C’est au pied du mur qu’on voit le Macron... (#32)

La SNCF

En début de semaine, les deux premiers articles de la réforme de la SNCF ont été votés à l’Assemblée Nationale malgré un mouvement social d'envergure et des débats houleux avec l’opposition de droite comme de gauche. Le premier article autorise le gouvernement à modifier le statut de la SNCF qui, d’établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) deviendrait “société nationale à capitaux publics”. Il met également fin au statut de cheminot.Le second article répond aux différentes directives européennes aux pays sur la libéralisation du secteur ferroviaire. Il habilite ainsi le gouvernement à légiférer par ordonnance sur l’ouverture à la concurrence. Cette réforme, marquée par le soutien d’une large majorité de français selon l’IFOP, repose en partie sur les conclusions du rapport Spinetta sur l’état de la compagnie ferroviaire française. Remis au gouvernement à la mi-février 2018, il dressait un constat particulièrement alarmiste de la situation insistant notamment sur le poids des 54 milliards d’euros de dette, sur l’émergence d’une forte concurrence émanant des nouvelles formes de mobilités à bas coût et recommandant la fermeture d’environ 9.000 km de ligne soit le tiers du total des lignes actuellement exploitées. Si cette dernière recommandation a été écartée par le gouvernement, le gouvernement n’a cessé d’affirmer sa détermination à « aller jusqu’au bout ». Les syndicats ont lancé un mouvement de grève sans précédent, le plus important depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, avec deux jours de débrayages tous les cinq jours et ce pour une durée de 3 mois renouvelable. Ils estiment que les salariés de la SNCF n’ont pas à payer pour une dette due en grande partie au développement du réseau TGV. Mais cette réforme n’est pas la seule source de conflit ces dernières semaines. Air France, Carrefour et les éboueurs de quelques grandes villes françaises ont aussi engagé de leur côté un bras de fer social dirigé contre des vagues de licenciement, des baisses de salaire ou la dégradation globale des conditions de travail. A travers la France, des journées « Justice morte » expriment l’hostilité à la prochaine réforme de la Justice. Une quinzaine de campus universitaires sont occupés pour des raisons qui vont d’une critique de la réforme Blanquer au soutien au Venezuela en passant par la solidarité avec les grévistes de la SNCF... A Notre Dame des Landes, enfin, l’évacuation des zadistes mobilise d’importantes forces de l’ordre.

L'interview du président face à Jean-Pierre Pernaud

Le jeudi 12 avril, Emmanuel Macron était l’invité du journal de 13h de TF1 de Jean-Pierre Pernaut. Le président s’est d’abord brièvement exprimé sur la situation actuelle en Syrie. Réaffirmant sa détermination à lutter contre le terrorisme tout en “assurant la stabilité de la région”. Il s’est aussi dit prêt à agir militairement en réaction à l’utilisation désormais avérée d’armes chimiques par les troupes de Bachar El-Assad sur ses propres civils. Emmanuel Macron a justifié le rythme soutenu des réformes pour “rattraper le retard accumulé ces 35 dernières années par la France” qu’il soit dans l’éducation nationale, l’économie ou le social avec comme slogan “Libérer, protéger et unir”. Il a légitimé la baisse de l’impôt sur les sociétés accompagné d’un investissement de 15 milliards d’euros dans la formation et l’apprentissage afin d’augmenter la flexibilité de l’emploi. A propos de la SNCF, le chef de l’Etat s’est dit déterminé à “construire le chemin de fer de demain” en allant “au bout car c’est ce que notre pays attend”, en écartant l’idée d’une privatisation complète certifiant que l’État reprendrait une partie voir la totalité de la dette de la SNCF. Sur la situation dans le secteur hospitalier, le chef de l’exécutif a reconnu de grandes difficultés affichant le projet de “réorganiser l’hôpital” en “mettant plus de moyen” à disposition des soignants notamment dans les EPHAD largement tributaires d’une société vieillissante. Il a justifié la hausse de la CSG d’1,7%, promesse de campagne et s’est exprimé sur la baisse prévue de la taxe d’habitation à hauteur de 20 milliards d’euro dans une volonté de “moderniser la fiscalité locale”. Cette diminution de “l’impôt le plus injuste qui soit” sera compensée par l’État, Il a ainsi récusé la fracture entre France des villes et des champs qu’on lui oppose souvent, préférant parler de “France périphérique”. Enfin, le chef de l’exécutif s’est longuement attardé sur le sujet du terrorisme indiquant qu’il est “un problème dans notre pays”. Il s’est dit prêt à fermer les mosquées qui prêchent des dogmes contraires à la République et à clarifier les règles de fonctionnement et de financement, notamment venant de l’étranger, des divers établissements religieux. S’il déclare vouloir être “intraitable” concernant le retour à l’ordre républicain, Emmanuel Macron a également annoncé, dans la foulée, la création d’un plan de reconquête de la République basé sur un vrai “retour des services publics” dans les territoires les plus sensibles...

