En termes de pertes humaines, économiques, sociales, il est clair que la Chine sera fortement mise en question.

Marc-Olivier Padis (MOP) :
On est en effet surpris face à l’ampleur de l’offensive diplomatique chinoise, désormais rebaptisée « la diplomatie du masque ». Malgré son indéniable mauvaise gestion de cette épidémie, il y a tout de même deux points positifs : l’épidémie a été jugulée (semble-t-il) dans la province du Húbei, et il y a eu une coopération scientifique entre la communauté internationale et les chercheurs chinois. Ces derniers ont rapidement communiqué le génome du virus, permettant la fabrication de tests de détection. Mais cette coopération scientifique, pourtant prévue dans le cadre d’accords internationaux, a été faite sans l’accord du gouvernement. Les scientifiques chinois ont fait leur devoir, et ont été sanctionnés par leur gouvernement, qui craignait de perdre la face.
Ces bonnes nouvelles sont donc bien vite effacées par les archaïsmes du régime. Dans l’émergence de la maladie (trafic d’animaux sauvages) mais aussi dans la gestion, puisque la Chine n’a pas respecté le système de prévention comme elle était censée le faire sur le papier. Depuis 2002 et la crise du SRAS, un système de remontée des informations a été mis en place, pour accélérer les réactions, mais il se trouve que ces informations ont dû transiter par les pouvoirs locaux, or ces derniers n’ont pas osé transmettre de mauvaises nouvelles au pouvoir central, la Chine a donc perdu du temps et en a fait perdre au reste du monde, puisque les premiers cas datent apparemment du 17 novembre. L’OMS n’a été prévenue que le 31 décembre et les quarantaines n’ont commencé que le 23 janvier. Ce retard à l’allumage n’est pas pour rien dans l’ampleur mondiale de la catastrophe.
Il y a une politisation systématique de la moindre donnée émise : c’est la légitimité du parti unique qui est en jeu, par conséquent l’enjeu politique l’emporte toujours sur l’enjeu sanitaire. Quoi qu’en dise la propagande chinoise, il y a certes eu des erreurs ou des fautes dans la gestion occidentale, mais les fautifs rendront des comptes lors des prochaines élections. Ce n’est pas le cas dans la Chine de Xi Jinping, qui a recentralisé la gouvernance du pays, et a rétabli un pouvoir plus personnel que ses prédécesseurs.
Cette volonté de se présenter en sauveurs du monde étonne, alors que les autorités chinoises avaient demandé la plus grande discrétion aux Européens quand ceux-ci avaient apporté leur aide. Un terrain de rivalité médiatique va donc se développer en Afrique, où la Chine cherche à s’implanter depuis longtemps.
A propos de l’économie enfin, il est difficile de prévoir aujourd’hui les conséquences pour la puissance chinoise, mais il semble évident que les chaînes de sous-traitance au niveau international vont changer, et un ralentissement des échanges mondiaux ralentira mécaniquement l’économie chinoise, ce qui posera des problèmes au régime, comparable à un vélo : il doit avancer pour ne pas tomber.

Richard Werly (RW) :
Ce qui se passe aujourd’hui en Chine est en effet très grave, c’est en train de bouleverser non seulement la mondialisation, mais aussi le rapport qu’on a à la Chine dans tous les domaines, pas seulement en ce qui concerne l’économie. Mais également dans l’information ou dans la science.
Il y a deux batailles que la Chine a perdues, en tous cas pour le moment. La première est celle de sa réputation. Parmi les rumeurs dont nous sommes inondés ces temps-ci, il y en a deux, tenaces, que vous avez sans doute vues passer : celle de ce centre bactériologique à Wuhan qui aurait pris une part active à l’apparition de ce virus, et ces interrogations sur le fait que Shangaï, pas si lointaine de Wuhan, compte aussi peu de cas du virus. Ces rumeurs sont révélatrices de l’ampleur du discrédit de la Chine. Le pays est l’atelier du monde. A-t-on encore envie de confier la fabrication d’à peu près tout à des gens à qui on ne fait fondamentalement plus confiance ?
La deuxième bataille perdue est la bataille scientifique. Comme le disait MOP, les scientifiques de terrain chinois ont tout de suite joué la transparence, mais l’emprise du parti communiste est telle que plus personne dans la communauté internationale ne lit les publications scientifiques chinoises sans une méfiance a priori. Pour une puissance qui aspire à être numéro 1 de la mondialisation et à être un modèle pour de nombreux pays des routes de la soie, c’est un sacré problème.
Il y a ensuite deux batailles à venir, tout aussi décisives. La première est économique. Peut-on accepter que toutes nos industries occidentales sous-traient à la Chine et en soient par conséquent dépendantes ? Cela concerne le secteur privé, et les grands patrons vont avoir des choix à faire par rapport à l’opinion quant à leurs prochaines commandes. La seconde nous concerne tous, il s’agit de la connaissance que nous avons de la Chine. Il est temps que tous les instituts, les groupes de réflexion et autres qui travaillent sur la Chine (souvent avec des fonds publics) disent la vérité sur ce qui s’y passe. J’attends les rapports universitaires, les prises de parole à l’encontre des mensonges de Pékin, qu’on se rebelle contre cette omertà qui, il faut bien le dire, résulte largement de l’influence économique de la Chine et peut-être de rémunérations qu’un certain nombre d’experts tirent d’officines chinoises.

