#23 - La gouvernance selon Emmanuel Macron

Le mode de gouvernement Macron

Introduction

"Je continuerai au même rythme et avec la même détermination. Je ne suis pas là pour gérer, je suis là pour transformer". Ainsi s’exprimait le président Emmanuel Macron en octobre dernier. Aujourd’hui, 8 mois après sa prise de fonction, il n’a rien abandonné de son projet de réforme en profondeur de la France et de ses institutions. Dès le 6 juin 2017, le Premier ministre, Édouard Philippe, dévoilait un “programme de travail” gouvernemental chargé de rénover le modèle social français. S’en sont suivies annonces et réformes : loi sur la moralisation de la vie politique interdisant, entre autres, aux parlementaires d’employer des membres de leur famille, loi sur la lutte contre le terrorisme étendant le pouvoir des préfets et des forces de l’ordre et ordonnances modifiant le code du travail en donnant la primauté aux accords d’entreprise. D’autres chantiers sont annoncés ou en cours : réforme de l’entrée à l’université, réforme de l’assurance chômage, l’introduction du droit à l’erreur et projet d’harmonisation des régimes de retraite dans le courant de l’année 2018. Le président a placé l’Union Européenne et sa “refondation” au cœur de son action politique. Profitant de sa victoire contre le populisme europhobe symbolisée par Marine Le Pen, il se présente désormais comme le nouvel homme fort d’une Union ébranlée par le Brexit et les percées électorales de l’extrême droite, et il réaffirme l’importance cruciale du couple franco-allemand. Sur la scène internationale, Emmanuel Macron s’est fait le chantre du multilatéralisme dans un contexte de crises marquées par les incertitudes liées au terrorisme comme par le retour du protectionnisme aux États-Unis. Le président français est devenu la figure de proue de l’Union européenne et de ce que l’on pourrait appeler les pays industrialisés non-alignés sr les États-Unis, notamment lors de ses voyages en Chine ou à Davos. Enfin, en recevant avec une mise en scène soignée Donald Trump, Vladimir Poutine ou de grands dirigeants de multinationales, Emmanuel Macron a démontré sa volonté de doper la diplomatie française... 53% des français jugent de manière négative sa politique économique et 33% considèrent ses réformes fiscales favorablement. Mais le président l’a annoncé, il se laisse 18 mois à deux ans pour dresser un premier bilan de son action…

Le rôle de l'Etat

Introduction

En visite en Corse ce jeudi 8 février, le chef de l’État a écarté la plupart des demandes des élus autonomistes et indépendantistes. Face aux deux représentants corses, Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni, qui réclamaient un “dialogue véritable”, Emmanuel Macron s’est montré ferme, refusant que les élus de l’île s’enferment dans “un face-à- face ruineux et stérile” avec l’État. Cette ligne politique d’une “République forte, unie et indivisible” avait déjà été évoqué lors des affrontements en Guyane d’octobre 2017. Le président avait alors annoncé que le “rôle de l’État” n’était pas de “céder à des pressions, quelles qu’elles soient, en particulier lorsqu’elles n’ont pas la légitimité démocratique”. Le chef de l'exécutif s’est affiché depuis son accession au pouvoir comme le garant d’un État fort et, de “nouveau acteur visionnaire et reconnu dans le concert mondial”. Réfutant la dichotomie dirigisme/libéralisme, Emmanuel Macron s’est placé dès sa campagne au-delà de la frontière droite-gauche privilégiant une lecture présidentialiste des institutions de la Ve République. Depuis son entrée en fonction, le président a bénéficié d’une opposition morcelée et divisée ainsi que d’une large majorité à l’Assemblée Nationale avec plus de 300 députés affiliés La République En Marche. A l’été 2017, pour poursuivre le rythme soutenu de ses réformes en gouvernant par ordonnances, le président a de fait circonscrit le débat parlementaire soulignant la supériorité accordée à l’exécutif sur le législatif. Les mouvements de protestation contre les réformes du code du travail, du baccalauréat ou celle, récente, de la fonction publique ont fortement échoué à rassembler. La révision institutionnelle et constitutionnelle annoncée irait dans le sens de cet exécutif renforcé. Ce texte viserait principalement à introduire une dose de proportionnelle, à réduire d’un tiers le nombre de parlementaires dans les deux chambres et à limiter à trois le nombre de mandats successifs des élus. Face aux menaces de blocage émanant du Sénat, le président a évoqué la possibilité d’un référendum. Enfin, le président entend transformer en profondeur le rôle de l’État à travers une réforme des services publics. Programme baptisé “Action Publique 2022”, il prévoit notamment le recours à davantage de contractuels dans la fonction publique, à des plans “de départs volontaires” et à de nombreuses propositions censées contribuer à maintenir le déficit en dessous de 3% du PIB.

