Souvenirs des montagnes au loin

Brève proposée par Nicolas Baverez dans l'émission L’état du système de santé / La guerre sans fin en Ukraine / n°280 / 15 janvier 2023, que vous pouvez écouter ici. ou ci-dessous.

Souvenirs des montagnes au loin

Nicolas Baverez

"Je vous conseille ce livre absolument extraordinaire d’Orhan Pamuk. Jusqu’à l’âge de 22 ans, Pamuk voulait être peintre, après quoi il décida de se consacrer à la littérature. En 2008, il est entré dans une boutique, a racheté de quoi peindre, et a commencé à tenir des carnets quotidiens, comprenant à la fois des écrits et des dessins. Ce livre en regroupe un certain nombre, dans un ordre qui n’est pas chronologique. C’est vraiment prodigieux. On y retrouve pêle-mêle la Turquie bien sûr, Istanbul, sa relation à l’écriture et à la littérature. Mais aussi ce que c’est que d’être un romancier turc soutenu surtout en Occident (on sait que sa situation dans son pays est très compliquée), beaucoup de choses sur son amour de la mer, de la nage, et la généalogie de ses créations littéraires. Et puis les montagnes au loin."


Les autres brèves de l'émission :

Notre revanche sera le rire de nos enfants

Akram Belkaïd

"Le titre de ce livre est une citation de Bobby Sands, qui fut un militant de l’IRA irlandaise, mort d’une grève de la faim à l’époque de Margaret Thatcher. L’ouvrage regroupe les reportages de Sorj Chalandon, qui était reporter à Libération, et avait couvert le conflit irlandais. Les articles vont de 1977 à 2006, et rappellent ce que fut cette guerre au cœur de l’Europe. A lire ou relire tout cela, on se dit à la fois qu’il s’agit d’un monde qui n’existe plus, mais dont certains aspects gardent pourtant un écho particulier avec ce que nous vivons aujourd’hui."


682 jours

Philippe Meyer

"L’amitié que notre équipe éprouve pour Roselyne Bachelot et Roselyne Bachelot pour notre équipe n'est un mystère pour personne. C'est pourquoi personne ne sera étonné que je signale et recommande à l'attention de nos auditeurs le livre qu'elle publie aux éditions Plon sous le titre 682 jours. Nos auditeurs pourront d'ailleurs retrouver sur notre site sous l’onglet Les Thématiques l'émission que nous avions réalisée avec elle en octobre 2021 sur la politique culturelle (n°214). Qu'il s'agisse du patrimoine, de l'évolution des pratiques culturelles, des conséquences de l'importance prise par le numérique, Roselyne Bachelot dresse un panorama dont elle ne se contente pas de signaler les points noirs, mais dont elle propose des pistes d'évolution. Elle règle aussi quelques comptes et les distribue de joyeux coups de griffe, notamment à ceux qui dans le monde artistique ont un comportement de nantis et un discours de victimes. Trop de commentateurs n’ont retenu que cet aspect de ce livre qui offre à tous ceux à qui la politique culturelle importe les éléments nécessaires à une véritable réflexion."


Les guerres lointaines de la paix

Richard Werly

"Nous parlions de guerre sans fin à propos de l’Ukraine. Le livre que je vous recommande démarre par cette phrase : « il y avait eu la guerre de Cent ans, la guerre de Trente ans et la guerre de Sept ans ». Cet ouvrage m’a passionné ; il brosse la façon dont les guerres ont fabriqué notre imaginaire, de la réalité juridique qui nous entoure à la réalité culturelle. C’est aussi absolument tragique, car à le lire, on finit par se demander si l’Homme n’a pas tout simplement besoin de la guerre. Le sous-titre : « civilisation et barbarie depuis le XIXème siècle ». "


Vivre deux cultures

Nicole Gnesotto

"« Comment peut-on naître franco-persan ? » C’est le sous-titre de cet ouvrage de Bertrand Badie, professeur émérite à Sciences Po. On connaît l’auteur pour ses nombreux livres analysant les relations internationales, mais cette fois-ci, il s’agit d’un livre bien plus personnel. Il y raconte sa double culture, française par sa mère, issue de la bourgeoisie de Soissons, et persane par son père, qui quitta l’Iran pour venir faire ses études en France dans les années 1920. Le récit est assez émouvant, déjà parce que ce mélange de cultures est assez rare, mais aussi parce que les portraits y sont formidables, et les difficultés d’intégration vécues par son père sont très décevantes. Tout cela fait bien comprendre les thèmes chers à Bertrand Badie dans son travail : son respect pour les cultures différentes, son attention à propos des vertus du métissage, et sa critique de l’arrogance occidentale. Très enrichissant."