Les brèves

Napoléon stratège

Jean-Louis Bourlanges

"Je voulais signaler une très belle exposition dans ce très bel endroit qu’est le musée des armées aux Invalides. Ils font une exposition Napoléon, stratège. C’est une exposition assez modeste mais intéressante avec des jeux interactifs où on peut jouer aux batailles. Enfin, il y a tout un ensemble de choses. Mais il y a deux caractéristiques qui m’intéressent, c’est d’abord de faire une exposition sur quelque chose d’aussi cérébral que la stratégie et deuxièmement on évoque clairement le stratège vaincu, il y a toute une partie de cette exposition qui s’appelle L’ombre de la défaite et qui explique l’ensemble des défaites de Napoléon. C’était un génie militaire, mais il faut bien voir qu’il a perdu quand même pas mal de guerre à commencer par la guerre d’Egypte. "

La France des Belhoumi de Stéphane Beaud

Philippe Frémeaux

"C’est le livre de Stéphane Beaud qui raconte l’histoire d’une famille immigrée dans la même période avec un travail d’historien à la fois très respectueux des gens alors qu’il en parle avec toute la vérité crue et toutes les difficultés auxquelles ils sont confrontés. Leur mode de vie aussi, l’intégration et l’ascension sociale que certains peuvent connaître dans la famille grâce à l’école. C’est un livre extrêmement intéressant puisqu’il y a une très profonde humanité, qui aborde tous les problèmes sans minimiser les difficultés qu’il peut y avoir de l’immigration ou de l’intégration en France. Il va très au-delà de ce qu’on entend souvent avec des polémiques d’actualité qui finalement rendent peu compte de ce qu’est le vécu des gens."

Revue Commentaire

Nicolas Baverez

"Dans le droit fil des anniversaires, remontons un peu le temps, allons en 1938. C’est l’année de la publication de la nausée par Jean-Paul Sartre et puis l’année de la thèse d’Aron sur l’introduction de la philosophie de l’Histoire. Quand on regarde la filiation de ces deux petits camarades à la quelle on a souvent résumé l’histoire intellectuelle française du 20ème siècle et bien regardons aujourd’hui en 2018, deux excellentes revues : Commentaire, la revue avec un numéro sur le sens de l’Histoire, ses directions et puis Est-Ouest au moment où on voit qu’une nouvelle Guerre Froide point. Et de l’autre côté Les Temps modernes avec une excellent numéro consacré au Venezuela qui est un pays extrêmement important et souvent très mal connu en France et c’est vraiment deux livraisons de revue remarquable. Deux revues qui sont naturellement complétée par Esprit."

L'évènement 68 d'Emmanuel Loyer

Lucile Schmid

"Je voulais proposer de lire un ouvrage qui s’appelle L’événement 68, c’est un recueil de texte réunis par Emmanuelle Loyer, qui est une historienne qui a beaucoup travaillé sur la culture, qui est paru chez Flammarion, reprise d’une précédente édition. Ce qui est très intéressant c’est qu’on évoque toujours mai 68 autour de la commémoration avec tous ces témoignages de personnalités qui ont vécu mai 68. On retrouve cette espèce de liesse comme ça 50 ans après et en même temps on a ceux qui sont anti-mai 68. En revenant au plus près du texte on s’aperçoit qu’il y avait à la fois cette espèce de culture orale mais il y a eu aussi beaucoup d’écrits qui ont été produits en mai 68 avec des tracts etc. D’ailleurs à la Revue Esprit, on a trouvé un texte de Dany Cohn-Bendit et trois autres comparses qui nous racontaient pourquoi il fallait des sociologues et qui, évidemment, critiquaient vertement Alain Touraine et Michel Roziers. C’est très intéressant car c’est un mélange entre une culture orale très militante et le passage à l’écrit"

Le Lambeau

Philippe Meyer

"Je voudrais ouvrir cette séquence des brèves en répétant ce que j’ai dit la semaine dernière. On dit souvent que lire c’est vivre la vie des autres ou du moins la vie que l’on a pas. Quand il s’agit des Mousquetaires on s’imagine vivre des aventures exaltantes et des exploits formidables dans un contexte d’amitié étonnant. Quand il s’agit de lire le livre de Philippe Lançon Le Lambeau, on est d’abord impressionné par sa capacité à faire de la littérature. C’est à dire ne pas faire du stylé ou des manières mais arriver à retransmettre quelque chose qui semble intransmissible, je rappel que Philippe Lançon était ce journaliste qui travaillait à Libération et Charlie Hebdo et qui se trouvait à Charlie au moment de l’attentat, c’est d’ailleurs un rescapé. Sur le fait d’être un rescapé il écrit des choses très fortes. Mais c’est un rescapé terrible, il a passé deux ans à suivre des opérations chirurgicales d’une difficulté étonnante. Ca n’est pas ça l’important puisqu’il suffirait de faire la liste de ses malheurs si on voulait attirer la sympathie. Il ne cherche pas à attirer la sympathie, c’est peut-être même pas le partage puisque je pense que c’est quelque chose qui n’est pas partageable. Mais peut-être une façon d’alléger le fardeau qu’il porte et pour ça il faut être un écrivain et Philippe Lançon l’est, son livre s’appelle le Lambeau et il est publié aux éditions Gallimard."