Saxophone colossus

Brève proposée par François Bujon de L’Estang dans l'émission La campagne de Jean-Luc Mélenchon / Forum de Saint-Petersbourg et isolement de la Russie / n°459 / 14 juin 2026, que vous pouvez écouter ici. ou ci-dessous.

Saxophone colossus

François Bujon de L’Estang

"Mais si je ne devais recommander qu’un seul disque de Sonny Rollins à ceux qui ne le connaissent pas encore, ce serait sans doute Saxophone Colossus, également enregistré en 1956. Rollins y affirme pleinement cette voix unique qu’il a développée entre hard bop et free jazz. On y entend aussi les échos de ses racines caribéennes : sa mère était née à Saint-Thomas et son père à Sainte-Croix, et les influences du calypso traversent souvent sa musique. Cet album reste l’une des meilleures portes d’entrée vers l’œuvre de ce géant du jazz, qui a joué et enregistré avec quelques-uns des plus grands noms de son époque, de Miles Davis à Thelonious Monk, en passant par Horace Silver, Bud Powell ou Clifford Brown."


Les autres brèves de l'émission :

L’abandon

Philippe Meyer

"J’ai été profondément marqué par ce film de Vincent Garenq consacré aux onze jours qui ont précédé l’assassinat de Samuel Paty. Ce qui m’a frappé d’abord, c’est sa parfaite sobriété : personne n’essaie de faire sortir son mouchoir au spectateur, pourtant l’émotion surgit à plusieurs reprises. Le récit des faits est remarquablement construit et interprété. Antoine Reinartz et Emmanuelle Bercot sont excellents dans les rôles de Samuel Paty et de la principale, mais je voudrais aussi souligner la performance d’Emma Boumali, qui incarne la jeune fille à l’origine de l’engrenage. Son interprétation est si convaincante que je me suis souvenu de ce qui était arrivé à Pierre Dux après son rôle de fasciste dans Z, tant certains spectateurs ont parfois tendance à confondre l’acteur et le personnage … Je formulerais néanmoins une réserve sur le titre, car le film ne montre pas exactement un abandon. Les institutions ne sont pas absentes ; elles réagissent toutes, à leur manière. Mais entre les lourdeurs bureaucratiques, le manque de moyens, les responsabilités mal définies et la communication parfois inexistante, rien n’aboutit. Ce que le film décrit avec force, ce n’est pas l’abandon, mais le dysfonctionnement d’un système qui, malgré la présence de tous les acteurs censés intervenir, se révèle incapable d’empêcher la catastrophe."


Etty

Marc-Olivier Padis

"J’ai beaucoup aimé cette série en six épisodes, encore disponible sur Arte, consacrée aux dernières années de la vie d’Etty Hillesum. On y découvre cette jeune écrivaine néerlandaise qui, entre 1941 et 1943, tient un journal intime exceptionnel, aujourd’hui disponible en français aux éditions du Seuil. Elle rêve alors de devenir l’une des grandes voix de la littérature néerlandaise, tout en traversant à la fois les épreuves de l’occupation nazie, des épisodes de dépression et une profonde quête spirituelle. Ce qui me paraît particulièrement réussi, c’est le choix de ne pas reconstituer l’époque de manière classique. Les réalisateurs montrent Amsterdam dans son décor contemporain, avec des costumes et des personnages d’aujourd’hui. Ce décalage produit un effet saisissant : il rapproche cette histoire de notre présent et rappelle combien les régimes autoritaires n’appartiennent pas seulement au passé. La série restitue avec finesse le cheminement intérieur d’Etty Hillesum, son rapprochement progressif avec le christianisme et sa dimension mystique. Mais ce qui m’a le plus frappé, c’est la banalité de la persécution. Tout se déroule dans un cadre d’apparente normalité, résumé par cette phrase glaçante prononcée avec le sourire par une fonctionnaire néerlandaise : « tout est en ordre »."


Pour les enfants : éduquer dans la dignité, éduquer à la liberté

Matthias Fekl

"Dans le contexte de la tragique affaire Lyhanna, j’ai été particulièrement touché par le livre de Pierre Vesperini, publié aux éditions Les Belles Lettres. L’auteur part d’un constat préoccupant : les nombreuses défaillances de notre société dans la manière dont elle traite et éduque les enfants, avec trop souvent de la brutalité, de la violence ou des formes de maltraitance. Ce qui rend cet ouvrage particulièrement précieux, c’est sa capacité à croiser les connaissances scientifiques les plus récentes avec les grandes réflexions héritées de l’Antiquité et de la littérature. Pierre Vesperini ne se contente pas d’un diagnostic ; il propose une réflexion ambitieuse sur ce que pourrait être une éducation véritablement démocratique, respectueuse de la dignité des enfants et tournée vers la liberté. C’est un livre à la fois exigeant, accessible et profondément humaniste."


Brilliant corners

François Bujon de L’Estang

"Cela faisait longtemps que je n’avais pas parlé de jazz, et la disparition récente de Sonny Rollins m’en fournit l’occasion. Mort à 96 ans après s’être retiré de la scène en 2012, il laisse derrière lui une œuvre immense. J’ai eu la chance de l’entendre une dernière fois à l’Olympia, vers 2010 ou 2011. C’était un musicien singulier, réfléchi et cultivé, qui n’hésitait pas à interrompre sa carrière pendant plusieurs années pour perfectionner son art et réfléchir à son évolution musicale. Parmi les nombreux enregistrements qu’il nous laisse, j’invite particulièrement à l’écouter au sein du quartet de Thelonious Monk dans l’album Brilliant Corners, enregistré en 1956, où son talent éclate avec une force remarquable."