La longue nuit syrienne

Brève proposée par Nicolas Baverez dans l'émission D’AUTRES POPULISMES ; VERS NOUVELLE DONNE POLITIQUE #91, que vous pouvez écouter ici. ou ci-dessous.

La longue nuit syrienne

Nicolas Baverez

"Au moment où l’on commémore le 75ème anniversaire du débarquement cela vaut la peine de réfléchir aux guerres du XXIème siècle notamment les guerres sans fin. Il est vrai que la Syrie fait partie de cette catégorie là et je voulais donc recommander l’ouvrage de Michel Duclos, ancien ambassadeur à Damas : La longue nuit syrienne. C’est une plongée clinique dans le fonctionnement du régime d’Assad et ça montre extrêmement bien comment cette guerre civile est devenue une guerre civile globalisée. Cela montre combien la violence est sortie de toutes ses chaines et comment elle est mise au service des régimes autoritaires. Enfin, cela montre malheureusement le danger de l’impuissance de l’Occident puisque c’est un certain nombre d’erreurs commises par les Etats-Unis et notamment Barack Obama qui explique la dérive du conflit syrien et l’espace qui a été laissé à ces régimes autoritaires. "


Les autres brèves de l'émission :

Commando Kieffer

Jean-Louis Bourlanges

"Je voulais d’abord rendre hommage à Emmanuel Macron d’avoir rendu hommage comme il faut aux soldats du commando Kieffer durant le débarquement. Ils ont été les grands oubliés et les victimes de balles perdues entre De gaulle et les anglo-américains puisque De Gaulle a considéré que le D-day était un non-évènement car la France n’y était pas associée et lui-même pas non plus. Je trouve que c’est très bien que l’on ait ces héros trop longtemps rendus à la vie civile et au néant. J’ai une reconnaissance personnelle à Lord Lovat. C’est l’homme qui a dirigé le commando contre la batterie 813 qui a verrouillé l’accès du port de Dieppe lors du raid de Dieppe. C’est la seule opération réussie lors de l’opération Jubilé qui a été un fiasco complet et je lui en suis tout à fait reconnaissant car la commandantour qui commandait cette batterie c’est ma maison actuelle et s’il n’avait pas réussit je n’aurais pas eu de maison; vive Lord Lovat ! "


Le retour du Prince

Lucile Schmid

"Je voulais recommander un essai écrit par Vincent Martigny, professeur à l’X et à Sciences Po, intitulé : Le retour du Prince. Il met en avant l’importance de la désentimentalisation des promesses du politique en prenant conscience que nous, citoyens, avons une responsabilité dans la manière d’élire nos chefs. Il souligne la question du collectif, des représentants et des citoyens également sur cette notion de chef. C’est un essai engagé et passionnant. "


La lutte et l’entraide. L’âge des solidarités ouvrières

Marc-Olivier Padis

"Je recommande un ouvrage de Nicolas Delalande, un jeune historien qui publie au Seuil La lutte et l’entraide. L’âge des solidarités ouvrières. Il avait fait une histoire du consentement l’impôt au travers du livre « Les batailles de l’impôt ». Il s’intéresse à l’internationalisme ouvrier en se penchant sur les pratiques qui ont existé pour construire des formes de solidarité entre les ouvriers via des caisses communes, des échanges.. . C’est une histoire extrêmement précise qui court depuis le début du XIXème siècle et qui est tout à fait passionnante. "


Philippe Meyer

" Le 6 juin1944, le visage en sueur de Bill Millin était d’un vert sensiblement plus pâle que celui de son kilt aux couleurs du clan Fraser, et quant à détailler les soubresauts, les spasmes et les nœuds de ses tripes et de ses boyaux, la décence m’en empêche absolument. Vous savez ce que c’est que le mal de mer : d’abord on pense en mourir, mais, très vite, on se sent tellement mal que l’on espère en mourir. Aussi, lorsque Bill Millin vit qu’il pouvait sauter de sa fichue péniche de débarquement, il ne se soucia pas un instant de ce qui l’attendait sur la rive de cette plage de Ouistreham rebaptisée Sword, Il sauta, et tandis que son kilt flottait en corolle autour de ses reins, il attrapa sa cornemuse et entama Hieland Laddie, une vieille chanson jacobite au 18ème siècle qui servit d’hymne aux partisans de Charles Edward Stuart, le fameux Bonnie prince Charlie. Elle dit : Où étais-tu tout ce temps ?  Fier garçon de nos montagnes J’étais à Culloden 
  Affronter William Duc de Cumberland et ses hommes 
  
   Là nos ennemis après avoir occis et brûlé 
  
   Ont enfin eut ce qu’ils méritaient 
   Fier garçon de nos montagnes. Arrivé sur la plage, Bill Millin, debout, continua la chanson. Quand sa cornemuse eut achevé Hieland Laddie, Millin reconnut la voix qui lui criait « une autre ! ». C’était celle de Simon Fraser, 24ème chef du clan Fraser, 15ème Lord Lovat, commandant des Lovat scouts et de la première brigade du spécial service dans laquelle combattaient 177 fusiliers marins français aux ordres du commandant Kieffer. Bill Millin entama The Road to the Isles, chanson populaire, pastorale et mélancolique où l’on célèbre la beauté des paysages de l’ouest des Hautes Terres que traversent les hommes qui se rendent aux Iles. « C’était comme si on nous rappelait pourquoi nous nous battions », devait se souvenir Tom Duncan, des Lovat’s scouts. L’un des Français des commandos, Maurice Chauvet, jurait, des années plus tard, qu’en entendant The Road to the Isles, les Allemands s’étaient arrêté de tirer pendant quelques instants. Quelques éléments avancés de la brigade s ‘emparent du pont de Bénouville, rebaptisé Pegasus Bridge. Vers 1 h de l’après-midi, Lord Lovat vient à la tête de ses troupes faire jonction avec la poignée d’hommes qui tiennent le pont sous le feu allemand. Devant lui marche Bill Millin, au pas, soufflant dans sa cornemuse All the Blue Bonnets are over the border, autre chanson jacobite incitant les Ecossais à se saisir de n’importe quoi qui puisse servir d’arme et à voler au secours de leur cause. Lord Lovat suggère à Bill Millin que, vu le nombre de snipers allemands qui leur tirent dessus, il aurait meilleur temps à presser le pas pour traverser le pont, et même à courir. Bill Millin n’en fait rien et conserve la même allure. J’ai rencontré Bill Millin une trentaine d’années après ces événements. Il avait nettement meilleure mine qu’au matin du 6 juin 1944 : son teint était même plutôt de brique. Je me suis enhardi à lui demander à quoi il pensait en soufflant Blue Bonnets sur le pont de Bénouville tandis qu’on lui tirait dessus. « A ne pas jouer faux », me répondit-il. La sagesse populaire britannique prétend qu’un gentleman est un homme qui sait jouer de la cornemuse et qui s’en abstient. La sagesse populaire va avoir à se débrouiller avec la mémoire de Bill Millin. Souhaitons-lui bonne chance."