Les brèves

La fonte des glaces

Lucile Schmid

"Je vais recommander deux livres mais très rapidement. Deux romans. D’abord parce que comme je travaille sur les questions écologiques, j’ai lu un roman formidable qui s’appelle ‘La fonte des glaces’ qui est paru chez l’éditeur POL qui raconte l’histoire loufoque d’un ancien charcutier à la retraite qui tombe amoureux d’un manchot empereur empaillé et qui du coup fait le tour du monde qui va dans l’Antarctique et dans l’Arctique et qui finit en espèce de trader d’eau issue de la fonte des glaces et je trouve que c’est une manière excellente de comprendre le réchauffement climatique en s’amusant, ça je pense que c’est un truc important.
La deuxième chose c’est le livre d’un auteur, d’un jeune auteur mais néanmoins pas si jeune par l’âge car on peut écrire à tout âge qui s’appelle Camille Guichart, un livre intitulé Pique-Nique et qui en fait revient sur l’année 62. Emmanuel Macron avait été ennuyé pendant sa campagne concernant l’Algérie. Qui revient sur cette année si fondamentale pour la France, De Gaulle termine la guerre d’Algérie. Elle raconte ça à partir des émois d’un adolescent dans une forêt."

La ruée vers l'Europe

Lionel Zinsou

"Je vais recommander un livre que je n’aime pas mais je pense qu’il est important de lire les points de vue qui s’expriment. Un livre de Stephen Smith qui est un journaliste américain de culture francophone, après avoir écrit un livre qui était très dépréciatif sur la situation de l’Afrique et qui accusait les amis de l’Afrique d’être ceux qui l’enterrait qui s’appelait ‘Negrologie’, il refait un livre qui s’appelle ‘Ruée vers l’Europe’ et qui est un peu l’expression quintessenciée de cette espèce de nouveau péril jaune, qui serait la ruée possible à cause de problèmes démographiques insurmontés de toute la misère de l’Afrique vers l’Europe demain. Une analyse démographique dont on sent qu’elle n’est pas faite par un démographe mais un homme qui connaît bien l’Afrique qui l’a beaucoup parcouru et qui donc est un maître des apparences sur l’Afrique. La ruée sur l’Europe pour le caractère sain du débat public voir peut-être ce qu’il y a de plus ignorant de l’Afrique de demain mais qui est en même temps une très très bonne quintessence des préjugés sur ce continent."

L'Islam, une religion française

Nicolas Baverez

"On a parlé de l’agenda 2018 très chargé alors il est d’autant plus chargé qu’il y a un autre dossier qui est celui de l’Islam qui devrait occuper les pouvoirs publics français. Et je voulais recommander un livre qui inspire largement ce qui devrait être fait et c’est le livre de Hakim El Karoui « L’Islam : une religion française » publié par Le Débat Gallimard. On y trouve trois choses donc d’abord une étude sur la communauté musulmane en France parce qu’on sait qu’il y a beaucoup de fantasmes qui sont véhiculés là-dessus donc sur le fait qu’elle compte à peu près 5 millions de membre et qu’elle est en fait extrêmement diverse. Egalement, une analyse sur les causes et les conséquences de la montée de l’islamisme et des propositions pour essayer de l’endiguer avec la création d’une fondation et la création d’un Islam de France et ce livre a l’intérêt aussi d’inspirer l’Elysée et plus particulièrement celui qui est à sa tête, Emmanuel Macron ‘Jupiter’"

La démocratie représentative est-elle en crise?

Jean-Louis Bourlanges

"Je voudrais recommander le livre que vient de publier le CEVIPOF, Sciences Po, sur ce qu’ils appellent le vote disruptif c’est à dire sur ces épisodes électoraux de l’année dernière, qui nous permet d’avoir un jugement extrêmement éclairé, nourri, documenté sur ces évènements colossaux qui ont abouti en moins de quelques semaines à une modification totale de notre système politique et à un renouvellement encore incertain mais tout à fait fondamental de notre vie démocratique et de l’exercice du pouvoir"

Jean-Claude Lattès

Philippe Meyer

"Jean-Claude Lattès était un grand éditeur, je veux dire par là que c’était d’abord quelqu’un qui avait le courage de créer. Il avait créé sa propre maison d’édition et avait eu le courage d’avoir du succès ce qui lui a été constamment reproché d’avoir publié des best-sellers. Chacun sait que les grands éditeurs, ceux qui sont des éditeurs historiques répugnent à l’idée de vendre leurs livres et sont absolument dégoutés dès qu’un livre dépasse les 300 exemplaires dans les librairies. Jean-Claude Lattès était aussi un éditeur exigent, d’abord parce qu’il ne publiait pas n’importe quelle littérature populaire et puis aussi parce que c’est ce qui l’avait fait connaître. Il avait publié nombre de livres érudits et savants et il était devenu lui-même un érudit et un savant en plus d’être un homme extrêmement simple, attentif et chaleureux. "