Matisse 1941-1954

Brève proposée par Nicolas Baverez dans l'émission Les municipales : quels enseignements ? / Nouveau choc pétrolier : quelles conséquences ? / n°448 / 29 mars 2026, que vous pouvez écouter ici. ou ci-dessous.

Matisse 1941-1954

Nicolas Baverez

"Il faut aller voir l’exposition consacrée à Matisse au Grand Palais, qui est tout simplement magnifique. Les dernières années de l’artiste y apparaissent avec une force particulière, alors même qu’elles sont marquées par la guerre, la maladie et des tensions familiales. Les grands formats, déployés dans les volumes du Grand Palais, produisent un effet saisissant et rendent pleinement justice à la puissance et à la vitalité de cette œuvre tardive."


Les autres brèves de l'émission :

Les villes face au populisme

Philippe Meyer

"Nous avons évoqué la spécificité du vote dans les grandes métropoles, et ce livre d’Alain Cluzet permet d’en approfondir la compréhension. Il ne s’agit pas seulement d’une analyse théorique fondée sur des données, mais d’un regard informé par l’expérience concrète d’un directeur général des services d’une grande ville, en l’occurrence Reims. Cette double approche, à la fois analytique et pratique, donne une lecture particulièrement éclairante des dynamiques politiques urbaines contemporaines."


Les rayons et les ombres

Marc-Olivier Padis

"Je suis allé voir le dernier film de Xavier Giannoli, consacré à Jean Luchère et à sa fille Corinne, et j’y ai trouvé une plongée très convaincante dans la complexité morale de la collaboration. Le film montre comment un homme passé par le pacifisme de l’entre-deux-guerres a pu glisser vers une forme d’accommodement avec l’occupant, notamment à travers son activité de presse, depuis « Notre Temps » jusqu’à « Les Temps nouveaux », financé par l’ambassade allemande. Ce qui m’a frappé, c’est la solidité historique du travail, nourri par des recherches approfondies, mais aussi la manière dont Giannoli restitue une atmosphère faite moins d’ambiguïté que de lâchetés et de renoncements, de compromissions et d’aveuglement politique. Le regard porté sur sa fille, jeune et fascinée par son père, ajoute une dimension tragique à l’ensemble. Malgré les débats qu’il suscite, c’est un film que je trouve particulièrement réussi sur un sujet pourtant difficile."


Musique émoi : Stanislas Dehaene

Béatrice Giblin

"J’ai écouté sur France Musique, dans l’émission « Musique émoi » de Priscille Lafitte, un entretien avec Stanislas Dehaene autour de son livre, et j’ai trouvé cette conversation absolument passionnante. Il y développe une idée stimulante : la capacité d’abstraction géométrique propre à l’humain serait étroitement liée à notre manière de percevoir et d’apprécier la musique. Fort de ses travaux en imagerie cérébrale et de ses recherches sur l’apprentissage, il avance que la géométrie est présente dès l’aube de l’humanité, comme une structure universelle de l’esprit. L’émission, qui s’ouvre sur le premier prélude du Clavier bien tempéré de Bach et convoque aussi Mozart ou Massenet, illustre cette intuition en montrant comment une mélodie peut se lire comme une forme géométrique, faite de lignes, de montées et de descentes dans l’espace sonore. Cette mise en relation entre musique et géométrie éclaire d’un jour nouveau notre manière de penser et de percevoir."


Vers Ispahan

Nicolas Baverez

"Ce texte de Pierre Loti, issu de son voyage de 1903 au retour d’Inde, offre une plongée très éclairante dans la géographie iranienne, notamment le long du littoral entre le Golfe et Ispahan. On y retrouve une description précise de ces côtes, souvent négligées dans les analyses contemporaines, alors qu’elles sont déterminantes : près de mille kilomètres de rivages extrêmement inhospitaliers, faits de marécages, de deltas et de zones rocheuses. Cette réalité géographique permet de relativiser certaines affirmations sur le contrôle du détroit d’Ormuz, en montrant combien ce territoire est difficile à maîtriser, comme l’histoire récente l’a déjà illustré, notamment durant la guerre Iran-Irak. Loti restitue avec finesse cette complexité physique, qui éclaire directement les enjeux stratégiques actuels."


Tableau historique de la France : la formation des courants politiques de 1789 à nos jours

Jean-Louis Bourlanges

"Face aux évolutions électorales récentes, j’ai eu envie de revenir à des éléments plus structurels en relisant l’ouvrage d’Hervé Le Bras, qui propose une lecture très riche des dynamiques politiques françaises. Il s’inscrit dans une tradition qui va d’André Siegfried à Lévi-Strauss ou Foucault, en mettant en avant des structures profondes — géologie, peuplement, héritage, religion — qui façonnent durablement les comportements politiques. Mais ce qui fait l’intérêt du livre, c’est qu’il ne s’en tient pas à une simple morphologie : il introduit une réflexion sur la morphogenèse, c’est-à-dire sur la manière dont l’événement vient perturber, transformer et recomposer ces structures. Il en ressort une dialectique très éclairante entre le terrain, qui encadre et limite, et l’événement, qui bouscule et reconfigure, permettant de mieux comprendre la formation et l’évolution des courants politiques en France."