Raison et dérision

Brève proposée par Béatrice Giblin dans l'émission Des généraux de division / Le Tchad perd son fort Déby / n°192 / 9 mai 2021, que vous pouvez écouter ici. ou ci-dessous.

Raison et dérision

Béatrice Giblin

"Dans la collection tracts de Gallimard, je vous recommande ce recueil des illustrations de Xavier Gorce, issues du site du journal Le Monde, ces pingouins qui sont en fait des manchots. Récemment, Le Monde a décidé de présenter ses excuses à la suite d’un dessin de Xavier Gorce au moment de la parution du livre de Camille Kouchner. Cette publication avait suscité des réactions au sein même de la rédaction du journal, qui estimait qu’on ne saurait offenser, à un moment si douloureux, tous les gens victimes d’inceste. Je pense que ces excuses du journal furent une grande erreur. Le dessin de presse est fait pour provoquer, pour faire rire mais aussi réfléchir. Nous devons apprendre à être choqués, et l’accepter. Par ailleurs, abandonner le dessin de presse comme l’a fait un journal américain est très grave, car accepter l’humour est un moyen d’alimenter son intelligence."


Les autres brèves de l'émission :

Books

Philippe Meyer

"Le bimestriel Books reparaît, alors qu’on le croyait perdu pour des raisons financières. Il a pour objectif d’éclairer tous les sujets d’intérêt général à travers les livres publiés dans le monde entier. Dans ce nouveau numéro, je vous recommande particulièrement un article qui m’a enchanté, John Perry, intitulé : « comment remettre la procarastination au lendemain ? » Il met en exergue une citation de Mignon MacLaughlin : « il y a tellement de choses qu’on voudrait avoir faites hier et si peu qu’on a envie de faire aujourd’hui. »"


Denis Mukwege

Jean-Louis Bourlanges

"Je voudrais vous faire part d’une expérience que j’ai vécue à la Commission des Affaires Étrangères de l’Assemblée Nationale. Nous avons reçu mercredi dernier le docteur Mukwege, prix Nobel de la paix 2018, le gynécologue connu comme le « réparateur des femmes » à Panzi, à l’Est du Congo, tout près de la frontière rwandaise. Il a organisé la prise en charge des femmes victimes de crimes sexuels, de viols notamment. Dans mon métier, on voit pas mal de crétins, de lâches, ou de gens un peu douteux. Il est rare de voir une personnalité aussi forte moralement, cohérente intellectuellement, et déterminée à faire le bien. J’ai été très impressionné. Son discours est assez simple : les viols ne sont absolument pas des « débordements », mais des actions organisées et systématiques, d’une efficacité redoutable dans la destruction des corps sociaux. Le docteur Mukwege a une approche systémique, reposant sur quatre piliers : le soin physique, le soin psychologique, les solutions économiques, et les solutions politiques et juridiques. Il insiste sur un point : si l’on ne punit pas ces crimes, on ne permet pas à ces peuples martyrisés de se reconstruire, et ils restent enfermés dans la honte. La punition est un élément essentiel de la reconquête de leur identité. C’est un message que l’Assemblée Nationale s’est engagée à relayer à l’ONU. "


Climat : comment éviter un désastre

Lionel Zinsou

"Je voudrais saisir l’opportunité que me donne le divorce de Melinda et Bill Gates, qui me préoccupe énormément, pour souligner le fait qu’en février dernier a été publiée en France la traduction du livre du milliardaire. C’est un ouvrage extrêmement clair et très éloquent, d’un homme qui voit dans la technologie énormément de réponses aux défis de la transition énergétique. C’est une lecture assez innovante et décalée par rapport à tout ce qu’on peut lire sur l’environnement, et qui me paraît indispensable. C’est un homme qui dans le domaine de la santé publique, a fait davantage à titre personnel que l’OMS pendant des années, en termes de ressources et de temps. C’est aussi une victime de choix des réseaux sociaux et des mouvements anti-vaccins. "


L’appel du cacatoès noir

Akram Belkaïd

"En ce qui me concerne, c’est un roman que je vous recommande, écrit par John Danalis. Il est basé sur une expérience réelle. En Australie, un homme blanc a dans sa maison un crâne aborigène. Arrivé à la quarantaine, ayant plus ou moins raté sa vie, il se met en tête, à la suite d’un concours de circonstances, de restituer le crâne à la tribu dont il est issu. Il s’agit donc d’une quête, et de la confrontation entre l’Australien moyen et cette « première nation » à laquelle il ne connaît rien."