#27 - Italie: Tout changer pour que rien de change & Allemagne: La grosse coalition fait du dégagisme

Italie: Tout changer pour que rien de change

Dimanche dernier, plus de 47 millions d’Italiens étaient appelés à désigner leurs représentants. Comme le résume un éditorialiste du quotidien national italien “La Stampa”: « Pour la première fois en Europe, les forces anti-système l'emportent » La coalition de centre-droit est arrivée en tête avec environ 37% des voix, et, de ses différentes composantes, c’est la Ligue (anciennement Ligue du nord) qui a recueilli le plus de suffrages, devançant Forza Italia de Silvio Berlusconi. Le leader de la Ligue, Matteo Salvini, a basé toute sa campagne sur un discours anti-euro et anti-immigration dans un pays où plus de 600 000 migrants ont été accueillis depuis 2013. Le leader de la Ligue a affirmé que son parti a « le droit et le devoir de gouverner dans les prochaines années ». Toutefois, la percée du Mouvement 5 étoiles, devenu le premier parti d’Italie avec 32,6% des voix, a conduit son chef de file, Luigi Di Maio, à formuler la même revendication. Or, aucun des deux partis n’a a atteint le seuil de 40% permettant de gouverner avec une courte majorité et si tout deux se sont dit ouverts au dialogue, ils se sont également montrés opposés à toute alliance ou “majorité étrange”. A gauche, le Parti Démocrate de Matteo Renzi a enregistré un des pires scores de son histoire avec seulement 18% des voix. L’ancien homme fort de l’Italie a alors démissionné de son poste de président du parti reconnaissant une défaite “claire et évidente”. C’est désormais au président de la République italien Sergio Mattarella de mener des consultations auprès des différents chefs politique en vue de former un gouvernement. Emmanuel Macron s’est dit rester prudent à ce stade attendant “les décisions du président de la République italienne” et expliquant cette victoire du populisme par “la pression migratoire pesant sur Rome” depuis quelques années. Angela Merkel, elle aussi politiquement fragilisée par la crise des migrants, a appelé à la formation rapide d’un gouvernement “pour le bien de l’Italie mais aussi de notre Europe commune”. Enfin, depuis Bruxelles, le porte-parole de la commission européenne a tenu à rassurer indiquant “nous avons confiance dans la capacité de l’Italie à former un gouvernement stable”...

Allemagne: La grosse coalition fait du dégagisme

Dimanche dernier, les 463 000 membres du Parti social-démocrate SPD étaient appelés aux urnes pour s’exprimer sur l’accord de coalition négocié en février entre leur parti et les conservateurs de la CDU-CSU. Ils ont approuvé à plus de 66% la formation d’une nouvelle « Grosse Koalition », la troisième du nom sous la direction d’Angela Merkel. Cette alliance difficile, au point de comporter une clause de sortie au bout de deux ans représente 53% des électeurs au sein du Bundestag avec 399 sièges. Le chef par intérim du SPD et prochain ministre des finances Olaf Scholz a qualifié ce vote « d’acte de raison » et de « renouvellement nécessaire » face aux mauvais résultats prédits à son parti dans les sondages en cas de nouvelles élections. Le parti le plus vieux d’Allemagne connaît depuis septembre une crise interne alimentée par les scores historiquement bas obtenus en septembre et par différentes querelles intestines, marquées par la campagne anti-coalition du leader des jeunes socialistes Kevin Kühnert. Si Angela Merkel, qui dirige l’Allemagne depuis 12 ans, a été reconduite pour un quatrième mandat, elle n’en a pas moins essuyé de nombreuses critiques internes, dénonçant un « style Merkel » fait de petits pas, de petits compromis et d’un centrisme « sans créativité ». La chancelière a répondu à ces attaques en choisissant, comme titulaires des ministères réservés à son parti. Des jeunes mais aussi des adversaires comme Jens Spahn, nouveau ministre de la Santé qui avait sévèrement critiqué sa politique d’accueil a des migrants. La coalition devra faire face aux 92 députés du parti d’extrême droite de l’Alternativ fur Deutschland farouchement opposés à la politique migratoire de la chancelière sortante et dont les scores records leur garantissent de nombreux droits au Bundestag. Dans l’accord de coalition de 177 pages, une place importante a été accordée à l’Europe. Le futur gouvernement entend répondre aux différentes propositions sur la réforme de la zone Euro d’Emmanuel Macron, qui a analysé les résultats de cette consultation comme « une bonne nouvelle pour l’Europe ».

Les brèves

La disparition de Josef Mengele

Marc-Olivier Padis

"Moi je vais revenir en arrière pour parler d’un livre dont on a déjà beaucoup parlé, que j’ai lu avec énormément d’intérêt, le livre d’Olivier Guez qui a obtenu le prix Renaudot La disparition du Docteur Mengele, publié aux éditions Grasset. Si vous n’avez pas eu l’occasion de le lire je vous le recommande vraiment parce que j’ai hésité à lire ce livre, je craignais quelque chose d’un peu malsain sur un personnage terrifiant et je trouve qu’Olivier Guez a trouvé la bonne distance par rapport au personnage, il ne nous plonge pas dans son intimité, c’est pris de l’extérieur. Plutôt que de faire une histoire ou une pseudo-psychologie d’un criminel, il raconte l’histoire de l’Argentine après la guerre, pourquoi les nazis ont été si facilement accueillis dans ce pays, pourquoi l’Allemagne a eu autant de mal à laisser remonter les questions de la mémoire et de l’exploration de ses souvenirs. C’est donc un texte vraiment très très réussi et je vous le recommande vivement.."

Critique: Corée, combien de divisions?

Lucile Schmid

"Je vais vous emmener très très loin puisque vous savez qu’une des dernières émissions était consacrée à la question des Corées, et je voulais recommander le numéro double de la revue Critique de janvier-février 2018, qui s’intitule La Corée : Combien de divisions. Critique c’est cette revue éditée aux éditions de Minuit créée par Georges Bataille. Et vous avez notamment dans ce numéro, des extraits d’une autobiographie d’un grand écrivain coréen Wang So Kiong. Ca montre que la Corée du Sud qui est aujourd’hui la onzième puissance économique mondiale, s’est structurée comme une puissance économique grâce à une dictature puissante. Ce que raconte Wang So Kyong dans Le prisonnier est absolument bouleversant et je pense que c’est une lecture très intéressante."