"J’ai ouvert ce livre d’entretiens d’Alain Finkielkraut avec une certaine réserve, m’attendant à retrouver une forme de déploration familière, et j’ai été surpris par tout autre chose : une réflexion beaucoup plus subtile, organisée autour de ce que Finkielkraut appelle le « cœur lourd », c’est-à-dire l’expérience d’une époque où l’on affronte la haine sans pouvoir se prévaloir d’une innocence. Le livre est structuré par trois fidélités devenues problématiques : à une France qu’il ne reconnaît plus, à une gauche dont il s’est éloigné — au point de dire que c’est précisément parce qu’il en est qu’il n’y est plus — et à un Israël dont il refuse à la fois les caricatures antisionistes et les aveuglements face à certaines dérives contemporaines. Ce jeu de tensions, ces fidélités contrariées, composent au fond une méditation sur la mélancolie et sur l’art de tenir ensemble des positions apparemment inconciliables, et c’est cette complexité qui m’a, contre toute attente, profondément retenu."