Le déconfinement et ses hypothèses

Introduction

Philippe Meyer :
La stabilisation de l'épidémie de Covid-19 en Norvège, Autriche, Slovénie, Danemark, Grèce, Portugal et Suisse pousse leurs gouvernements à envisager de sortir par étapes du confinement, parfois dès la semaine prochaine.
L'Autriche est le premier pays de l'Union européenne à avoir annoncé, le 6 avril, un calendrier de sortie du confinement : les petits commerces, notamment bricolage et jardinage, ont réouvert le 7 avril, tous les autres magasins ouvriront début mai. Mais le télétravail demeurera la norme jusqu'à fin avril. Les établissements scolaires ne devraient pas rouvrir avant le 15 mai. Le masque, obligatoire depuis le 6 avril dans les supermarchés, le sera aussi dans les transports.
L’Italie envisagerait un déconfinement à partir du 3 mai.
La Norvège va rouvrir crèches et écoles le 20 avril et les lycées le 27. Le télétravail reste toutefois recommandé. Le port du masque y est peu pratiqué, comme au Danemark, où crèches et écoles vont rouvrir à partir du 15 avril. Les collégiens et lycéens patienteront jusqu'au 10 mai. Les rassemblements de plus de 10 personnes demeurent interdits et aucune date n'a été communiquée pour la réouverture des bars, restaurants, salons de coiffures, centres commerciaux et discothèques.
Le gouvernement slovène a annoncé qu'il comptait assouplir graduellement les restrictions à partir du 14 avril.
La Suisse a indiqué qu'elle présenterait le 16 avril un plan de « premiers assouplissements », qui entrerait en vigueur avant la fin du mois. Le Portugal et la Grèce envisagent un « retour à la normale en mai », sans autres précisions.
Aucun de ces pays ne compte autoriser prochainement les grands rassemblements et manifestations sportives, cultuelles et culturelles, dont il est avéré qu'elles ont joué un rôle énorme dans la pandémie en Europe mi-février. Ce sera au plus tôt en juillet ou août. Ils n'ont pas non plus annoncé à terme de réouverture des frontières, ou de suspension des mesures de quarantaine lors de l'entrée sur leur territoire.
En France, le Premier ministre, Edouard Philippe a déclaré à l'occasion de la séance des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale le 7 avril : « aujourd'hui, c'est l'heure du confinement, et l'heure du confinement va durer » Interrogé sur les conditions du déconfinement, Edouard Philippe a jugé « très largement prématurée » toute question sur ce sujet, alors qu'il avait lui-même évoqué cette perspective, six jours plus tôt, devant la commission d'information des députés, estimant alors : « probable que nous ne nous acheminions pas vers un déconfinement général et absolu, en une fois et pour tout le monde », mais évoquant « un déconfinement qui serait régionalisé » et « sujet à une politique de tests, en fonction, qui sait, de classes d’âge ». Demain, lundi 13 avril, le président de la République, Emmanuel Macron s’exprimera sur ce sujet.

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Kontildondit ?

