Le Rouge et le Blanc : Régis Debray et nous

Brève proposée par Nicolas Baverez dans l'émission La révolte de la jeunesse européenne / Israël : l’incertitude / n°479 / 1er novembre 2026, que vous pouvez écouter ici. ou ci-dessous.

Le Rouge et le Blanc : Régis Debray et nous

Nicolas Baverez

"Nous avons beaucoup parlé des conflits de générations et d’une France apparemment irréconciliable. Ce livre d’Eugénie Bastié, consacré à Régis Debray, montre précisément que des échanges passionnants peuvent exister entre des générations et des sensibilités politiques que tout semble opposer. Il retrace aussi l’histoire d’une triple désillusion, celle de la révolution, du socialisme et du souverainisme. Mais derrière ces désillusions apparaissent des éléments communs, et notamment un amour de la France capable de surmonter les différences de générations et de convictions."


Les autres brèves de l'émission :


À l’est d’Eden

Philippe Meyer

"On n’a jamais qualifié la télévision de huitième art : pendant longtemps, elle était plutôt considérée comme un art ménager, le téléviseur voisinant avec le réfrigérateur et la machine à laver. Pourtant, les productions télévisuelles et les plateformes démontrent de plus en plus qu’elles méritent ce titre. Cette adaptation du roman de John Steinbeck en est une remarquable illustration, par la qualité de son interprétation et de sa réalisation. Zoë Kazan, petite-fille d’Elia Kazan, a participé à l’adaptation, et l’on aimerait savoir si elle a utilisé des notes d’intention de son grand-père. Contrairement au film de celui-ci, qui ne reprenait que la fin du roman, cette mini-série raconte toute l’histoire, en développant notamment le personnage féminin, sans doute sous l’influence de Zoë Kazan. Parmi des comédiens tous excellents, je distinguerai Florence Pugh, dont le rôle est particulièrement important, et Hoon Lee, acteur d’origine chinoise qui interprète un personnage décisif. L’esthétique de cette adaptation est aussi remarquable que son interprétation."


Dans les grandes lignes

Marc-Olivier Padis

"Dans les grandes lignes Philippe Vasset est sans doute le plus singulier des écrivains voyageurs français. En 2007, dans Un livre blanc, il avait entrepris d’explorer les zones laissées blanches sur les cartes de l’IGN. Cette fois, il décide de suivre, sans carte, les lignes à haute tension qui alimentent la région parisienne. Cette lubie, qu’il reconnaît lui-même comme absurde, lui fait découvrir une géographie singulière : un immense anneau à la périphérie de Paris, ponctué de pylônes gigantesques et strié de câbles électriques. Au sol, les parcours sont souvent impraticables, interrompus ou interdits, imposant d’importants détours à travers un paysage d’équipements lourds, grillagés, enchevêtrés et parfois hostiles, où il ne croise presque personne. Mais cette boucle de la haute tension parisienne est aussi un paysage sonore. C’est d’ailleurs le crépitement des lignes électriques qui a suscité son aventure : il se dirige autant à l’oreille qu’à la vue, suivant ce qu’il appelle une symphonie de crépitations. Ce livre nous révèle l’improbable beauté des paysages électriques et nous apprend à regarder autrement ces équipements omniprésents auxquels nous ne prêtons plus attention."


La Gradiva

Lucile Schmid

"Ce magnifique film de Marine Atlan a reçu le Grand Prix de la Semaine de la critique à Cannes, mais ce n’est pas pour cela qu’il mérite d’être vu. Son titre renvoie à un texte de Freud, lui-même inspiré d’une nouvelle littéraire du début du XXe siècle, consacré aux rêves et au sentiment amoureux. Gradiva, c’est la femme qui marche en avant. Le film raconte le voyage à Naples d’une classe de terminale accompagnée de son extraordinaire professeure de latin, qui parle une langue très châtiée et semble retrouver, dans cette ville, le sentiment que le latin n’est pas une langue morte. Les lycéens attendent les résultats de Parcoursup, notamment trois d’entre eux, Tony, James et Suzanne. Dans la lumière solaire de Naples, puis à Pompéi, où surgit la vision des nuées ardentes, chacun est confronté à ses désirs d’adolescent, mais aussi à l’incertitude de son avenir et aux questions de vie et de mort qui traversent cette jeunesse dont nous parlions tout à l’heure. La dernière scène, consacrée aux résultats de Parcoursup, montre combien cette procédure, depuis abandonnée par le ministre de l’Éducation nationale, constituait une sorte de rite initiatique : obtenir ou non ce que l’on souhaitait, découvrir ce que l’avenir nous réserve ou rester dans l’incertitude. C’est une très belle métaphore de la possibilité, pour ces jeunes, d’imaginer leur avenir."