"J’ai été profondément marqué par ce film de Vincent Garenq consacré aux onze jours qui ont précédé l’assassinat de Samuel Paty. Ce qui m’a frappé d’abord, c’est sa parfaite sobriété : personne n’essaie de faire sortir son mouchoir au spectateur, pourtant l’émotion surgit à plusieurs reprises. Le récit des faits est remarquablement construit et interprété. Antoine Reinartz et Emmanuelle Bercot sont excellents dans les rôles de Samuel Paty et de la principale, mais je voudrais aussi souligner la performance d’Emma Boumali, qui incarne la jeune fille à l’origine de l’engrenage. Son interprétation est si convaincante que je me suis souvenu de ce qui était arrivé à Pierre Dux après son rôle de fasciste dans Z, tant certains spectateurs ont parfois tendance à confondre l’acteur et le personnage … Je formulerais néanmoins une réserve sur le titre, car le film ne montre pas exactement un abandon. Les institutions ne sont pas absentes ; elles réagissent toutes, à leur manière. Mais entre les lourdeurs bureaucratiques, le manque de moyens, les responsabilités mal définies et la communication parfois inexistante, rien n’aboutit. Ce que le film décrit avec force, ce n’est pas l’abandon, mais le dysfonctionnement d’un système qui, malgré la présence de tous les acteurs censés intervenir, se révèle incapable d’empêcher la catastrophe."