Richard Werly :
On pourrait dire que le déconfinement à la française va rencontrer les problèmes du confinement à la française. L’un et l’autre sont absolument liés. En Suisse, le gouvernement a exigé peu pour obtenir beaucoup. Comptant sur le civisme de la population, le gouvernement helvétique a continué d’autoriser une certaine mobilité et des petits regroupements. Quelque chose de plus doux en somme, à quoi il sera sans doute plus facile de mettre fin. En France, quatre défis vont se présenter, liés au fait que le pays est quadrillé par les forces de l’ordre depuis le 16 mars.
Le premier défi sera celui de l’organisation. C’est Edouard Philippe qui sera aux commandes, avec à ses côtés M. Castex. Avec toutes les difficultés et jalousies qu’un déconfinement progressif entraînera.
Le deuxième défi est celui de la confiance dans l’autorité publique. Il va de pair avec la disponibilité des matériels nécessaires, notamment les masques et les tests. Peut-on aujourd’hui, dans un pays aussi turbulent (voire divisé) que la France, prendre le risque de déconfiner alors que la distribution des masques ne sera pas généralisée et que la suspicion pourra s’instaurer n’importe où ?
Troisième défi : l’économie. Certaines entreprises doivent impérativement redémarrer, sans quoi elles s’arrêteront. Je pense au bâtiment, aux artisans, qu’on ne pourra pas maintenir confinés sous peine de signer leur arrêt de mort économique. Le secteur de l’hospitalité (restauration, hôtellerie, etc.) sera lui aussi très problématique.
Le dernier défi sera psychologique. On a vu ce chiffre de 6,5 millions de chômeurs (en comptant les gens en chômage partiel). Comment fera-t-on pour concilier le retour au travail avec le déconfinement, surtout si toutes les structures qui accueillent les enfants rouvrent après la reprise du travail ?

Marc-Olivier Padis :
On ne devrait pas parler de « déconfinement » mais de « phase 2 de lutte contre l’épidémie », étant entendu que la phase 1 était cette stratégie improvisée pour « aplatir la courbe ». Il semble que cela se produise et que notre système de santé résiste à l’offensive. Cela signifie que nous allons passer à cette phase 2, et que celle-ci ne pourra commencer qu’à des conditions très strictes, précisées par le conseil scientifique cette semaine. D’abord, qu’il n’y ait plus de saturation des services de réanimation, ensuite que les stocks de matériels nécessaire soient présents, et enfin que les équipes de soignants bénéficient d’une période de récupération suffisante par rapport à l’effort inouï qu’elles ont fourni ces dernières semaines.
En quoi consistera cette phase 2 ? La stratégie normale de lutte contre une épidémie consiste à casser les chaînes de transmission. Pour ce faire, il faut passer par trois étapes : 1) identifier les malades (ce qui nécessite des kits de test), 2) remonter la chaîne de leurs relations pour repérer les personnes potentiellement infectées, ce qui est difficile dans le cas du Covid-19 puisqu’il faut remonter à au moins 20 jours (le temps d’incubation du virus) et 3) convaincre les contacts identifiés de s’isoler.
Chacune de ces trois étapes peut s’accompagner de contraintes quant aux libertés individuelles. Par exemple, quand on identifie une personne contaminée, on mène un interrogatoire médical pour connaître la chaîne des contacts, et cet interrogatoire peut être obligatoire (c’est à dire que le refus de s’y souscrire peut être passible d’une sanction). De même pour la quarantaine. En Corée du Sud par exemple, une violation de quarantaine est passible d’une amende pouvant aller jusqu’à 2500 dollars.
Nous sommes en train de partir dans un débat sur les applications numériques qui me semble mal posé : « une application numérique contrevient-elle à mes libertés individuelles ? » Cette question de l’outil numérique me paraît secondaire par rapport aux choix en matière de santé publique : à quel point la politique sanitaire lors de ces trois étapes sera-t-elle contraignante ?
Dans cette crise, nous sommes face à un nombre de personnes concernées qui fait qu’on ne peut pas se contenter des outils habituels (à savoir des médecins passant des coups de fil aux personnes potentiellement contaminées). C’est pour cela que le numérique pourrait être utile. On pousse tout de suite de hauts cris en comparant cette idée à ce qui est fait en Chine, mais on a tort. En Chine, le système est corrélé à une notation sociale extrêmement intrusive. Le projet gouvernemental ne comporte rien de tel.

