Citation du Cavalier Marin

Brève proposée par Philippe Meyer dans l'émission La bataille pour la proportionnelle / L’effet Navalny / n°179 (7 février 2021), que vous pouvez écouter ici. ou ci-dessous.

Citation du Cavalier Marin

Philippe Meyer

"Je voudrais citer, pour faire écho à la situation actuelle (et peut-être bien plus ancienne) un texte de Gianbattista Marino, le Cavalier Marin, qui fut célèbre à travers l’Europe au début du XVIIème siècle. Voici comment il parle de la France en 1615 : « La France est toute pleine de contradictions et de disproportions, lesquelles cependant forment une discorde concordante, qui la perpétue. Des coutumes bizarres, des fureurs terribles, des mutations continuelles, des extrêmes sans demi-mesure, des tumultes, des querelles, des désaccords et des confusions : tout cela, en somme, devrait la détruire et, par miracle, la tient debout »."


Les autres brèves de l'émission :

Apocalypse cognitive

Jean-Louis Bourlanges

"Je voudrais vous parler d’un auteur que nous avons reçu ici, Gérald Bronner, qui vient de publier ce livre que vraiment, je crois très important. L’auteur nous dit que notre avenir dépend de notre capacité commune à préférer les bénéfices à long terme aux gratifications immédiates. Mais cela commence par le domaine cognitif, dans l’articulation de la production et de la transmission des connaissances. Selon Bronner, beaucoup de choses nous conduisent à privilégier ce qu’il appelle « les friandises cognitives », comme par exemple les jeux vidéo. C’est une sorte de cambriolage attentionnel dont nous sommes les victimes. Cette apocalypse cognitive tient à une situation décrite par les neuroscientifiques comme un déséquilibre entre le cortex préfrontal, siège des connaissances rationnelles et de leur quête à long terme, et le striatum, siège des gratifications immédiates. Le rôle de ce dérèglement cérébral est fondamental quand nous faisons des arbitrages erronés. La révolution numérique y contribue grandement."


Le chant du poulet sous vide

Lucile Schmid

"Je vous recommande la lecture d’un premier roman. Il est signé de Lucie Rico, et je parie que nous entendrons parler d’elle. L’histoire est très drôle, elle met en scène une végétarienne qui hérite d’une ferme d’élevage de poulets. Pour surmonter sa difficulté à exercer cette activité, elle va écrire la biographie de ces volailles. Et grâce au « marketing vert », elle va attirer l’attention d’une grande chaîne de distribution, et ainsi assurer un grand succès à ses biographies. Pour une fois qu’un roman à propos d’écologie est drôle, ne vous en privez pas, l’écriture est acérée."


Les murs blancs

Marc-Olivier Padis

"C’est une espèce d’essai documentaire que je vous recommande cette semaine. Il est signé de Léa et Hugo Domenach, les petits enfants de Jean-Marie Domenach, directeur emblématique de la revue Esprit dans les années 1960-70. Les auteurs ont mené pendant dix ans des entretiens avec diverses personnalités ayant connu cette maison de Châtenay-Malabry entourée d’un grand parc. On y croise d’ailleurs Philippe Meyer. Dans cette grande maison aux murs blancs, Emmanuel Mounier, le fondateur de la revue Esprit, avait souhaité mettre en pratique le personnalisme communautaire dont la revue se réclamait, en faisant vivre une petite communauté autour de lui, composée de différentes personnalités. C’est le récit très bien fait de cette communauté de vie, qui n’a pas très bien tourné, mais où toute une bande d’enfants ont vécu dans un lieu magnifique, à l’activité intellectuelle intense."


Le crépuscule des héritiers

Richard Werly

"Je reviens sur la crise sanitaire et sociale actuelle, car j’ai travaillé cette semaine sur l’accroissement des inégalités durant la pandémie, et je suis tombé sur ce livre récent de Denys Brunel qui nous apporte une contribution très intéressante sur l’état réel de la société française. L’auteur y plonge dans les grandes entreprises et nous raconte comment en réalité les dynasties s’y transmettent encore le pouvoir. Tocqueville disait que « la France est une nation assoiffée d’égalité ». A la lecture de ce livre, on comprend mieux pourquoi. "