Le squelette de Big John

Brève proposée par Matthias Fekl dans l'émission Les Verts dans le grand bain ? / L’Allemagne en conciliabules / n°213 / 3 octobre 2021, que vous pouvez écouter ici. ou ci-dessous.

Le squelette de Big John

Matthias Fekl

"Je vous conseille d’aller rue des Archives à Paris, où la Galerie du Marais expose dans une boutique pop-up le squelette de Big John. Ce sont les os d’un tricératops géant que vous pourrez y voir, vieux de 66 millions d’années. C’est tout à fait spectaculaire. Il sera bientôt vendu aux enchères, dépêchez-vous donc d’aller le voir, il y sera jusqu’au 15 octobre. Pour les jeunes archéologues en herbe, ou les moins jeunes qui ont rêvé devant Jurassic Park ou Indiana Jones, c’est très émouvant, très beau, courez-y."


Les autres brèves de l'émission :

Authentique rapport sur la nécessaire disparition de Venise

Philippe Meyer

"« J’ai connu à Londres un Américain fort compétent, lequel m'a révélé qu'un bébé sain et bien nourri constitue à l'âge d'un an un plat délicieux, riche en calories et hygiénique, qu'il soit préparé à l'étouffée, à la broche, au four ou en pot-au-feu et j'ai tout lieu de croire qu'il fournit de même d'excellents fricassées et ragoûts. » Éclairé par cette information Jonathan Swift, pour résoudre le problème de la surnatalité et des famines endémiques en Irlande publia sa « Modeste proposition pour empêcher les enfants des pauvres d'être à la charge de leurs parents ou de leur pays et pour les rendre utiles au public. Celui qui, sous le pseudonyme de Casanuova publie aux Éditions Exils un « Authentique rapport sur la nécessaire disparition de Venise » est un disciple de Swift, mais un disciple qui soutient sa proposition avec les remarquables arguments qui ne peuvent être que le fait d’un connaisseur intime de la cité lagunaire et de sa situation actuelle. On en jugera par le titre de certains chapitres : « Une ville pour les riches ; Le Mose où comment enrichir les parasites ; L’invasion chinoise. Il n'y a plus de cité, juste un cliché ; L'empire du faux ; Lascaux l'a fait ». Et l'auteur D'emprunter sa conclusion à Swift : « Je n'ai en vue que le bien de mon pays. Je cherche le développement de son commerce, le bien-être de ses enfants, le soulagement de ses pauvres et un peu d'agrément pour les riches. »"


Pleine terre

Lucile Schmid

"Je voulais vous recommander ce roman de Corinne Royer que j’ai trouvé magnifique. Il raconte l’affaire Jérôme Laronze. Peut-être avez-vous lu cet été dans Le Monde le récit par Florence Aubenas de la cavale de cet agriculteur bourguignon, éleveur de vaches charolaises et porte-parole de la confédération paysanne, qui s’est retrouvé poursuivi pour non-respect des normes et finalement tué par les gendarmes. Le récit de Corinne Royer est complètement habité, elle en fait une espèce de saga qui va au-delà de Jérôme Laronze, et nous éclaire sur la façon dont la question agricole est primordiale dans nos interrogations sociétales. Il y a dans ce roman une intensité extraordinaire, car la destinée de Jérôme Laronze (renommé ici Jacques Bonhomme) nous renvoie à l’absence de sens, et à la façon dont il faut incarner ces questions écologiques dont nous parlons sans cesse. Corinne Royer parvient dans ce roman à humaniser la question écologique, qui reste trop souvent scientifique ou abstraite."


Historiciser le mal

Michaela Wiegel

"Philippe a commencé l’émission avec un éloge de la traduction que j’aimerais poursuivre. Peut-on, ou faut-il traduire Mein Kampf ? Je voulais rendre hommage au travail de titan du traducteur Olivier Mannoni, qui pendant une dizaine d’années s’est appliqué à restituer la langue d’Hitler dans sa mocheté, dans sa syntaxe détournée. Grâce au travail d’une équipe d’historiens, c’est devenu un livre important pur tous ceux qui veulent comprendre ce qu’a représenté ce livre à l’époque. Les éditions Fayard ont incontestablement eu raison de faire paraître ce livre important."


(Re)constructions

Jean-Louis Bourlanges

"Je voudrais faire quelque chose de peu convenable, et vous recommander le livre de notre camarade Nicolas Baverez. On ne sera pas étonné qu’il y reprenne ses thèmes habituels, Nicolas est quelqu’un plus enclin à se répéter qu’à se contredire, mais il les met sous un chapeau tout à fait différent puisqu’il replace son pessimisme habituel dans un cadre pandémique, et relie ce choc à ceux qui l’ont précédé. Je trouve qu’il y a quelque chose d’original par rapport à ce qu’on peut lire chez les autres : Baverez montre le faux diagnostic de la démondialisation ; il explique très clairement que la pandémie n’a pas ruiné la mondialisation ; elle a affecté les chaînes de valeurs et changé certains comportements, mais en réalité la planète économique et sociale reste un tout globalisé. Le livre a l’immense mérite pour nous autres Baverezologues émérites : nous étions habitués à un numéro d’affliction à caractère national, l’auteur a désormais atteint un niveau cosmique car c’est l’ensemble de l’Occident qui est désormais touché. Son pessimisme quasiment ontologique a enfin trouvé un terrain de jeu à sa mesure."