Nicole Gnesotto :
J’aimerais réfléchir à la question d’une éventuelle stratégie européenne de déconfinement. Pour ce qui est de la prévention et de la gestion de la crise, nous avons jusqu’ici eu une cacophonie de la part de l’Europe, peut-on faire mieux pour la suite ?
Pour le moment, chaque pays a ses annonces et ses mesures propres. Mais je pense que tous sont unis devant un même paradoxe : le déconfinement est d’autant plus difficile que le confinement a été un succès. Le confinement a pour objectif de freiner la propagation du virus. Le déconfinement lui, ne sera réussi que lorsqu’on atteindra l’immunité collective, ce qui suppose que plus de 50% de la population ait été infectée. Le confinement, en freinant l’infection, retarde aussi l’immunité tant désirée. La marge de manœuvre des Etats est donc très étroite.
Au niveau européen, les inégalités sont très grandes entre les différents pays. Certains pays ont été touchés plus tôt que d’autres (l’Italie, l’Espagne, la France), certains plus fort que d’autres (l’Espagne par rapport au Portugal), et certains sont bien mieux dotés que d’autres pour ce qui est des fournitures médicales. Ces inégalités rendent impossible un calendrier commun de sortie de crise, les pays qui sont prêts ne peuvent pas attendre les autres. Prenons l’exemple de l’Italie, où chaque jour de confinement coûte 0,1% du PIB du pays. Il est tout à fait normal dans ces conditions de déconfiner dès que possible, sans attendre ceux qui ne le peuvent pas encore. Le déconfinement de la zone euro sera onc un processus long et instable. Il y aura des mesures d’exception qui vont durer : le rétablissement des frontières intérieures par exemple. Vu les diversités de situations en Europe, la fin totale du confinement est estimée par certains à 2022, c’est dire.
Ensuite, sur le plan économique, si certains pays, comme le Danemark ou l’Autriche, redémarrent avant d’autres, des distorsions de concurrence vont se créer au sein de la zone euro.
Autrement dit, entre les calendriers non communs et les distorsions de concurrence, c’est à un gigantesque bazar que la Commission va devoir faire face.

François Bujon de l’Estang :
Je suis mal à l’aise pour m’exprimer sur ce sujet, parce que je trouve que si l’épidémie est un sujet passablement anxiogène, le débat sur le déconfinement l’est encore davantage. En réalité personne ne sait de quoi l’on parle exactement. Quelles méthodes seront utilisées, quels calendriers seront suivis, etc. Personne ne maîtrise ces sujets, ni les autorités, ni même le corps médical.
Il y a plusieurs tactiques de déconfinement, le stop and go, le localisé, le ciblé, le déconfinement par classes d’âge, le dépistage à grande échelle, le traçage numérique, etc. Mais toutes ces options sont encore largement des conjectures. Et l’anxiété de cette incertitude est encore amplifiée par la très forte pression qui pèse sur nos dirigeants. Cette pression vient de tout le monde, elle découle évidemment de l’impatience à retrouver une vie normale. A ceci s’ajoutent les relâchements facilement explicables étant données les conditions de confinement parfois très difficiles et le retour des beaux jours. Et bien sûr tout le monde est à l’affut pour faire tous les procès possibles à tous les gens possibles, une grande spécialité française. Le gouvernement est particulièrement critiqué, et la confiance est clairement ébranlée, étant donné la mauvaise gestion de cette crise, avec les manques de matériels.
Autre source d’anxiété : nous avons très peu de cas étrangers pour nous guider. Nous venons d’examiner les raisons pour lesquelles le cas de la Chine n’est pas vraiment transposable ni même probant pour nous, mais on a vu d’autres pays d’Asie qui avaient bien réagi aux débuts de l’épidémie, être confrontés à une deuxième vague d’infection dès qu’ils commencent à déconfiner. C’est le cas de Singapour, qui a dû re-confiner après avoir commencé à déconfiner.
Pour ce qui est des Européens, comme NG l’a détaillé, il y a fort à parier que chaque pays n’en fera qu’à sa tête. L’Autriche, le Danemark, la Suisse, la Grèce vont déconfiner avant nous, ce sont tous des pays plus petits, moins peuplés et moins touchés que nous ne le sommes. Nous observerons très attentivement leurs résultats, mais une chose est sûre : il y a un contre-modèle très clair, celui de l’entrée dans le confinement, qui fut marqué par un très grand désordre partout, notamment en Europe. Il n’y a eu ni concertation ni coordination entre les Etats (et très peu de coopération), on ne peut pas blâmer l’UE puisque la Santé ne relève pas de ses responsabilités. Quand on voit toutes les défaillances qui ont marqué l’entrée dans le confinement, on ne peut qu’être inquiet quant à sa sortie.

