Des guérillas au reflux de l’Occident.

Brève proposée par Nicolas Baverez dans l'émission Police, justice, insécurités / L’Afghanistan livré à lui-même / n°191 / 2 mai 2021, que vous pouvez écouter ici. ou ci-dessous.


Les autres brèves de l'émission :

Le Grand

Philippe Meyer

"Au début du siècle dernier Henri Cot, né en 1883 dans l’Aveyron au hameau du Cros de la commune de Mounès-Prohencoux et du canton de Belmont-sur-Rance atteignait au conseil de révision la taille de 2 mètres 12. Les médecins lui prédirent que sa croissance était loin d’être terminée. Lorsqu’il atteignit 2 mètres 60 et qu’il chaussa du 61, un entrepreneur de spectacles en fit sa vedette et l’emmena en tournée en France, d’abord, dans le vaste monde ensuite. Le succès fut considérable et lucratif. A Londres, en 1906, Henri Cot fit paraître cette annonce : « Séduisant, intelligent, français, 2 mètres 61, 176 kgs, larges moyens financiers recherche une femme d’intérieur avenante dans le but de se marier immédiatement. La demoiselle doit être disposée à faire le tour du monde ». Il reçut 301 réponses dont une faillit aboutir. Un nain de 60 centimètres baptisé Colibri devint son inséparable partenaire et compagnon. Peu à peu, la concurrence, d’abord confidentielle, devint rude et multiple… Daniel Carton, qui se distingua naguère par une critique sévère et documentée du journalisme politique en France avant de quitter ce métier a reconstitué l’histoire d’Henri Cot, une histoire dont il ne reste qu’une carte postale et une brochure de 5 pages publiée au Royaume-Uni. Il la fait raconter par un ami d’enfance imaginaire du géant dont le regard amical, émerveillé puis désolé observe l’hostilité provoquée par une différence aussi excentrique, la cupidité de ceux qui comprennent comment la changer en or, la naïveté peu à peu transmuée en vanité du héros.  Si on osait on dirait que la vie de ce géant est un raccourci d’humanité. Le livre est intitulé Le Grand. Il est publié chez Fayard."


Une bête entre les lignes

Lucile Schmid

"Je veux vous parler de ce livre d’Anne Simon que j’ai beaucoup aimé. L’auteur est une spécialiste de Proust. Mais parallèlement à cette carrière, elle a mené une quête insatiable sur la façon dont les animaux sont décrits dans nos œuvres littéraires, avec un programme appelé « animots ». Dans cet ouvrage qui vient d’être publié, la partie consacrée à Proust est incroyable. Contrairement à Colette, l’auteur de La Recherche n’aimait guère les animaux, mais dans son œuvre, les descriptions de protozoaires, de microbes, du Baron Charlus décrit comme un gros bourdon ... Si vous n’aimez pas tant que ça les animaux, il faut que vous lisiez Une bête entre les lignes."


De la laïcité en France

Matthias Fekl

"Je vous recommande deux livres. Le premier est signé de Patrick Weil. Les deux livres ont en réalité le même objet : l’éloge de la nuance, qui ne doit pas être confondue avec le « en même temps ». Dans la nuance, il y a à la fois la complexité et le refus des postures. Le courage de la nuance en fait son postulat général, tandis que De la laïcité en France le fait sur un thème majeur indispensable à notre avenir : la laïcité. Les deux ouvrages, avec beaucoup de finesse et de subtilité, démontrent brillamment que l’on peut être nuancé sans être dans la pensée molle, et que l’on peut aimer la complexité tout en étant intransigeant sur l’essentiel."




Guerres invisibles Nos prochains défis géopolitiques

Jean-Louis Bourlanges

"Je vous recommande le livre que vient de publier le directeur de l’IFRI Thomas Gomart. L’auteur analyse le renouvellement profond des conditions dans lesquelles se développe la politique étrangère. Pour un vieux Westphalien comme moi, c’est très éclairant. Il reste beaucoup de choses l’ancien monde, mais les enjeux sont profondément renouvelés. Les enjeux sociaux, avec l’avenir des inégalités, les enjeux naturels avec la question climatique, la révolution technologique et ses conséquences, la nouvelle course à l’espace. Tout cela est entièrement renouvelé, et les moyens de tout cela dépassent complètement ceux de la diplomatie et de la Défense, puisqu’ils s’agit des marchés financiers. L’Europe qui cherche à devenir quelque chose qui ressemble à une puissance, mais qui répugne à investir dans le domaine de la violence militaire, serait bien inspirée d’investir massivement dans cet entre-deux, qui n’est pas un « en même temps »."