LE TOURISME À L’ÉPREUVE DE SA DÉMESURE
Introduction
ISSN 2608-984X
Philippe Meyer :
Près de 1,4 milliard de touristes internationaux voyagent chaque année à travers le monde, contre seulement 25 millions en 1950. À ces flux s’ajoutent près de 9 milliards de voyages domestiques. Le tourisme est ainsi devenu l’un des phénomènes majeurs de la mondialisation, représentant près de 10 % du PIB mondial et plusieurs centaines de millions d’emplois. Mais derrière cette croissance spectaculaire apparaissent de nouvelles fragilités : pression accrue sur les territoires, hausse des prix du logement, dépendance économique de certaines destinations, multiplication des déplacements longue distance et impact environnemental croissant.
Rémy Knafou, vous êtes géographe, professeur émérite à l’Université Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et ancien directeur de recherche au CNRS. Spécialiste reconnu des mobilités, du tourisme et de l’aménagement des territoires, vous avez consacré une grande partie de votre carrière à l’étude des transformations des espaces touristiques, depuis vos travaux pionniers sur les stations de sports d’hiver des Alpes françaises jusqu’à la création du Festival international de géographie de Saint-Dié-des-Vosges et de la revue scientifique Via. Vous venez de publier Hypertourisme : le tourisme à l’épreuve de sa démesure, dans lequel vous proposez une réflexion critique sur l’expansion continue du tourisme mondial et ses conséquences économiques, sociales et environnementales.
Face à ces défis, vous défendez l’idée d’un tourisme davantage régulé et plus attentif aux habitants, aux ressources des territoires et aux limites environnementales. Vous plaidez notamment pour un « tourisme réflexif », qui invite chacun à interroger ses pratiques de voyage, ainsi que pour des « territoires d’équilibre » capables de concilier attractivité touristique, qualité de vie locale et soutenabilité. À travers cet ouvrage, vous posez une question centrale qui dépasse le seul secteur du tourisme : comment continuer à voyager dans un monde confronté à ses limites écologiques, sociales et géopolitiques ?
Vous montrez que le tourisme contemporain repose sur une logique de croissance continue des flux, des mobilités et des expériences. Cette logique est-elle propre au tourisme ou reflète-t-elle un fonctionnement plus général de nos sociétés ?