Nicolas Baverez :
Même si beaucoup d’inconnues subsistent, il faut absolument parler du déconfinement. D’abord parce qu’il est urgent d’un point de vue économique. La France a déjà perdu 10% de son PIB, le déficit public va dépasser les 10% du PIB, et la dette sera entre 110 et 115% du PIB. Mais ce n’est pas tout, il est aussi urgent d’y mettre fin pour des raisons sanitaires, car bon nombre de maladies ne sont plus soignées comme elles le devraient étant donnée la place que prend le virus dans notre système de santé. Le bilan sur les autres pathologies sera lui aussi très lourd. Enfin, il y a des atteintes à l’Etat de droit qui deviennent insupportables. L’arrêt complet de la Justice, la prolongation de détentions provisoires sans qu’un juge n’ait son mot à dire, il est urgent de mettre fin à tout cela.
Mais il faut évidemment éviter tout retour en arrière, or trois problèmes se posent. La population n’est pas immunisée, précisément parce que le confinement a ralenti l’infection, et nous n’avons ni vaccin ni traitement.
Nous avons cependant deux certitudes : le déconfinement ne pourra être que progressif et localisé, ciblé. Nous savons aussi qu’il faudra des masques pour tout le monde, ainsi que des tests. Il faudra également tracer et isoler les gens contagieux, il faudra enfin disposer des ressources hospitalières suffisantes.
La deuxième condition sur laquelle nous ne réfléchissons pas assez, c’est l’organisation du travail nouvelle qui sera nécessaire pour ce déconfinement. Le secteur privé a commencé à le faire, mais force est de constater qu’il ne se passe pas grand chose du côté des administrations.
Il faudra aussi travailler à moyen terme sur quatre problèmes de fond. D’abord, cette crise a révélé d’énormes défaillances de l’Etat pour ce que est de gérer des chocs. La compétition entre les services de l’Etat pour acheter des masques révèle un degré de désordre inouï.
Ensuite, nous n’avons plus d’industrie biomédicale, or nous avons vu qu’on ne saurait s’en passer.
Troisième problème : un retard technologique béant face à des pays comme la Corée du Sud, Taïwan ou Singapour.
Enfin, la question de l’Europe, où il est désormais acquis qu’il n’y aura pas de stratégie commune. L’Europe a raté la crise sanitaire, on peut espérer qu’elle fasse mieux pour la prévention d’une prochaine épidémie, mais il y a un domaine où elle peut agir maintenant, c’est celui de la reprise économique. C’est ce qu’il faut lui demander en priorité. Soyons réalistes : on ne refondera pas l’Europe dans cette période de crise extrême, il faut déjà utiliser tout ce qui existe le mieux possible.

Les brèves

Parlement

Philippe Meyer

"L’Europe n’est pas à proprement parler un sujet qui puisse faire sourire, et c’est bien la raison pour laquelle je recommande une série d’une dizaine d’épisodes de 28 minutes « Parlement », diffusée par France télévision et accessible en tout temps sur sa plate-forme de rediffusion. Bismarck disait «  la politique c’est comme les saucisses il vaut mieux ne pas voir comment c’est fait ». Il s’agit ici, à travers les yeux d’un jeune, inexpérimenté et naïf assistant parlementaire qui s’efforce de faire aboutir un amendement sur la protection des requins, de comprendre comment sont faites les saucisses de Bruxelles et de Strasbourg ou plutôt à Bruxelles et à Strasbourg. Excellent scénario, cornaqué par Noé Debré avec, entre autres, Maxime Calligaro, (eurocrate averti, dont j’avais signalé le livre « Les Compromis ») parfaite distribution internationale : « Parlement » est une satire initiatique sur un sujet inattendu voire inespéré : l’Union Européenne."

