L'énigme des gilets jaunes (#63)

L'énigme des gilets jaunes

Les manifestations diverses engagées hier dans 2 000 points de rassemblement différents couvrant l’ensemble du pays ont finalement rassemblé plus de 280 000 « gilets jaunes » selon les chiffres communiqués le soir même par le ministère de l’Intérieur. Les manifestations ont en outre été émaillées de plusieurs débordements qui ont blessé plus de 200 personnes et ont provoqué la mort d’une manifestante dans le département de la Savoie. Cette mobilisation est intervenue malgré la tentative du Premier ministre d’éteindre les contestations par l’annonce mercredi d’un plan de soutien aux automobilistes de 500 millions d’euros. Lors de cet entretien radiophonique, Édouard Philippe a précisé les contours de ce plan qui prévoit notamment la création d’une prime additionnelle à la conversion pour les salariés vivant à plus de 30 kilomètres de leur lieu de travail ainsi qu’une revalorisation du chèque énergie dès l’année 2019. Malgré ces mesures d’aide, le Président de la République a réaffirmé lors de son allocution de mercredi qu’il « assumait » les mesures de fiscalité écologique prise par son gouvernement ce qui pose la question des répercussions sociales à long-terme de cette stratégie. En outre, la manifestation de cette semaine a illustré l’émergence de nouvelles formes de mobilisation hors des partis et des syndicats traditionnels. En effet aucun syndicat n’avait appelé ouvertement a manifesté samedi et la CFDT était allé jusqu’à condamner fermement un mouvement qualifié de « manipulation » par son secrétaire général Laurent Berger. Sur le plan politique, le Rassemblement national a participé au mouvement tout en affirmant ne pas en être l’origine et La France insoumise a affirmé sa solidarité et son soutien à un mouvement de colère qu’il juge légitime. Enfin plusieurs membres du parti Les Républicains se sont joints aux cortèges de samedi après avoir affirmé au cours de la semaine ne pas souhaiter un blocage total du pays.

Les brèves

La Locandiera

Béatrice Giblin

"La Comédie français accueille un très beau spectacle avec la Locandiera de Goldoni. À cette période où les femmes ont encore à se battre, cette tenancière d’hôtel garni qui joue de sa séduction avec un comte nouveau riche et un aristocrate désargenté se trouve confronté à un chevalier qui la traite pour ce qu’elle est : un servante, ce qu’elle ne supporte pas. Elle décide de lui faire payer et cet homme qui refuse les femmes, elle va le séduire et se mettre elle en danger parce qu’elle est aussi séduite par ce cavalier qui veut la consommer le plus vite et ensuite s’en aller. Elle se trouve obligée de se sortir ce mauvais pas. C’est une situation du 18ème siècle que l’on peut regarder aujourd’hui avec beaucoup d’intérêt. "

Lobbytomie

Lucile Schmid

"Je vous recommande un livre document d’un journaliste qui s’appelle Stéphane Aurel dont le titre assez drôle est Lobbytomie. Ca commence en expliquant qu’être lobbytomisé c’est être lobotomisé par un lobby. C’est une enquête passionnante au cœur de l’Union européenne, je vous recommande particulièrement le chapitre 9 : docteur poumon et professeur diesel. Ca vous donne une idée de la manière dont c’est écrit et dont ça rend palpitant des sujets sérieux et parfois graves. "

Confiance, coopération et autonomie : pour une école du XXIème siècle

Marc-Olivier Padis

"Je recommande une note du Conseil d’analyse économique (CAE) écrite par Yann Algan, Élise Huillery et Corinne Prost sur l’école (Confiance, coopération et autonomie : pour une école du XXIème siècle). Le CAE est un organisme qui conseil le gouvernement sur les matières économiques, ils ont fait une note très originale que l’on peut trouver sur leur site qui parle de tous les aspects liant la performance scolaire des élèves à la confiance en soi et à la capacité de coopérer avec d’autres. On fait des comparaisons internationales sur le résultat des élèves en comparant les résultats élèves en maths, en français etc. Ce dont on oublie de parler c’est que les écarts les plus spectaculaires pour la France concernent tout ce qui dépend de la confiance en soi, l’autonomie, la capacité à l’auto-discipline et à surmonter des obstacles, résoudre les problèmes, avoir un sentiment d’estime de soi. C’est sur toutes ces questions que les élèves français, qui sont beaucoup plus stressés par l’école et qui ont le sentiment d’être beaucoup moins soutenus par l’institution que dans d’autres pays, sont en très grande difficulté. Je trouve que cette note raconte très bien cette difficulté dans laquelle nous sommes. "

Leurs enfants après eux

Philippe Meyer

"L’attribution du prix Goncourt au livre de Nicolas Mathieu Leurs enfants après eux montre qu’il y a eu d’une certaine façon une anticipation du mouvement social parce qu’après des années de mise en avant de livres consacrés à l’introspection la plus intime de leurs auteurs et de leur auteur-es, voilà un livre qui décrit dans la Lorraine la fin d’une civilisation ouvrière sûre d’elle-même extrêmement organisée. À travers quatre adolescents dont l’évolution est racontée dans ce livre, le livre raconte cette France qui a cessé d’appartenir à la communauté nationale ou qui lui appartient de moins en moins et je me demande si cette attribution du Goncourt à ce roman social n’est pas le signe que nous commençons à nous intéresser à nous-même plutôt que chacun à lui-même. "

Des animaux et des hommes

Jean-Louis Bourlanges

"Je recommande la lecture du livre collectif que notre ami Alain Finkielkraut vient de consacrer à Des animaux et des hommes. Cela fait très longtemps que je pense comme Finkielkraut notamment après la lecture de textes extrêmement magnifiques de Kundera. Je suis tout à fait sensible à la cause animale, à la souffrance animale, et en même temps à la contradiction profonde dans laquelle nous sommes vis-à-vis des animaux. Contradiction très bien résumée par Finkielkraut qui montre que nous sommes à la fois dans une relation de compassion de plus en plus forte (dont Mme de Fontenay avait montré qu’elle était un effet indirect de la déportation) et en même temps nous n’avons jamais appliqué avec une détermination aussi féroce le concept au combien contestable d’animaux machines de Descartes qui fait que au nom du fait que nous sommes « maitres et possesseurs de la nature » (ce qui se discute) on considère que les animaux sont des objets que l’on peut martyriser impunément, ce que l’on ne se prive pas de faire. Le grand avantage de l’analyse de Finkielkraut est qu’elle ouvre le débat sans nous enfermer dans un dogmatisme : dire que notre rapport aux animaux doit changer ne signifie pas que l’on doit se faire vegan car cela ne résout rien du tout d’idolâtrer simplement la vie animale sans organiser notre rapport, nous humains, avec la gent animale. "