"Dans cette micro-société que forment dans une troupe d'opéra artistes, techniciens, artisans et administrateurs en pleine répétition des Noces de Figaro loin de leur domiciles et de leurs habitudes, tous les conflits entre les sexes, entre les âges entre les milieux s'exacerbent, la mauvaise foi tient le haut du pavé et l’indignation court en torrent tumultueux lorsque le baryton qui chante le comte Almaviva est accusé d'avoir posé la main un peu trop bas sur le torse de Suzanne. « C’est dans le livret », soutiennent les plus anciens, « est-ce conforme aux nouvelles directives du ministère ? » se demande le régisseur, « c’est une agression sexuelle » clame la jeune chanteuse qui interprète Chérubin, tandis que la metteuse en scène, venue de la mode -de la fashion, plutôt- soutient que Mozart a écrit Les Noces contre le patriarcat. La comtesse et doyenne des chanteuses, incarnée par Agnès Jaoui, n’est pas dupe de grand-chose et regarde d’abord avec étonnement, ensuite avec malice, puis avec incompréhension, enfin avec inquiétude toutes ces personnes qui prennent leurs opinions pour des jugements et rêvent de s’abandonner à l’important plaisir de punir, ou à la jouissance d’un totem d’impunité. Ses efforts pour faire baisser la tension n’aboutissent qu’à la faire accuser par toutes les parties en présence de faire le jeu de leurs adversaires. On se réunit, on vote, on exige, on insulte, on exclut. Les Noces de Figaro seront-elles annulées ? Faut-il craindre le pire ou peut-on espérer que la musique l’emporte sur les mœurs ? C’est la question que je me suis posée en dégustant cette comédie. Ce n’est pas la bonne. Les protagonistes de ce scénario au petit poil trouveront en eux-mêmes le chemin à emprunter. La première réussite de ce film est d’être une comédie riche de personnages et d’observations, la seconde est d’oser être une comédie sur un sujet aussi explosif que le monde après Me too et la troisième est d’y réussir avec panache et pied de nez aux intégristes et aux faux-derches qui ont en horreur la complexité des gens et de situations. Il y a des années, Riccardo Muti m’avait permis d’assister aux répétitions des Noces de Figaro qu’il dirigeait à la Scala de Milan. Une fin d'après-midi autour d'un café réparateur je demandais au maestro quel était pour lui le personnage le plus important de cet opéra. Il n'y en a pas me dit-il le personnage le plus important des Noces de Figaro c'est le perdono du dernier acte. J’ajouterai que, comme le montre « L’Objet du délit », c’est le personnage le plus fragile."