Retronews

Richard Werly

"C'est une excursion historique que je voudrais vous proposer en brève à travers le site Retronews de la Bibliothèque Nationale de France. Il est en accès libre et permet de feuilleter tous les journaux français et francophones du début du 19ème siècle aux années 1950. C'est juste passionnant. Tapez par exemple Chine et vous tomberez d'emblée sur un article du Petit Parisien du 2 juin 1900. Avec cette phrase de conclusion: « On ne parait point disposé en Europe à laisser faire plus longtemps le gouvernement de Pékin dont on n’est plus à compter les duplicités qui menacent la sécurité des étrangers et mettent leur vie en péril». Une fois encore, lisons la presse pour comprendre le monde et cette histoire qui n'en finit pas de se répéter."

Monsieur Deligny, vagabond efficace

Marc-Olivier Padis

"Je voudrais vous recommander un documentaire qui aurait dû sortir en salle juste avant le confinement, et qui est visible en ligne sur le site dont vous avez le lien. Fernand Deligny était un éducateur, qui s’est consacré à partir des années 1960 aux enfants en difficulté, et a notamment refusé l’internement pour les enfants autistes. Il a été en contact avec François Truffaut après les Quatre Cents Coups, et avait développé plusieurs projets de films avec les enfants dont il s’occupait. C’est ce que raconte ce documentaire, comment la caméra pouvait permettre à ces enfants de contacter autre chose du réel. "

Chanson bretonne

Nicole Gnesotto

"Je me dois de vous recommander ce livre magnifique de J-M-G Le Clézio, paru en février dernier. Ce n’est pas une chanson, ce n’est pas une nouvelle, c’est un court texte, un hymne à la Bretagne de son enfance, celle des années 1950, plutôt isolée, pauvre, paysanne et belle à en couper le souffle. Le Clézio signe un texte émerveillé, lyrique et sobre à la fois, qui en ces temps de confinement permet de voir la mer, ou comme il le dit lui-même, de « manger la mer ». "

Une brève éternité

François Bujon de L’Estang

"Je voudrais partager avec nos auditeurs l’intérêt et le plaisir que j’ai eus à lire le dernier essai de Pascal Bruckner, "Une Brève Eternité », paru chez Grasset en décembre 2019, dont j’ai trouvé dans l’ensemble la lecture intéressante et agréable, mais surtout ragaillardissante. Le livre porte le sous-titre « Philosophie de la Longévité », sous-titre fort approprié, car c’est bien cette philosophie que Pascal Bruckner y esquisse avec élégance, profondeur, et sérénité. «  Une Brève Eternité » est en effet une réflexion sur la vieillesse et la mort, mais sur une vieillesse retardée et une mort, pour toujours inévitable qu’elle soit, désormais différée. La réflexion de Bruckner est centrée sur le sursis généreux que la démographie nous accorde. Notre espérance de vie, constate-t-il, a gagné 15 ou 20 ans par rapport à celle des générations antérieures, celles de nos pères et grand-pères. Une vingtaine d’années de plus nous est octroyée, qui se situe entre la maturité et la vraie vieillesse, et que l’auteur appelle, d’une jolie formule, « l’été indien de la vie ». Un cadeau ambigu, dont il faut savoir user avec un mélange bien dosé de gourmandise et de sagesse, sans pour autant verser dans les travers qu’il peut engendrer chez certains - tels le « jeunisme », le refus caricatural de vieillir ou simplement d’assumer son âge, qui caractérise souvent nos contemporains : un ridicule que l’auteur dénonce avec un esprit non dénué d’une certaine vacherie assez bien tournée, qui donne au livre quelques-unes de ses pages les mieux venues."

Marchands d’art

Nicolas Baverez

"Au moment où les musées, les expositions et les galeries sont inaccessibles, l'art se réfugie dans les livres. Je recommande à tous les entretiens entre Daniel Wildenstein et Yves Stavridès publiés par Lexio sous le titre Marchands d'art. Ils retracent la saga de la plus puissante et de la plus influente famille de marchands d'art au XIXème et XXème siècle, qui croise l'histoire de la politique et de l'économie. Parmi bien d'autres récits étonnants, celui qui concerne Clémenceau, le Tigre et père de la Victoire de 1918. Clémenceau, contrairement à nombre de ses pairs, n'avait pas fait fortune en politique et sa seule possession de valeur était un tableau de Poussin. Ayant besoin d'argent, il décida de s'en séparer et en confia la vente à Nathan Wilderstein. Un riche Américain l'acheta à un prix élevé sans donner son nom. Puis à la question "Où faut-il vous le faire porter ?", il répondit "Renvoyez-le d'où il vient : chez Monsieur Georges Clémenceau"."