Entre technique et liberté

Brève proposée par Nicolas Baverez dans l'émission Après le Canada, le Vatican dernière chance de l’Europe ? / Dix ans, dix budgets : un bilan / n°475 / 4 octobre 2026, que vous pouvez écouter ici. ou ci-dessous.

Entre technique et liberté

Nicolas Baverez

"En écho aux réflexions de Léon XIV sur l’intelligence artificielle, je voudrais revenir à deux grands esprits qui me paraissent particulièrement actuels. D’abord Jacques Ellul, dont plusieurs textes viennent d’être réédités sous le titre Entre technique et liberté. Il y décrit le risque de basculer d’un monde où les machines sont au service des hommes vers un monde où les hommes se mettent au service des machines. Cette réflexion éclaire de manière extrêmement profonde le monde d’aujourd’hui et cette idolâtrie de la technique qui vient désormais s’ajouter à celle de l’argent."


Les autres brèves de l'émission :

Travailler plus, pourquoi et comment ?

Philippe Meyer

"J’ai été frappé par l’extrême clarté de cette brochure de Bertrand Martinot, publiée par la Fondation pour l’innovation politique. Sur une question aussi complexe que celle du temps de travail, elle a le mérite d’examiner méthodiquement toutes les possibilités et, surtout, les conséquences de chacune d’entre elles. C’est le genre de texte que je trouve particulièrement utile pour se faire une idée précise du sujet. J’en profite pour saluer le travail de la Fondapol et de son président, Dominique Reynié, et pour m’étonner du silence qui a entouré sa disparition de l’antenne de France Inter à la rentrée. Je lui ai demandé s’il avait lui-même reçu une explication : ce n’est pas le cas. Et je trouve assez troublant que cette éviction soit passée presque inaperçue, tandis que les polémiques sur certains intervenants extrémistes occupaient, elles, largement le devant de la scène."


La Chute : France, 1940

Antoine Foucher

"Parmi les quelques livres que j’ai lus sur cette période, celui-ci est de loin le plus précis et le plus documenté sur les mois qui précèdent la débâcle de mai-juin 1940. Julian Jackson mène un véritable travail scientifique : il compte les chars, les avions réellement en état de marche, les fusils, puis examine méthodiquement chacun des facteurs qui ont conduit à la défaite — le haut commandement, l’armement, la population, la presse, la politique. J’ai surtout été convaincu par son honnêteté intellectuelle et par la juste distance que lui donne sa position d’étranger profondément attaché à la France. Trois générations après, il reste difficile pour un Français de regarder cette période sans se sentir impliqué ; Jackson, lui, a le recul nécessaire pour y parvenir avec une grande justesse. On ressort de ce livre débarrassé de quelques idées reçues et avec le sentiment qu’en 1940, la France était tout de même bien seule ..."


L’humeur révolutionnaire : Paris 1748-1789

Jean-Louis Bourlanges

"J’ai trouvé remarquable ce livre de l’historien américain Robert Darnton, qui connaît intimement la société française du XVIIIe siècle. Il montre qu’à côté du progrès des Lumières, la France prérévolutionnaire était travaillée par des forces de violence, d’intransigeance et de radicalité, elles-mêmes nourries par la brutalité avec laquelle la monarchie réprimait les émotions populaires. À partir de toute une littérature souterraine — petits romans, pamphlets, textes pornographiques —, il reconstitue ce véritable bouillon de culture qui finira par éclater avec la Révolution. Dans les temps que nous vivons, je trouve particulièrement intéressant de lire ce livre et de se demander en quoi cette humeur révolutionnaire peut encore nous concerner."


Cokoriki

Michaela Wiegel

"Connaissez-vous le professeur d’allemand d’Emmanuel Macron ? Il n’a manifestement plus beaucoup de travail en ce moment et en a profité pour écrire un livre. Frank Gröninger, qui avait notamment préparé avec le président son hommage à Wolfgang Schäuble et l’avait aidé pour son discours en allemand à Dresde, raconte ici ses chroniques d’un Allemand à Paris. Le titre est un mot-valise entre le « cocorico » français et le « kikeriki » allemand, puisque même les coqs ne chantent pas de la même façon des deux côtés du Rhin. J’ai lu avec plaisir ces anecdotes où il observe avec beaucoup de bienveillance les petites différences entre nos deux pays. Elles m’ont presque paru appartenir à un ancien régime des relations franco-allemandes, tant nos regards réciproques sont aujourd’hui devenus plus critiques et moins bienveillants. C’est une lecture plaisante, avec un petit parfum du bon vieux temps où l’un des grands problèmes européens pouvait encore être de se demander pourquoi nos coqs ne chantaient pas de la même façon …"